Opel Ascona

Opel Ascona

Lancée en 1970, l’Opel Ascona ouvre une nouvelle famille dans la gamme du constructeur allemand. Le nom désigne ensuite trois générations successives jusqu’en 1988, mais la première, rétrospectivement appelée Ascona A, est celle qui établit le modèle. Berline familiale à moteur avant et propulsion, elle occupe un espace intermédiaire qu’Opel souhaite alors mieux exploiter entre ses voitures compactes et ses modèles plus imposants.

Cette première Ascona se distingue aussi par la diversité de son offre. Aux berlines deux et quatre portes s’ajoute un break trois portes, tandis que plusieurs moteurs essence permettent de couvrir un spectre allant de la familiale économique à une voiture sensiblement plus dynamique. Sa carrière sportive, particulièrement réussie en rallye, contribue ensuite à donner à cette berline d’apparence assez sage une place particulière dans l’histoire d’Opel.

Une nouvelle familiale entre Kadett et Rekord

À la fin des années 1960, Opel développe le projet 1450. Le programme doit notamment permettre à la marque de renouveler son offre face à une concurrence allemande particulièrement active. L’Ascona est un temps envisagée dans le cadre de la succession de la Kadett, avant qu’Opel décide de créer une gamme distincte. Elle vient ainsi se placer au-dessus de l’Opel Kadett B, sans atteindre les dimensions et le positionnement de modèles familiaux supérieurs.

Cette décision donne à Opel une offre mieux échelonnée. L’Ascona prend place entre Kadett et Opel Rekord, dans une catégorie moyenne où elle peut associer des dimensions encore raisonnables à une habitabilité familiale. La voiture est produite à partir de 1970 et commercialisée à l’automne de cette même année. Sa fabrication se poursuit jusqu’en juillet 1975.

Le développement de l’Ascona est étroitement lié à celui de la Opel Manta A, apparue quelques semaines auparavant. Les deux voitures appartiennent à la même famille technique et partagent notamment leur conception à moteur longitudinal avant et roues arrière motrices. Elles ne sont pourtant pas deux carrosseries d’un modèle unique : la Manta est conçue comme un coupé à l’identité propre, tandis que l’Ascona répond avant tout aux besoins d’une familiale.

Le dessin de l’Ascona A est associé à Chuck Jordan, alors responsable du design Opel. Ses lignes sont caractéristiques du début des années 1970 : capot presque horizontal, volumes nettement délimités, surfaces vitrées généreuses et silhouette tricorps conventionnelle pour les berlines. Cette sobriété contribue à distinguer l’Ascona de la Manta, plus expressive et sportive.

Berlines, Voyage et évolution de la gamme

L’Ascona A est proposée en berline deux portes et quatre portes. Opel développe également une carrosserie break trois portes commercialisée sous l’appellation Voyage, puis associée au nom Caravan selon les périodes et les marchés. Cette version conserve l’architecture mécanique de la berline tout en ajoutant une vocation plus pratique, assez originale dans une gamme où le break ne dispose que de deux portes latérales.

Au lancement, l’offre repose principalement sur le quatre cylindres de 1 584 cm3. Il existe en 1.6 N de 68 ch DIN et en 1.6 S de 80 ch DIN. En 1971, la gamme reçoit le 1.9 S de 1 897 cm3 développant 90 ch, moteur qui donne à l’Ascona des performances plus en accord avec les ambitions des versions les plus dynamiques. En 1972 apparaît à l’autre extrémité de la gamme un 1.2 S de 1 196 cm3 et 60 ch.

Les niveaux de finition comprennent notamment les versions standard, L et SR. Cette dernière accentue la dimension sportive du modèle sans transformer l’Ascona routière en voiture de compétition. Des séries spéciales apparaissent également pendant la carrière commerciale, leurs appellations et leur disponibilité variant suivant les marchés.

La voiture évolue visuellement en 1973. La face avant est modernisée et plusieurs éléments auparavant traités en aluminium ou avec davantage de chrome cèdent la place à une présentation plus sombre. D’autres modifications touchent l’équipement et l’habitacle. Ces détails permettent de différencier assez facilement une Ascona des premières années d’un exemplaire produit dans la seconde moitié de sa carrière.

Les motorisations connaissent elles aussi quelques ajustements. En 1975, l’adaptation à l’évolution des carburants et à la réduction de leur teneur en plomb entraîne notamment des changements de puissance sur certains moteurs. Il serait donc trompeur d’associer une seule puissance à chaque cylindrée sans tenir compte du millésime. Les valeurs de 68, 80 et 90 ch correspondent aux principales configurations des premières années des 1.6 N, 1.6 S et 1.9 S.

Une conception classique et robuste

Techniquement, l’Ascona A reste fidèle à une architecture alors traditionnelle chez Opel. Son quatre cylindres est installé longitudinalement à l’avant et entraîne les roues arrière. La boîte manuelle à quatre rapports constitue la transmission habituelle, tandis qu’une boîte automatique à trois rapports est disponible avec certaines motorisations et selon les marchés.

