Auburn Speedster

Auburn Speedster

L’Auburn Speedster est l’une des automobiles américaines les plus emblématiques de l’entre-deux-guerres. Apparue sous sa forme Boattail à la fin des années 1920, elle associe une carrosserie de roadster à arrière effilé, des moteurs puissants et un style particulièrement spectaculaire. Son évolution la plus célèbre, la Speedster 851 Supercharged de 1935, devient l’un des symboles du design Art déco automobile grâce à sa silhouette élancée et à ses performances dépassant les 160 km/h.

Contrairement à une idée répandue, l’appellation Auburn Speedster ne désigne pas uniquement le modèle à compresseur de 1935. Elle rassemble plusieurs générations de voitures sportives produites par Auburn Automobile Company, avec des motorisations huit cylindres, puis douze cylindres, avant le retour à un huit cylindres suralimenté. Cette histoire s’achève en 1936, lorsque le constructeur américain cesse sa production automobile.

Les origines de l’Auburn Speedster : le pari sportif d’Errett Cord

Au début des années 1920, Auburn Automobile Company traverse une période difficile. Installée à Auburn, dans l’Indiana, l’entreprise peine à s’imposer face aux grands constructeurs américains. Son avenir change en 1924 avec l’arrivée d’Errett Lobban Cord, un entrepreneur qui entreprend de moderniser la gamme et de transformer l’image de la marque.

La stratégie de Cord consiste à proposer des automobiles élégantes et performantes à des tarifs inférieurs à ceux des constructeurs de grand prestige. Auburn doit séduire une clientèle attirée par les voitures luxueuses, sans nécessairement disposer du budget nécessaire pour acquérir une Duesenberg ou certaines grandes sportives européennes.

Cette orientation favorise le développement de modèles sportifs reposant sur les mécaniques existantes. À la fin des années 1920, l’Auburn 115 et son huit cylindres en ligne participent à cette montée en puissance. La marque exploite alors les qualités de ses moteurs Lycoming et les associe à des carrosseries plus audacieuses.

La première génération de Boattail Speedster apparaît en 1928, notamment avec la série 8-115. Le terme « Boattail », littéralement « queue de bateau », désigne son arrière allongé et pointu, inspiré des formes nautiques. Cette carrosserie se distingue des roadsters traditionnels par son profil dynamique, son pare-brise incliné et son habitacle compact.

Le dessin des premières Speedster est principalement associé à Alan Leamy, tandis que l’influence d’Alexis de Sakhnoffsky apparaît dans certaines études historiques. Leur esthétique s’inscrit dans une période où les constructeurs américains cherchent à donner une identité plus sportive à leurs automobiles, bien avant la généralisation des carrosseries aérodynamiques.

La Speedster joue aussi un rôle commercial essentiel. Sa silhouette attire l’attention dans les salons et les concessions, même lorsque les ventes portent principalement sur des berlines, des cabriolets ou des modèles plus conventionnels. Elle devient ainsi une vitrine du savoir-faire d’Auburn.

De la Boattail des années 1920 aux versions V12

La première Auburn Speedster se caractérise par un long capot, des ailes séparées, une calandre relativement verticale et une poupe effilée. Les phares ronds et les roues à rayons renforcent son caractère sportif. Les proportions restent celles d’une automobile américaine à châssis séparé, mais la carrosserie donne une impression de vitesse inhabituelle pour l’époque.

Les premières versions reçoivent des moteurs Lycoming à huit cylindres en ligne. La 8-115 développe une puissance annoncée de 115 chevaux, tandis que la 8-120, introduite à la fin des années 1920, atteint environ 120 chevaux. Ces valeurs correspondent aux puissances nominales d’époque et ne doivent pas être confondues avec celles des modèles ultérieurs à compresseur.

Le développement des Speedster accompagne les transformations de la gamme Auburn. Au début des années 1930, le constructeur renouvelle ses modèles huit cylindres, notamment autour de l’Auburn 8-98. Les carrosseries évoluent progressivement, avec des lignes plus fluides et des équipements mieux adaptés au grand tourisme.

