Lancée en 1994, la Ford Scorpio 2 représente la deuxième et dernière génération de la grande routière européenne de Ford. Malgré une carrosserie profondément renouvelée, elle conserve une architecture étroitement dérivée de sa devancière, avec moteur longitudinal et propulsion. Son style très arrondi, sa grande calandre ovale et ses projecteurs caractéristiques en font immédiatement l’une des Ford européennes les plus reconnaissables des années 1990.
Une deuxième génération pour le haut de gamme Ford
La Scorpio 2 apparaît à l’automne 1994, notamment au Mondial de l’Automobile de Paris. Ford la présente alors comme la Scorpio du millésime 1995, ce qui explique que certaines documentations la désignent comme « Scorpio ’95 » alors que son lancement commercial commence bien en 1994. Elle succède à la première Ford Scorpio, apparue en 1985 et qui avait elle-même prolongé la présence de Ford sur le marché européen des grandes routières.
Cette lignée s’inscrit dans une histoire plus ancienne. Avant la Scorpio, la Ford Granada avait occupé cette position au sommet de la gamme européenne. Avec la deuxième Scorpio, Ford tente de conserver une offre capable de rivaliser avec les grandes berlines généralistes et les modèles des constructeurs premium allemands, dans un segment où l’image de marque devient cependant de plus en plus déterminante.
La transformation visuelle ne signifie pas que Ford repart d’une feuille blanche. La nouvelle génération réutilise une partie importante de l’architecture et du plancher de la Scorpio précédente. Elle reste une propulsion à moteur avant longitudinal, mais reçoit une carrosserie redessinée, un habitacle modernisé et de nombreuses évolutions de châssis et d’équipement. Contrairement à la première génération, aucune transmission intégrale n’est proposée.
Un style particulièrement identifiable
Le dessin constitue la caractéristique la plus spectaculaire de la Scorpio 2. Ford adopte des formes très arrondies, dans l’esprit du langage stylistique développé par la marque durant les années 1990. La face avant associe une grande calandre ovale à des projecteurs eux-mêmes fortement ovalisés. Le capot plongeant et les ailes aux volumes souples accentuent cette identité, très éloignée des lignes plus conventionnelles de la première Scorpio.
La berline possède une silhouette tricorps classique dans son principe, mais traitée avec des surfaces particulièrement courbes. À l’arrière, les premiers modèles se distinguent par des feux étroits et enveloppants encadrant une poupe massive. Certaines pièces illustrent aussi les synergies internationales de Ford à cette époque, les poignées de portes étant apparentées à celles de la Ford Crown Victoria américaine.
La gamme comprend une berline quatre portes et un break cinq portes, commercialisé notamment sous l’appellation Clipper en France. En revanche, la carrosserie cinq portes à hayon qui avait joué un rôle important dans la première génération disparaît. Le break adopte une partie arrière spécifique tout en conservant la physionomie très reconnaissable de la face avant.
Ford retouche le modèle en 1997. Les modifications cherchent notamment à rendre son apparence plus sobre, avec un traitement revu de la calandre, des projecteurs et de certains éléments arrière. Cette évolution ne bouleverse ni la structure ni le positionnement de la voiture et la carrière européenne s’achève dès 1998.
Des quatre cylindres au V6 24 soupapes Cosworth
La Scorpio 2 propose une gamme de moteurs assez large, qui évolue suivant les années et les marchés. Au lancement, l’offre essence européenne comprend notamment des quatre cylindres 2,0 litres et des V6 2,9 litres. En France, le 2.0 16V de 136 ch constitue l’une des principales motorisations, tandis que le sommet de gamme reçoit un V6 2.9 24V développant 207 ch.
Ce dernier est particulièrement intéressant sur le plan mécanique. Issu de la famille du V6 Cologne, il utilise des culasses à quatre soupapes par cylindre développées avec Cosworth. Avec environ 2,9 litres de cylindrée, quatre arbres à cames et 24 soupapes, il donne à la grande Ford des performances nettement supérieures à celles des versions quatre cylindres. Il est notamment associé à une boîte automatique à quatre rapports.
Un quatre cylindres 2.3 16V de 147 ch rejoint ensuite la gamme et constitue une solution intermédiaire entre les 2,0 litres et le V6. Ford propose également un 2.5 turbodiesel d’origine VM Motori. D’abord annoncé autour de 115 ch, celui-ci évolue ensuite jusqu’à environ 125 ch sur certaines versions. Les combinaisons exactes de moteurs, transmissions et finitions diffèrent selon les pays et les millésimes.
