Ford Probe

Ford Probe

Commercialisée pour le millésime 1989, la Ford Probe est un coupé trois portes à traction avant développé dans le cadre de la coopération entre Ford et Mazda. Sa silhouette basse, ses phares escamotables et son grand hayon l’inscrivent pleinement dans l’esthétique des coupés sportifs de la fin des années 1980. Sous cette carrosserie spécifique à Ford se trouve toutefois une architecture étroitement apparentée aux Mazda 626 et MX-6 de génération GD.

Cette première Probe occupe une place particulière dans l’histoire de Ford. Le programme dont elle est issue fut envisagé pendant son développement comme une possible nouvelle Ford Mustang à traction avant. Ford choisit finalement de préserver la Mustang comme une lignée distincte et donna au nouveau coupé le nom Probe. Cette décision permit aux deux modèles de cohabiter avec des philosophies mécaniques très différentes.

Un projet Ford-Mazda qui aurait pu remplacer la Mustang

La genèse de la Probe est indissociable du rapprochement entre Ford et Mazda. Dans les années 1980, les deux constructeurs approfondissent leur coopération industrielle et technique. La future Probe profite ainsi d’une base Mazda, d’une implantation mécanique à moteur transversal et, pour ses principales versions à quatre cylindres, de moteurs d’origine Mazda. L’assemblage est confié à l’usine de Flat Rock, dans le Michigan, où Mazda produit également des modèles apparentés.

Cette orientation technique marque une rupture avec les coupés américains traditionnels de Ford. Le projet, connu sous le code ST-16, est un temps associé au renouvellement de la Mustang. Une traction avant plus compacte et plus efficiente devait répondre à l’évolution du marché, mais l’idée de remplacer la Mustang par un modèle dérivé d’une architecture japonaise suscite suffisamment de réserves pour que Ford revoie sa stratégie. La Ford Mustang 3 de génération Fox poursuit donc sa carrière tandis que le ST-16 devient un modèle autonome.

Le nom Probe n’est pas totalement nouveau chez Ford. Il avait déjà été utilisé pour plusieurs prototypes aérodynamiques expérimentaux au début des années 1980. La voiture de série lancée en 1988 pour le millésime 1989 n’est cependant pas une déclinaison directe de ces concept-cars. Elle reprend surtout leur appellation et l’idée générale d’une automobile travaillée autour de l’aérodynamique.

Un coupé à l’identité très années 1980

La Probe adopte une carrosserie fastback à trois portes particulièrement basse. Le long capot plongeant, les projecteurs escamotables, le pare-brise fortement incliné et le vaste hayon vitré composent une silhouette fluide. Les surfaces restent relativement simples, avec peu d’ornements, ce qui distingue visuellement la Probe des coupés Ford américains plus conventionnels de la décennie précédente.

La parenté avec la Mazda MX-6 est surtout technique. Ford donne à la Probe une carrosserie, un habitacle et une présentation propres, tout en conservant les principaux éléments de l’architecture Mazda GD. L’empattement de 2,515 m et les dimensions contenues produisent un coupé d’environ 4,50 m de long. Le moteur placé transversalement entraîne les roues avant, disposition alors beaucoup plus proche des coupés japonais contemporains que de celle d’une Mustang.

À bord, la présentation privilégie une ambiance sportive et enveloppante typique de la période. L’instrumentation et les commandes sont regroupées autour du conducteur, tandis que la carrosserie à hayon permet une utilisation plus pratique que celle d’un coupé à malle classique. La configuration reste celle d’un coupé 2+2, avec des places arrière davantage adaptées à un usage occasionnel.

Des moteurs Mazda et une GT turbo

Au lancement américain, les Probe GL et LX utilisent un quatre cylindres Mazda F2 de 2 184 cm3. Ce moteur atmosphérique à simple arbre à cames et trois soupapes par cylindre développe 110 hp SAE. Il privilégie davantage la souplesse et l’usage quotidien que les performances pures, tout en donnant à la Probe une mécanique cohérente avec son architecture relativement légère.

La version la plus caractéristique de cette première génération est la Probe GT. Son moteur F2T conserve la cylindrée de 2,2 litres mais reçoit un turbocompresseur IHI et un intercooler. La puissance américaine atteint 145 hp SAE, pour un couple de 258 Nm. Les documents européens peuvent afficher environ 147 ch en raison de la différence entre hp SAE et chevaux métriques. Cette variation ne correspond donc pas nécessairement à une modification du moteur.

La GT ne se contente pas d’une puissance supérieure. Elle bénéficie d’un châssis orienté vers une conduite plus sportive, de quatre freins à disque et, selon les équipements et marchés, d’amortisseurs à réglage électronique. Les quatre roues indépendantes et la direction à crémaillère participent à un comportement très différent de celui des coupés américains à propulsion auxquels le nom Ford pouvait alors être associé.

Pour le millésime 1990, la gamme américaine s’élargit avec un V6 Ford Vulcan de 3,0 litres proposé sur la Probe LX. Ce moteur atmosphérique privilégie le couple et l’agrément plutôt que le caractère plus démonstratif du quatre cylindres turbo de la GT. Sa puissance évolue au cours de la carrière du modèle, passant d’environ 140 à 145 hp selon le millésime.