En 1932, Auburn franchit une nouvelle étape en proposant un moteur V12 Lycoming. Cette mécanique d’environ 6,4 litres développe une puissance généralement annoncée de 160 chevaux. Elle équipe plusieurs automobiles de prestige de la marque, dont des Speedster. L’Auburn 12-160 illustre cette période ambitieuse, pendant laquelle le constructeur cherche à rivaliser avec des modèles nettement plus coûteux.

Le douze cylindres apporte davantage de souplesse et une puissance importante, mais il augmente également la complexité mécanique et les coûts de fabrication. Dans un marché profondément touché par la Grande Dépression, cette stratégie devient difficile à maintenir. Les ventes de voitures prestigieuses restent limitées et Auburn doit rationaliser ses investissements.

Les Speedster de cette période ne forment donc pas une série techniquement uniforme. Les empattements, les moteurs, les équipements et certains détails de carrosserie changent selon les années. Une Speedster V12 de 1932 ne possède ni la mécanique ni le dessin de la future 851 Supercharged, même si toutes deux partagent le principe du roadster Boattail.

1935 : l’Auburn 851 Supercharged réinvente la Speedster

Au milieu des années 1930, Auburn tente une dernière relance. Harold T. Ames, dirigeant de Duesenberg, participe à cette réorganisation et confie à Gordon Buehrig le développement d’une nouvelle carrosserie spectaculaire. Le styliste, déjà reconnu pour son travail au sein du groupe Cord-Duesenberg, transforme profondément l’apparence de la Speedster.

Présentée à la fin de 1934 pour le millésime 1935, la nouvelle voiture appartient à la famille Auburn 851. Son dessin abandonne les proportions relativement anguleuses des premières Boattail au profit de lignes basses et fluides. Le long capot rejoint une calandre inclinée, tandis que les ailes avant dessinent de grandes courbes enveloppantes.

Le pare-brise en V, l’habitacle à deux places et l’arrière très effilé composent une silhouette immédiatement reconnaissable. Les phares profilés s’intègrent à l’ensemble, tandis que les quatre tubes d’échappement chromés visibles sur le côté gauche du capot deviennent l’une des signatures les plus célèbres de la version suralimentée.

Malgré son apparence exclusive, la Speedster n’est pas entièrement nouvelle sur le plan industriel. Auburn réutilise des éléments mécaniques et structurels existants afin de limiter les coûts. Cette approche permet de créer une automobile spectaculaire sans financer le développement d’une plateforme totalement inédite.

La principale nouveauté technique réside dans l’adoption d’un compresseur centrifuge Schwitzer-Cummins sur le huit cylindres Lycoming. August Duesenberg participe à la mise au point de cette mécanique, dont la puissance annoncée atteint 150 chevaux. Le moteur conserve une distribution à soupapes latérales, une architecture traditionnelle mais robuste pour l’époque.

La Auburn 851 Supercharged Speedster combine cette motorisation avec un pont arrière Columbia à deux rapports. Associé à une boîte manuelle à trois vitesses, ce dispositif offre six combinaisons de démultiplication. Il ne s’agit toutefois pas d’une véritable boîte manuelle à six rapports : le conducteur dispose de trois vitesses et de deux gammes de pont.

Cette transmission favorise la polyvalence de la voiture. La démultiplication courte facilite les accélérations, tandis que la gamme longue permet de maintenir une vitesse élevée avec un régime moteur plus modéré. Auburn associe ainsi les performances d’une sportive à des qualités adaptées aux longues routes américaines.