Le comportement repose sur quatre roues indépendantes, avec jambes McPherson à l’avant et suspension indépendante à l’arrière. La direction assistée est à crémaillère et le freinage fait appel à quatre disques avec ABS, leurs dimensions variant selon la motorisation. Malgré ses évolutions, la Scorpio 2 conserve donc les principes fondamentaux de la génération précédente plutôt que d’adopter la traction avant devenue courante chez Ford.
Fiche technique de la Ford Scorpio 2
| Caractéristique | Données |
|---|---|
| Production | 1994 à 1998 |
| Segment | Grande routière |
| Carrosseries | Berline 4 portes, break 5 portes |
| Architecture | Moteur avant longitudinal, propulsion |
| Moteurs essence | 4 cylindres 2.0 8V, 2.0 16V, 2.3 16V, V6 2.9 12V selon marchés, V6 2.9 24V |
| Moteur diesel | 4 cylindres 2.5 turbodiesel VM Motori |
| Puissance | Environ 115 à 207 ch selon moteur et marché |
| 2.0 16V | 1 998 cm3, 136 ch, environ 175 Nm |
| 2.3 16V | 2 295 cm3, 147 ch, environ 202 Nm |
| 2.9 V6 24V | Environ 2 935 cm3, 207 ch à environ 6 000 tr/min, environ 281 Nm à 4 200 tr/min |
| 2.5 turbodiesel | 115 ch puis environ 125 ch selon version et millésime |
| Boîtes de vitesses | Manuelle 5 rapports ou automatique 4 rapports selon version |
| Suspension avant | Indépendante, jambes McPherson, ressorts hélicoïdaux et barre antiroulis |
| Suspension arrière | Indépendante, ressorts hélicoïdaux et barre antiroulis |
| Direction | Crémaillère assistée hydrauliquement |
| Freinage | Quatre disques, ABS, dimensions variables selon motorisation |
| Empattement | 2 770 mm |
| Longueur | Environ 4 825 mm |
| Largeur | Environ 1 760 mm hors rétroviseurs |
| Hauteur | Environ 1 388 à 1 402 mm pour la berline, environ 1 442 mm pour le break |
| Pneumatiques | Montes variables selon version, notamment de 14 à 16 pouces |
| Vitesse maximale | Environ 193 à 225 km/h selon version |
| 0 à 100 km/h | Environ 9 s pour le V6 2.9 24V, autour de 9,8 s pour le 2.3 16V |
Une grande routière tournée vers le confort
Avec 2,77 m d’empattement et environ 4,83 m de longueur, la Scorpio 2 assume pleinement son rôle de grande routière. Son architecture à propulsion la distingue également de nombreuses Ford européennes contemporaines. Elle privilégie l’espace, la stabilité et le confort de voyage plutôt qu’une recherche systématique de sportivité, même si le V6 24 soupapes permet des performances élevées pour une berline de cette catégorie.
L’équipement reflète son statut de porte-drapeau. Selon les versions et les marchés, la Scorpio peut recevoir climatisation, sellerie cuir, réglages électriques, ordinateur de bord et différents équipements de confort alors encore associés aux grandes berlines. Certaines versions haut de gamme bénéficient aussi d’une assistance de direction variable en fonction de la vitesse, tandis que le break peut disposer d’une correction automatique d’assiette.
La Scorpio occupe alors un niveau supérieur à la Ford Mondeo. Cette hiérarchie est importante pour comprendre le modèle : la Scorpio 2 n’est pas simplement une Mondeo plus grande, mais l’ultime représentante d’une lignée européenne de grandes Ford à moteur longitudinal et propulsion.
Une carrière courte jusqu’en 1998
La deuxième Scorpio ne reste au catalogue qu’environ quatre ans. Son esthétique très personnelle a fortement marqué sa réputation, mais sa carrière intervient surtout à une période difficile pour les grandes routières des constructeurs généralistes. Sur ce marché, les marques premium allemandes renforcent leur position tandis que Ford peine à justifier durablement une berline placée nettement au-dessus de la Mondeo.
Les chiffres globaux attribués à cette génération tournent autour de 95 000 exemplaires dans plusieurs sources historiques, sans qu’un total industriel Ford suffisamment précis permette de traiter ce nombre comme un volume de production définitif. L’ordre de grandeur reste néanmoins très inférieur à celui atteint par la première Scorpio et illustre la diffusion limitée de cette seconde génération.
La production cesse en 1998 sans remplacement direct. Ford ne développe pas de troisième Scorpio européenne et la Mondeo devient dès lors, de fait, la principale grande berline de la marque sur le continent. Cette disparition clôt aussi une succession commencée avec les grandes Ford européennes des décennies précédentes : la Scorpio 2 demeure la dernière grande berline Ford spécifiquement européenne combinant moteur longitudinal, propulsion et positionnement au-dessus de la Mondeo.




