Ford Granada

Ford Granada

La Ford Granada apparaît en 1972 comme la nouvelle grande routière européenne de Ford. Conçue conjointement par les branches britannique et allemande du constructeur, elle remplace à la fois les Zephyr et Zodiac au Royaume-Uni et les grandes 17M, 20M et 26M allemandes. Berline statutaire, break familial ou coupé, elle occupe le sommet d’une gamme qui comprend alors des modèles plus compacts comme la Ford Escort. Cette vocation européenne commune constitue l’une des clés pour comprendre une carrière où moteurs, finitions et appellations varient sensiblement d’un pays à l’autre.

Une grande Ford européenne née en 1972

Le développement de la Granada commence à la fin des années 1960 dans le contexte de l’intégration progressive des activités européennes de Ford. Jusqu’alors, les filiales britannique et allemande possèdent des gammes largement distinctes. La future grande routière doit rationaliser cette situation autour d’une même architecture tout en répondant aux attentes de plusieurs marchés. Elle est dévoilée au public avec la Consul au Salon de Genève de 1972, puis commercialisée au printemps.

Au lancement, Consul et Granada ne désignent pas simplement deux générations différentes. Elles reposent sur la même famille de voitures, la Consul constituant essentiellement l’offre d’accès tandis que Granada représente le niveau supérieur. La hiérarchie dépend néanmoins du marché. Ford abandonne finalement l’appellation Consul en 1975 et regroupe la gamme sous le seul nom Granada.

La voiture s’insère au-dessus des familiales européennes de la marque. En Allemagne notamment, la Ford Taunus demeure plus compacte, tandis qu’au Royaume-Uni la Ford Cortina occupe elle aussi un échelon inférieur. La Granada devient ainsi la grande Ford destinée aussi bien aux familles qu’aux cadres, aux flottes et aux usages institutionnels.

Berline, break et coupé: une gamme particulièrement large

La première Granada, généralement appelée Mk I, adopte les codes des grandes routières du début des années 1970: moteur longitudinal, propulsion, habitacle spacieux et présentation relativement classique. Ford la décline en berline quatre portes, en break cinq portes commercialisé sous l’appellation Turnier sur certains marchés et en coupé fastback. Une berline deux portes rejoint également la gamme sur certains marchés continentaux.

Le coupé constitue la carrosserie la plus distinctive. Les premiers exemplaires présentent des ailes arrière très galbées et une ligne de caisse évoquant le style dit “coke bottle”. À partir de 1974, cette partie de la carrosserie est redessinée dans un registre plus rectiligne. La Granada partage par ailleurs plusieurs familles de moteurs avec d’autres Ford européennes, notamment la Ford Capri, sans pour autant poursuivre la même vocation: la Granada privilégie espace, confort et capacité routière plutôt qu’une image de coupé sportif.

Les niveaux de finition évoluent rapidement. Aux premières Granada et GXL succèdent ou s’ajoutent, suivant les pays et les années, des appellations comme L, GL, S et surtout Ghia. Cette dernière accompagne la montée en gamme de Ford avec des habitacles plus richement équipés et une présentation extérieure plus valorisante. La diversité est telle qu’il est préférable de considérer chaque combinaison de moteur, carrosserie et marché séparément plutôt que de chercher une Granada Mk I “standard”.

Des quatre cylindres aux V6

La variété mécanique reflète directement cette stratégie européenne. Les versions les plus accessibles peuvent recevoir des moteurs quatre cylindres ou, au début de la carrière, des V4 selon les marchés. Plus haut dans la gamme apparaissent plusieurs V6 issus principalement des familles Cologne et Essex. Les cylindrées rencontrées au fil de la première génération comprennent notamment 1,7, 2,0, 2,3, environ 2,6 et 3,0 litres, auxquelles s’ajoutent ensuite d’autres configurations.

Le V6 Essex de 2 994 cm3 est particulièrement associé aux Granada britanniques haut de gamme. Il développe environ 138 ch DIN dans certaines configurations de première génération. Sur le continent, Ford utilise notamment le V6 Cologne, avec par exemple un 2,6 litres de 125 ch DIN. En fin de carrière de la Mk I, certaines versions bénéficient également d’un V6 2,8 litres à injection. Ces valeurs ne sont pas interchangeables: la puissance dépend du moteur, de l’année et du marché.

Toutes conservent cependant les principes fondamentaux de la voiture: moteur avant longitudinal et roues arrière motrices. Les transmissions courantes comprennent une boîte manuelle à quatre rapports et, selon les versions, une automatique à trois rapports. Cette architecture traditionnelle est associée à un élément plus sophistiqué pour la catégorie: une suspension arrière indépendante, qui contribue au positionnement routier de la Granada.

