Ferrari 248 SP

Ferrari 248 SP

La Ferrari 248 SP est un sport-prototype de 1962 conçu autour d’un V8 de 2,5 litres installé en position centrale arrière. Produite dans un contexte d’expérimentation technique intense à Maranello, elle se distingue surtout par sa rareté et par la brièveté de son existence sous cette configuration. Sa carrière en compétition se résume à une apparition recensée avant que les châssis concernés ne reçoivent un moteur de plus forte cylindrée.

Il ne faut pas la confondre avec la Ferrari 248 F1 engagée en Formule 1 en 2006. Dans le nom 248 SP, les deux premiers chiffres renvoient à une cylindrée d’environ 2,4 litres, tandis que le dernier indique le nombre de cylindres. Les lettres SP désignent la famille des Sport Prototypes développés par Ferrari au début des années 1960.

Un prototype à moteur central dans la nouvelle génération Ferrari

La 248 SP appartient à une période charnière durant laquelle Ferrari adopte progressivement l’architecture à moteur central pour ses voitures de sport. Cette disposition améliore la répartition des masses et permet de concevoir une carrosserie plus basse et plus compacte que celle des prototypes à moteur avant.

Elle s’inscrit dans une famille comprenant plusieurs modèles aux cylindrées et aux motorisations différentes. La Ferrari 246 SP, équipée d’un V6, constitue l’un des jalons importants de cette évolution. La 248 SP explore pour sa part une solution V8, encore peu courante dans les prototypes Ferrari de cette époque.

Sa carrosserie ouverte de type barchetta repose sur un châssis en treillis tubulaire d’acier. Le dessin privilégie la finesse aérodynamique, avec un habitacle réduit, une faible hauteur et une partie arrière enveloppant étroitement la mécanique. L’ensemble mesure 4 060 mm de long, 1 480 mm de large et seulement 970 mm de haut.

Un V8 de 2 458,70 cm³ développant 250 ch

Le moteur de la Ferrari 248 SP est un V8 ouvert à 90 degrés, monté longitudinalement derrière le pilote. Sa cylindrée exacte atteint 2 458,70 cm³, avec un alésage de 77 mm et une course de 66 mm. Cette configuration à course relativement courte favorise les régimes élevés.

Le moteur développe 250 ch à 7 400 tr/min. Il possède un arbre à cames en tête par rangée de cylindres et deux soupapes par cylindre. Son alimentation repose sur quatre carburateurs Weber 40 IF2C, tandis qu’un système à carter sec assure la lubrification, une solution adaptée aux fortes accélérations latérales rencontrées sur circuit.

Le V8 est généralement présenté comme une architecture dérivée du V12 de la Ferrari 400 Superamerica, dont il reprendrait en quelque sorte les deux tiers. Cette parenté illustre la manière dont Ferrari réutilisait et adaptait ses principes mécaniques pour tester rapidement plusieurs configurations dans ses prototypes de course.

CaractéristiqueValeur
Architecture du moteurV8 à 90°, central arrière longitudinal
Cylindrée2 458,70 cm³
Puissance250 ch à 7 400 tr/min
AlimentationQuatre carburateurs Weber 40 IF2C
Boîte de vitessesManuelle à cinq rapports et marche arrière
Poids à sec640 kg
Vitesse maximale annoncée290 km/h

Un rapport poids-puissance remarquable pour 1962

Avec un poids à sec annoncé de 640 kg, la 248 SP présente un rapport poids-puissance particulièrement favorable. Chaque cheval ne doit déplacer qu’environ 2,56 kg, sans tenir compte des fluides et du pilote. Cette légèreté contribue autant à ses performances que la puissance du V8.

Ferrari annonçait une vitesse maximale de 290 km/h. Une telle valeur doit être replacée dans le contexte d’un prototype de compétition doté d’une carrosserie très basse et d’une démultiplication adaptée aux circuits rapides. Elle ne correspond pas nécessairement à une vitesse mesurée dans toutes les configurations de course.

Le châssis reçoit des suspensions indépendantes aux quatre roues et des freins à disque. La boîte manuelle comporte cinq rapports, auxquels s’ajoute une marche arrière. L’empattement de 2 320 mm participe à la compacité générale de la voiture et à son agilité.

Une seule course recensée sous la désignation 248 SP

La seule participation en compétition généralement recensée pour une Ferrari conservant la spécification 248 SP concerne le châssis 0806. La voiture est engagée aux 12 Heures de Sebring le 24 mars 1962 par le North American Racing Team, l’écurie de Luigi Chinetti chargée de représenter régulièrement Ferrari en Amérique du Nord.

Portant le numéro 36, elle est confiée à Peter Ryan et John Fulp. Elle termine l’épreuve à la 13e place du classement général et à la troisième place de la catégorie S3.0, après avoir couvert 176 tours. Ce résultat reste modeste au classement absolu, mais il constitue l’essentiel du bilan sportif connu de la 248 SP dans sa configuration d’origine.

La brièveté de cette carrière ne traduit pas nécessairement un échec de conception. Chez Ferrari, les prototypes servaient aussi de bancs d’essai évolutifs. Une mécanique, un châssis ou une carrosserie pouvaient être modifiés très rapidement lorsque les ingénieurs estimaient qu’une autre configuration offrirait davantage de potentiel.

Deux châssis rapidement transformés

Le moteur de 2,5 litres aurait été monté initialement sur deux châssis, identifiés 0798 et 0806. Tous deux ont ensuite évolué vers une cylindrée proche de 2,6 litres. Cette transformation a donné naissance à la Ferrari 268 SP, dont le nom reflète à son tour l’association entre la cylindrée approximative et les huit cylindres.

Cette évolution rapide explique pourquoi la 248 SP est parfois difficile à isoler dans l’histoire des Ferrari de compétition. Un même châssis pouvait changer de moteur, de carrosserie et même de désignation au cours de sa carrière. Les fiches consacrées aux modèles ne décrivent donc pas toujours des automobiles demeurées durablement dans une configuration fixe.

La 248 SP se distingue également de la Ferrari 196 SP, qui associait la même logique de prototype central à une mécanique de cylindrée plus réduite. La comparaison entre ces modèles montre que Ferrari évaluait simultanément plusieurs solutions afin d’adapter la puissance, le poids et la consommation aux catégories sportives de l’époque.

Une place singulière dans la lignée des prototypes SP

La Ferrari 248 SP n’a ni le palmarès ni la notoriété des grands prototypes d’endurance de la marque. Son intérêt historique réside ailleurs. Elle témoigne d’une phase de recherche durant laquelle Ferrari multipliait les architectures mécaniques et les cylindrées autour d’une plateforme légère à moteur central.

D’autres variantes contemporaines, comme la Ferrari 286 SP, illustrent cette volonté de couvrir plusieurs catégories avec des moteurs distincts. Les noms très proches peuvent prêter à confusion, mais ils correspondent à des choix techniques précis plutôt qu’à de simples évolutions commerciales.

La démarche se prolongera dans les années suivantes avec de nouveaux prototypes légers et compacts, notamment la Ferrari Dino 206 SP. La 248 SP reste ainsi un maillon rare mais révélateur entre les premières Ferrari Sport Prototype à moteur central et les machines plus abouties qui leur succéderont.