Ferrari 250 P

Ferrari 250 P

La Ferrari 250 P est un prototype de compétition conçu pour la saison 1963. Elle occupe une place majeure dans l’histoire de la marque puisqu’elle associe pour la première fois, sur une Ferrari, un moteur V12 à une architecture centrale. Cette configuration lui permet de remporter dès sa première année les 12 Heures de Sebring, les 1 000 kilomètres du Nürburgring et les 24 Heures du Mans.

Une rupture dans la famille des Ferrari 250

Présentée à la presse sur le circuit de Monza le 4 mars 1963, la 250 P marque une évolution profonde par rapport aux Ferrari de compétition à moteur avant. Son V12 n’est plus installé sous un long capot, mais longitudinalement derrière l’habitacle. Ce choix rapproche le moteur du centre de la voiture et favorise une meilleure répartition des masses.

Ferrari avait déjà exploré cette disposition sur des prototypes plus compacts, notamment avec la Ferrari 246 SP. La 250 P transpose cependant cette architecture à un V12 de trois litres, moteur emblématique de la marque et de sa gamme sportive.

Le nombre 250 ne désigne ni la puissance ni la cylindrée totale. Dans la nomenclature Ferrari de cette période, il correspond approximativement au volume d’un cylindre. Le moteur de 2 953,21 cm³ possède ainsi une cylindrée unitaire de 246,10 cm³, arrondie à 250 pour le nom du modèle.

Cette appellation peut prêter à confusion avec la Ferrari 250 GTO. Les deux voitures emploient un V12 de cylindrée comparable, mais elles répondent à des programmes différents. La 250 GTO est une automobile de grand tourisme destinée à la catégorie GT, tandis que la 250 P est un prototype spécialement développé pour les grandes épreuves d’endurance.

Un V12 de trois litres placé derrière le pilote

La Ferrari 250 P reçoit un V12 à 60 degrés alimenté par six carburateurs Weber 38 DCN. D’après la fiche technique publiée par Ferrari, ce moteur développe 310 ch à 7 500 tr/min. Il est associé à une boîte manuelle à cinq rapports, complétée par une marche arrière.

La puissance peut sembler modeste au regard des prototypes modernes, mais elle doit être rapportée au poids à sec annoncé de seulement 760 kg. Le rapport entre la puissance et la masse, la faible hauteur de la carrosserie et l’aérodynamique travaillée permettent à la voiture d’atteindre une vitesse maximale donnée pour 290 km/h.

Le châssis repose sur une structure tubulaire en acier. Les quatre roues disposent de suspensions indépendantes à doubles triangles et de freins à disque. La direction à crémaillère et l’empattement de 2 400 mm participent à l’agilité recherchée sur des circuits très différents, depuis les portions rapides du Mans jusqu’aux enchaînements plus sinueux du Nürburgring.

Une carrosserie pensée pour l’endurance

La 250 P adopte une carrosserie de spider biplace dessinée par Pininfarina. Elle mesure 4 015 mm de long, 1 670 mm de large et seulement 1 080 mm de haut. Ses proportions très basses réduisent la surface frontale, tandis que les volumes arrondis guident l’air autour de l’habitacle et du compartiment moteur.

Le poste de conduite ouvert répond aux usages des prototypes sportifs du début des années 1960. La carrosserie enveloppe les roues, contrairement à celle d’une monoplace, mais conserve un pare-brise bas et une protection minimale autour du pilote. Le réservoir de 130 litres est dimensionné pour les longues épreuves, où l’autonomie et la fréquence des arrêts jouent un rôle déterminant.

La conception ne cherche donc pas uniquement la vitesse de pointe. En endurance, la stabilité à haute vitesse, l’efficacité du freinage, la simplicité des interventions mécaniques et la capacité à maintenir un rythme soutenu pendant plusieurs heures comptent autant que la performance sur un tour.

Trois grandes victoires dès la saison 1963

La première campagne de la 250 P confirme rapidement la pertinence du projet. Le prototype s’impose aux 12 Heures de Sebring, aux 1 000 kilomètres du Nürburgring et aux 24 Heures du Mans. Ces résultats contribuent directement au titre mondial des voitures de sport remporté par Ferrari en 1963.

Cette série de succès est d’autant plus remarquable que les trois épreuves imposent des contraintes très différentes. Sebring est réputé pour son revêtement irrégulier et ses fortes sollicitations mécaniques. Le Nürburgring demande de l’agilité et de la précision sur un tracé long et vallonné. Le Mans exige de conjuguer vitesse, fiabilité et endurance pendant une journée complète.

La 250 P ne domine donc pas grâce à une qualité isolée. Son efficacité provient de l’équilibre entre la puissance du V12, le faible poids, la position centrale du moteur et un châssis conçu pour rester performant sur la durée.

La victoire aux 24 Heures du Mans 1963

Aux 24 Heures du Mans 1963, Ferrari engage trois 250 P. Lorenzo Bandini et Ludovico Scarfiotti remportent la course, tandis que Mike Parkes et Umberto Maglioli terminent à la troisième place. Les résultats officiels peuvent être consultés dans le palmarès de l’Automobile Club de l’Ouest.

La troisième voiture, confiée à John Surtees et Willy Mairesse, mène l’épreuve pendant 252 tours avant d’abandonner à la suite d’un incendie au cours de la dix-neuvième heure. Malgré cet abandon, les deux voitures restantes assurent à Ferrari deux places sur le podium.

Bandini et Scarfiotti s’imposent avec 16 tours d’avance. Cette marge représente la plus grande avance obtenue par une Ferrari victorieuse durant la série de six succès consécutifs de la marque au Mans, entre 1960 et 1965.

La course de 1963 possède aussi une portée historique. La 250 P devient la première voiture à moteur arrière à remporter les 24 Heures du Mans. Bandini et Scarfiotti constituent par ailleurs le seul équipage entièrement italien à avoir gagné l’épreuve au volant d’une Ferrari.

Cette édition restera l’unique participation de la 250 P aux 24 Heures du Mans. Sur les trois exemplaires engagés, deux rejoignent l’arrivée aux première et troisième places. Le modèle quitte donc l’épreuve avec un bilan particulièrement concentré, sans avoir eu besoin de plusieurs saisons pour s’imposer.

De la 250 P aux prototypes Ferrari de 1964

Le développement des prototypes Ferrari se poursuit dès la saison suivante. La Ferrari 275 P reprend les principes de la 250 P avec une cylindrée supérieure, afin d’obtenir davantage de couple et de puissance tout en conservant l’architecture centrale.

La même logique conduit à la Ferrari 330 P, équipée d’un V12 de plus forte cylindrée. La 250 P apparaît ainsi comme le point de départ d’une famille de prototypes qui accompagnera Ferrari dans les grandes compétitions internationales au milieu des années 1960.

Le lien direct avec la Ferrari 250 LM

À la fin de l’année 1963, Ferrari présente au Salon de l’automobile de Paris une berlinette fermée dérivée du prototype. La Ferrari 250 LM reprend le châssis et les principaux organes mécaniques de la 250 P, avec plusieurs adaptations et une carrosserie dotée d’un toit.

Cette filiation montre que la 250 P ne se résume pas à sa victoire au Mans. Elle établit une base technique durable, fondée sur l’association d’un V12 et d’un moteur placé derrière l’habitacle. Cette architecture sera ensuite développée sur plusieurs prototypes Ferrari et prolongée par la 250 LM, qui remportera à son tour les 24 Heures du Mans en 1965.