La caisse est autoporteuse. À l’avant, les roues sont indépendantes, tandis que l’arrière fait appel à un essieu rigide guidé associé à des ressorts hélicoïdaux. Le freinage des voitures de série combine des disques à l’avant et des tambours à l’arrière. Les dimensions exactes des éléments de freinage, comme celles des pneumatiques, peuvent évoluer selon les versions et les numéros de série.

Avec un empattement de 2,43 m et une longueur légèrement supérieure à 4,10 m pour les berlines, l’Ascona reste relativement compacte au regard des familiales modernes. Sa masse varie sensiblement suivant la carrosserie et la mécanique, les versions les plus légères restant sous les 900 kg alors que certaines configurations dépassent une tonne. Ce poids contenu participe aux performances honorables obtenues avec des moteurs dont la puissance reste modeste selon les standards actuels.

Fiche technique de l’Opel Ascona

CaractéristiqueOpel Ascona A
Production1970 à juillet 1975
CarrosseriesBerline 2 portes, berline 4 portes, break 3 portes Voyage/Caravan
ArchitectureMoteur longitudinal avant, propulsion
Moteurs principaux4 cylindres essence 1.2, 1.6 et 1.9
Cylindrées1 196 cm3, 1 584 cm3, 1 897 cm3
Puissances principales60 ch DIN pour le 1.2 S, 68 ch pour le 1.6 N, 80 ch pour le 1.6 S, 90 ch pour le 1.9 S, avec évolutions selon millésime
Boîte manuelle4 rapports
Boîte automatique3 rapports selon moteur et marché
StructureCaisse autoporteuse
Suspension avantRoues indépendantes
Suspension arrièreEssieu rigide guidé, ressorts hélicoïdaux
FreinsDisques avant, tambours arrière
Empattement2 430 mm
LongueurEnviron 4 124 à 4 180 mm selon version
LargeurEnviron 1 626 à 1 630 mm
HauteurEnviron 1 385 à 1 400 mm
PoidsEnviron 845 à 1 025 kg selon carrosserie et version
Vitesse maximaleEnviron 140 à 160 km/h selon motorisation
0 à 100 km/hEnviron 14,5 s pour le 1.6 S 80 ch, environ 18 s pour le 1.6 N 68 ch
RéservoirEnviron 46 litres
Production totale691 438 exemplaires

L’Ascona A en rallye

La carrière sportive de l’Ascona A dépasse largement le simple rôle promotionnel d’une berline familiale engagée ponctuellement en compétition. Opel développe le modèle pour le rallye, avec des voitures homologuées par la FIA et des préparations qui s’éloignent naturellement des caractéristiques des exemplaires de série. Les Ascona de compétition disposent ainsi de modifications de moteur, de transmission, de freinage et de châssis adaptées à leur catégorie.

Le résultat le plus marquant arrive en 1974. Walter Röhrl, accompagné de son copilote Jochen Berger, remporte le Championnat d’Europe des rallyes au volant d’une Ascona A. Cette campagne donne au modèle une véritable crédibilité sportive et s’accompagne de plusieurs succès nationaux pour Opel.

Röhrl obtient encore un résultat majeur en 1975 avec sa victoire au Rallye de l’Acropole, épreuve du Championnat du monde des rallyes. L’Ascona de Groupe 2 utilisée en compétition peut atteindre environ 206 ch dans ses développements les plus poussés, une valeur qui ne doit évidemment pas être assimilée au 1.9 de 90 ch proposé sur les voitures de route.

Cette histoire sportive est parfois confondue avec celle de l’Ascona 400. Cette dernière appartient à une période ultérieure : développée sur la base de l’Ascona B, elle permet à Walter Röhrl de devenir champion du monde des rallyes en 1982. Elle n’est donc ni une variante de l’Ascona A de 1970 ni une référence pertinente pour décrire ses caractéristiques techniques.

De l’Ascona A aux générations suivantes

Après 691 438 exemplaires produits, la première génération quitte les chaînes en juillet 1975. Elle est remplacée par l’Opel Ascona B, qui conserve le principe du moteur longitudinal et de la propulsion tout en adoptant une carrosserie sensiblement plus grande. La gamme de carrosseries évolue également, le break de la première génération n’étant pas reconduit.

Le changement devient beaucoup plus profond en 1981 avec l’Opel Ascona C. Cette troisième génération abandonne la propulsion pour une architecture à moteur transversal et traction avant, conformément à l’évolution générale des berlines familiales européennes de cette période. Elle repose sur la plate-forme J développée dans le cadre des programmes internationaux de General Motors.

Le nom Ascona disparaît finalement de la gamme Opel en 1988. La succession est alors assurée par l’Opel Vectra A, qui poursuit le principe d’une familiale à traction avant mais inaugure une nouvelle identité. L’Ascona aura ainsi couvert dix-huit années et trois générations, avec une première mouture de 1970 techniquement très différente de la dernière.

Tous les