Fiche technique de la Ford Granada

CaractéristiqueFord Granada européenne
Lancement1972
Première génération1972 à 1977
Deuxième génération1977 à 1985
Carrosseries Mk IBerline 2 ou 4 portes selon marché, coupé, break 5 portes
ArchitectureMoteur avant longitudinal, propulsion
Moteurs Mk I4 cylindres, V4 et V6 selon année et marché
Cylindrées principales Mk IEnviron 1,7 à 3,0 litres selon version
V6 2,62 550 cm3, jusqu’à environ 125 ch DIN selon version
V6 3,0 Essex2 994 cm3, environ 138 ch DIN selon version
Boîtes Mk IManuelle 4 rapports ou automatique 3 rapports selon version
Suspension avantRoues indépendantes, doubles triangles
Suspension arrièreRoues indépendantes, ressorts hélicoïdaux
DirectionCrémaillère, assistance selon version
FreinageDisques avant et tambours arrière sur de nombreuses versions, équipement variable selon motorisation
Longueur berline Mk IEnviron 4,57 m
Largeur berline Mk IEnviron 1,79 m
Hauteur berline Mk IEnviron 1,37 m
Empattement Mk IEnviron 2,77 m
Longueur break Mk IEnviron 4,67 m
PoidsVariable selon carrosserie, moteur et équipement, environ 1 270 kg pour certaines berlines V6
Vitesse maximaleVariable selon motorisation, environ 171 km/h pour certaines 2,5/2,6 litres
0 à 100 km/hVariable selon version, environ 12 s pour certaines berlines V6 intermédiaires
Production principaleAllemagne et Royaume-Uni pour la première génération, puis principalement Allemagne

La Granada Mk II modernise la formule

Ford renouvelle profondément l’apparence de sa grande routière en 1977. La Granada Mk II conserve les principes mécaniques essentiels de sa devancière, notamment la propulsion et la suspension arrière indépendante, mais reçoit une carrosserie beaucoup plus rectiligne. Cette évolution répond à la tendance stylistique de la fin des années 1970 tout en permettant à Ford de prolonger une base technique déjà éprouvée.

La deuxième génération conserve une gamme étendue de moteurs quatre cylindres et V6, avec des différences importantes selon les pays. Les V6 Cologne occupent une place croissante, tandis que l’injection équipe les variantes les plus performantes. Des moteurs Diesel rejoignent également l’offre sur certains marchés, signe de l’évolution des grandes berlines européennes après les crises pétrolières des années 1970.

Un important remaniement intervient en 1981. Boucliers, calandre, optiques et détails aérodynamiques évoluent, tandis que l’équipement progresse. La Granada doit alors composer avec une génération de modèles européens aux lignes plus modernes. L’arrivée de la Ford Sierra en 1982 illustre particulièrement cette rupture stylistique chez Ford, même si cette dernière évolue dans la catégorie inférieure.

De la Granada à la Scorpio

En 1985, Ford remplace sa grande routière sur le continent par la Ford Scorpio. Le changement dépasse un simple restylage: la nouvelle venue adopte une carrosserie plus aérodynamique et traduit la transformation profonde du style Ford durant la première moitié des années 1980. Le nom Granada ne disparaît toutefois pas immédiatement partout. Au Royaume-Uni et en Irlande, la première Scorpio continue d’être commercialisée sous l’appellation Granada pendant plusieurs années.

Cette particularité explique certaines chronologies apparemment contradictoires. Pour l’Europe continentale, la carrière de la Granada en tant que modèle portant ce nom s’étend essentiellement de 1972 à 1985. Dans la nomenclature britannique, une troisième génération “Granada” correspond en réalité à la famille Scorpio apparue en 1985. Elle ne doit donc pas être confondue avec les Granada Mk I et Mk II développées sous ce nom pour l’ensemble du marché européen.

Une identité liée au haut de gamme Ford des années 1970

La Granada n’a jamais reposé sur une seule mécanique emblématique. Son identité vient plutôt de l’association entre une architecture de grande propulsion, une suspension arrière indépendante, une vaste gamme de carrosseries et un choix de moteurs allant des versions relativement modestes aux V6. Cette polyvalence lui permet de servir aussi bien de grande familiale que de voiture de direction, de break à forte capacité ou de coupé haut de gamme.

Les variantes les plus recherchées visuellement sont notamment les premiers coupés aux ailes arrière galbées et certaines finitions Ghia ou V6, mais leur rareté dépend fortement du pays et de la configuration. La Granada a également fourni une base à des transformations professionnelles, notamment des limousines et véhicules funéraires réalisés par des carrossiers spécialisés britanniques.

Il faut enfin distinguer strictement cette Granada de la Ford Granada américaine lancée en 1975. Malgré un nom identique, le modèle nord-américain appartient à une famille entièrement différente, avec sa propre conception, ses dimensions, ses moteurs et son histoire commerciale. La Granada de 1972 est avant tout le produit de la construction de Ford Europe: une grande routière commune destinée à remplacer les anciennes lignées nationales et à donner au constructeur un véritable haut de gamme européen.

Tous les