Fiche technique de la Ford Probe

CaractéristiqueFord Probe première génération
PériodeMillésimes 1989 à 1992
CarrosserieCoupé fastback 3 portes à hayon, 2+2
ArchitectureMoteur avant transversal, traction avant
PlateformeArchitecture Mazda GD
Moteur 2.2 atmosphérique4 cylindres en ligne, 2 184 cm3, SOHC, 12 soupapes, injection
Puissance 2.2 atmosphérique110 hp SAE à 4 700 tr/min sur spécification américaine
Couple 2.2 atmosphériqueEnviron 176 Nm à 3 000 tr/min
Moteur GT4 cylindres en ligne F2T, 2 184 cm3, turbo IHI, intercooler
Puissance GT145 hp SAE à 4 300 tr/min, environ 147 ch métriques
Couple GT258 Nm à 3 500 tr/min
Moteur V6 LXV6 Ford Vulcan 2 986 cm3, atmosphérique, à partir du millésime 1990
Puissance V6Environ 140 à 145 hp SAE selon millésime
BoîtesManuelle 5 rapports ou automatique 4 rapports selon version
SuspensionsQuatre roues indépendantes, jambes de force et ressorts hélicoïdaux
DirectionÀ crémaillère assistée
Freins GT 1989Disques ventilés à l’avant, disques à l’arrière
Pneus GT 1989195/60 VR15 sur la version américaine essayée à l’époque
LongueurEnviron 4,50 m selon version et marché
LargeurEnviron 1,74 m
HauteurEnviron 1,32 m
Empattement2,515 m
PoidsEnviron 1 334 kg pour une GT 1989 manuelle mesurée
0 à 60 mph GT 19896,7 s lors d’un essai instrumenté d’époque
Vitesse maximale GT 1989Environ 216 km/h lors d’un essai instrumenté d’époque
ProductionFlat Rock, Michigan, États-Unis

La Probe GT, vitrine de la première génération

La GT donne à la Probe l’essentiel de sa crédibilité sportive au lancement. Les mesures d’époque illustrent l’efficacité du moteur turbo : un exemplaire américain de 1989 a réalisé le 0 à 60 mph en 6,7 secondes et atteint environ 216 km/h. Ces chiffres ne doivent pas être directement comparés aux valeurs européennes de 0 à 100 km/h, qui correspondent à un exercice différent et peuvent également concerner des spécifications de marché distinctes.

La présence d’un turbo et d’un intercooler, associée à une traction avant et à une suspension indépendante aux quatre roues, inscrit la GT dans une nouvelle génération de coupés sportifs accessibles. Elle ne cherche pas à reproduire la formule d’une Mustang à moteur longitudinal et roues arrière motrices. Cette différence explique aussi pourquoi la Probe a pu finalement coexister avec la Mustang sans constituer simplement une version alternative de celle-ci.

La première génération connaît un lancement commercial important. Les données de production couramment documentées indiquent 162 889 exemplaires pour le millésime 1989, puis 109 898 en 1990, 73 200 en 1991 et 41 035 en 1992, soit environ 387 000 voitures sur quatre millésimes. Ces volumes de production ne doivent pas être confondus avec les seules immatriculations ou ventes réalisées aux États-Unis.

De la première Probe à la seconde génération

La carrière de cette version s’achève après le millésime 1992. Ford conserve le principe d’un coupé développé avec Mazda mais renouvelle profondément la formule. La Ford Probe 2, lancée pour 1993 en Amérique du Nord, passe à l’architecture Mazda GE et abandonne les moteurs F2 de 2,2 litres de la première génération. Elle adopte notamment un quatre cylindres 2,0 litres et un V6 Mazda 2,5 litres, avec une carrosserie entièrement redessinée.

Cette succession est essentielle pour identifier correctement une Probe. La voiture de 1989 à 1992 se reconnaît à ses lignes plus anguleuses, à son architecture Mazda GD et, dans le cas de la GT, à son quatre cylindres 2,2 turbo. La génération suivante présente des formes beaucoup plus arrondies et une gamme mécanique différente. Les fiches françaises mentionnant principalement des Probe 2.0 16V ou 2.5 V6 des années 1990 décrivent généralement cette seconde génération et non le modèle lancé en 1989.

La Probe disparaît définitivement après la deuxième génération. Ford revient néanmoins sur le marché des coupés à traction avec le Ford Cougar à la fin des années 1990. Celui-ci ne constitue pas une troisième Probe, mais reprend l’idée d’un coupé moderne à moteur transversal destiné à compléter une gamme Ford largement dominée par les berlines, compactes et modèles familiaux.

Une place singulière parmi les coupés Ford

La Probe apparaît à une période de transition pour les coupés de la marque. En Europe, la Ford Capri 3 vient de quitter la production lorsque la nouvelle venue commence sa carrière américaine. Les deux modèles ne forment pas une succession technique directe : la Capri reste fidèle à une architecture à propulsion, alors que la Probe adopte une traction avant issue de la coopération avec Mazda.

Cette différence résume la singularité de la première Probe. Elle porte un badge Ford et une carrosserie propre à la marque, tout en reposant sur une base japonaise et en étant fabriquée aux États-Unis. Son histoire mêle ainsi trois éléments caractéristiques de l’industrie automobile de la fin des années 1980 : internationalisation des développements, généralisation de la traction avant et recherche d’une aérodynamique plus poussée sur les coupés de grande série.

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