Ford Capri 3

Ford Capri 3

Lancée en 1978, la Ford Capri 3 représente l’ultime évolution du coupé européen apparu neuf ans plus tôt. Son appellation demande toutefois une précision : Ford parlait à l’origine de Capri II ’78, tandis que Capri III ou Mk III s’est progressivement imposé pour distinguer cette importante refonte. Elle conserve donc l’architecture de la génération précédente, mais adopte une carrosserie modernisée, une aérodynamique retravaillée et, au fil de sa carrière, des versions sportives qui prolongent sa production jusqu’en 1986.

Cette continuité correspond parfaitement à la philosophie de la Ford Capri. Depuis 1969, Ford cherche à proposer aux automobilistes européens un coupé spectaculaire mais reposant sur des éléments mécaniques de grande série. La recette rappelle celle de la Ford Mustang américaine : une silhouette désirable, plusieurs niveaux de puissance et un tarif permettant de toucher un public beaucoup plus large que celui des voitures de sport traditionnelles.

Une profonde évolution de la Capri II

La Capri 3 ne repart pas d’une feuille blanche. Elle dérive directement de la Ford Capri 2 apparue en 1974 et conserve notamment sa coque, son moteur longitudinal avant, sa transmission aux roues arrière et son hayon. Ford concentre ses efforts sur l’apparence, l’aérodynamique et la modernisation de la gamme plutôt que sur une coûteuse nouvelle plateforme.

Présentée en mars 1978, cette évolution reprend certains principes entrevus sur l’étude Modular Aerodynamic dévoilée en 1976. La proue devient plus basse et plus agressive. Le capot plonge vers une calandre noire encadrée de quatre projecteurs ronds, tandis qu’un spoiler est intégré sous le pare-chocs. Les pare-chocs noirs enveloppants, les entourages de vitres assombris et le traitement revu de la poupe donnent à la voiture une allure nettement plus contemporaine sans masquer ses origines.

Le profil reste immédiatement reconnaissable, avec son long capot, son habitacle rejeté vers l’arrière et sa poupe fastback. La Capri demeure un coupé trois portes pratique grâce à son grand hayon et à sa banquette arrière. Cette combinaison entre présentation sportive et utilisation quotidienne constitue l’une des raisons pour lesquelles Ford peut maintenir le modèle au catalogue alors que sa conception fondamentale remonte aux années 1970.

Des quatre cylindres aux V6

La diversité mécanique est essentielle pour comprendre la Capri 3. Il n’existe pas une motorisation représentative de toute sa carrière, car l’offre varie fortement selon les années et les pays. Les versions les plus accessibles utilisent des quatre cylindres 1,3 et 1,6 litre, tandis que les modèles supérieurs reçoivent notamment des V6 2,0, 2,3 et 3,0 litres. Le moteur 1,3 litre n’est d’ailleurs pas proposé partout, ce qui explique certaines différences entre les catalogues britanniques et ceux d’Europe continentale.

Le 2,0 litres illustre lui aussi cette diversité. Certaines Capri disposent initialement d’un V6 Cologne, alors qu’un quatre cylindres OHC de 1 993 cm3 et environ 101 ch apparaît ensuite sur plusieurs marchés. Plus haut dans la gamme, le V6 Cologne de 2 293 cm3 atteint jusqu’à 114 ch. La Capri 3.0 conserve pour sa part le V6 Essex de 2 994 cm3, donné pour 138 ch dans sa configuration européenne documentée.

Quelle que soit la mécanique, la recette reste traditionnelle : moteur longitudinal et propulsion. Les premières voitures emploient principalement une boîte manuelle à quatre rapports, complétée sur certaines versions par une automatique à trois rapports. La boîte manuelle à cinq vitesses se généralise davantage pendant les dernières années de carrière.

Le châssis est tout aussi classique. L’avant repose sur des jambes MacPherson, tandis que l’arrière conserve un essieu rigide guidé notamment par des ressorts à lames longitudinaux. Les versions courantes utilisent des disques à l’avant et des tambours à l’arrière. Cette architecture relativement simple permet à Ford de proposer de nombreuses puissances sans remettre en cause la structure fondamentale de la voiture.

La Capri 2.8 Injection au sommet de la gamme

Au début des années 1980, le V6 3.0 Essex cède sa place au 2.8 Injection. Cette version devient l’une des Capri 3 les plus emblématiques. Son V6 Cologne de 2 792 cm3 reçoit une injection mécanique Bosch K-Jetronic et développe 160 ch. Avec environ 210 km/h en vitesse maximale et un 0 à 100 km/h voisin de huit secondes, elle redonne au coupé des performances de premier plan pour son époque.

Ford ne se contente pas d’installer un moteur plus puissant. La 2.8 Injection bénéficie notamment de disques avant ventilés et de pneumatiques plus généreux, avec des dimensions de 205/60 VR13 documentées sur des jantes de 7 pouces. Son équipement et sa présentation évoluent encore au cours de sa carrière, notamment avec la 2.8 Injection Special britannique.

Une très rare 2.8 Turbo pousse plus loin le concept. Son V6 suralimenté développe 188 ch et permet d’atteindre environ 215 km/h. Elle ne doit cependant pas être confondue avec la Capri 2.8 Injection de grande série ni avec les transformations britanniques Tickford, encore différentes.

L’arrivée de modèles comme la Ford Sierra Xr4i montre parallèlement comment l’offre sportive européenne de Ford évolue au début des années 1980. La Capri conserve pourtant une personnalité distincte : architecture ancienne, ligne de coupé classique et position de conduite qui prolongent une formule née bien avant la nouvelle génération de berlines aérodynamiques.

Fiche technique de la Ford Capri 3

CaractéristiqueDonnées
Production1978 à 1986
CarrosserieCoupé fastback 3 portes avec hayon
ArchitectureMoteur avant longitudinal, propulsion
Moteurs principaux4 cylindres 1.3, 1.6 et 2.0 ; V6 2.0, 2.3, 2.8 et 3.0 selon année et marché
1.61 593 cm3, environ 68 à 72 ch selon configuration
2.0 OHC1 993 cm3, environ 101 ch
2.3 V62 293 cm3, jusqu’à 114 ch à 5 300 tr/min, environ 176 à 177 Nm
3.0 V62 994 cm3, 138 ch à 5 000 tr/min, environ 235 Nm à 3 000 tr/min
2.8 Injection2 792 cm3, V6 Cologne, Bosch K-Jetronic, 160 ch
2.8 TurboV6 2 792 cm3 turbocompressé, 188 ch
BoîtesManuelles 4 ou 5 rapports selon version et année ; automatique 3 rapports sur certaines versions
Suspension avantRoues indépendantes, jambes MacPherson, barre stabilisatrice
Suspension arrièreEssieu rigide, ressorts à lames longitudinaux, amortisseurs télescopiques
DirectionÀ crémaillère, assistance selon version
FreinageDisques avant et tambours arrière sur versions courantes ; disques avant ventilés notamment sur 2.8 Injection
Empattement2 563 mm
LongueurEnviron 4 439 mm avec butoirs ; 4 376 mm hors butoirs selon documentation technique
LargeurEnviron 1 698 mm
HauteurEnviron 1 323 mm selon configuration documentée
VoiesEnviron 1 353 mm avant et 1 384 mm arrière sur une configuration 1.6 documentée
PoidsEnviron 1 010 à 1 145 kg selon moteur et équipement
Pneumatiques165 SR13 sur certaines 1.6 ; 185/70 HR13 sur 3.0 ; 205/60 VR13 sur 2.8 Injection
Vitesse maximaleEnviron 155 km/h sur certaines 1.6 ; 200 km/h pour la 3.0 ; environ 210 km/h pour la 2.8 Injection ; environ 215 km/h pour la 2.8 Turbo
0 à 100 km/hEnviron 15,9 s pour une 1.6 de 68 ch ; 8,8 s pour une 3.0 documentée ; environ 8 s pour la 2.8 Injection
RéservoirEnviron 58 litres sur certaines versions documentées

Une carrière prolongée jusqu’en 1986

La gamme change progressivement au cours des huit années de production. Certaines petites motorisations et plusieurs V6 disparaissent, tandis que les finitions évoluent pour maintenir l’attractivité du modèle. Ford propose suivant les pays des appellations L, GL, S, Ghia, LS, GT4 ou encore diverses séries spéciales. Les marchés britannique et allemand finissent par suivre des trajectoires sensiblement différentes.

Cette longévité devient d’autant plus remarquable que Ford renouvelle profondément son catalogue. La Ford Sierra, lancée en 1982 avec une carrosserie particulièrement aérodynamique, appartient déjà à une nouvelle époque stylistique. La Capri reste néanmoins suffisamment demandée pour continuer sa carrière, surtout au Royaume-Uni.

À partir de novembre 1984, la production est réservée au marché britannique et aux voitures à conduite à droite. La finition Laser occupe alors une place importante dans la gamme, aux côtés de la 2.8 Injection. La Capri 280 constitue l’une des toutes dernières séries avant l’arrêt définitif de la production en décembre 1986. Ford indique un total de 1 886 647 Capri pour l’ensemble de la lignée depuis 1969, chiffre qui ne doit pas être attribué à la seule troisième évolution.

La disparition de la Capri ne débouche pas sur une quatrième génération immédiate. D’autres coupés Ford apparaîtront plus tard en Europe, notamment la Ford Probe, mais sans constituer une succession générationnelle directe. Le nom Capri ne reviendra sur une Ford de série que plusieurs décennies après la disparition du coupé classique, avec une automobile électrique d’une conception entièrement différente.

De la route aux spectaculaires Capri Zakspeed

La silhouette de la Capri 3 est également indissociable des voitures développées par Zakspeed pour le Groupe 5. Leur apparence conserve suffisamment de traits du modèle routier pour être identifiable, mais leur parenté technique est limitée. Sous les ailes considérablement élargies et les imposants appendices aérodynamiques se cache une véritable machine de course, et non une Capri de série simplement préparée.

Ces Capri Turbo disputent notamment la Deutsche Rennsport Meisterschaft. Les évolutions les plus poussées atteignent des puissances de l’ordre de 600 ch, très éloignées des 160 ch de la 2.8 Injection routière. En 1981, Klaus Ludwig remporte le championnat DRM avec la Zakspeed Ford Capri Turbo, offrant à cette silhouette de fin de carrière une visibilité sportive majeure.

La Capri 3 conserve ainsi deux identités très différentes pendant ses dernières années : celle d’un coupé de grande série dont les origines techniques remontent au milieu des années 1970, et celle d’une silhouette devenue spectaculaire en compétition. Ses quatre projecteurs ronds, son capot plongeant, ses pare-chocs noirs enveloppants et son long profil de propulsion permettent aujourd’hui encore de la distinguer immédiatement des deux premières Capri.

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