Fiche technique de l’Auburn Speedster

CaractéristiqueAuburn 851/852 Supercharged Speedster (1935-1936)
ConstructeurAuburn Automobile Company
OrigineÉtats-Unis, Auburn (Indiana)
CarrosserieRoadster Boattail, 2 portes, 2 places
ArchitectureMoteur avant longitudinal, propulsion
MoteurLycoming, 8 cylindres en ligne
DistributionSoupapes latérales
CylindréeEnviron 4 585 cm³ (280 ci)
AlimentationCarburateur Stromberg et compresseur centrifuge Schwitzer-Cummins
Puissance maximale150 bhp à environ 4 000 tr/min
Couple maximalEnviron 312 Nm à 2 750 tr/min, valeur indicative
Taux de compressionEnviron 6,5:1
TransmissionRoues arrière motrices
Boîte de vitessesManuelle à 3 rapports
Pont arrièreColumbia Dual-Ratio à 2 démultiplications
StructureChâssis séparé de type échelle
Suspension avantEssieu rigide, ressorts à lames semi-elliptiques
Suspension arrièrePont rigide, ressorts à lames semi-elliptiques
AmortissementAmortisseurs à levier
DirectionMécanique
FreinageTambours hydrauliques sur les quatre roues
RouesRoues à rayons métalliques
LongueurEnviron 4 938 mm
LargeurEnviron 1 816 mm
HauteurEnviron 1 473 mm
Empattement3 226 mm (127 pouces)
Voie avantEnviron 1 448 mm
Voie arrièreEnviron 1 575 mm
PoidsEnviron 1 680 à 1 702 kg
Vitesse maximalePlus de 160 km/h, environ 160 à 170 km/h selon les données historiques
Prix neuf aux États-UnisEnviron 2 245 dollars en 1935

Records de vitesse et performances à Bonneville

La réputation de l’Auburn Speedster repose autant sur ses performances que sur son esthétique. Dès la fin des années 1920, Auburn utilise les épreuves de vitesse pour démontrer les qualités de ses automobiles. En 1928, une Auburn pilotée par Wade Morton atteint une vitesse proche de 108,6 mph sur le mile lancé à Daytona Beach, contribuant à renforcer l’image sportive du constructeur.

La campagne la plus célèbre intervient en 1935 avec Ab Jenkins, spécialiste américain des records d’endurance. Sur les étendues salées de Bonneville, dans l’Utah, il pilote une Auburn 851 Supercharged Speedster afin de démontrer la capacité de la voiture à maintenir des vitesses élevées pendant de longues périodes.

La Speedster dépasse notamment une moyenne de 100 mph, soit environ 161 km/h, pendant douze heures. Cette performance prend une dimension particulière à une époque où les automobiles de tourisme sont rarement capables de soutenir une telle allure. Les essais permettent à Auburn de communiquer sur de nombreux records et de mettre en avant la fiabilité de son moteur suralimenté.

Le constructeur transforme ensuite cet exploit en argument commercial. Les Speedster 851 et 852 sont associées à une garantie de performances dépassant les 100 mph. Une plaque métallique placée sur le tableau de bord porte une inscription de certification et la signature d’Ab Jenkins.

Cette plaque est devenue un détail recherché par les collectionneurs. Elle ne constitue cependant pas, à elle seule, la preuve que chaque voiture a personnellement effectué un essai à plus de 160 km/h avant sa livraison. Les archives et les études historiques distinguent la promesse commerciale de la réalisation systématique d’un essai individuel.

Ces performances doivent également être replacées dans leur contexte. La Speedster n’est pas une voiture de course construite exclusivement pour la compétition. Elle reste une automobile de grand tourisme destinée à la route, dotée d’un châssis classique, de suspensions à essieux rigides et de freins à tambour. Sa vitesse élevée résulte surtout de la puissance de son moteur, de ses rapports de transmission et de sa carrosserie profilée.

L’Auburn Speedster 852 et la disparition du constructeur

Pour le millésime 1936, Auburn poursuit la commercialisation de sa Speedster sous la désignation 852. Cette évolution ne constitue pas une nouvelle génération : la mécanique, les proportions et les grandes lignes de carrosserie restent pratiquement inchangées. La voiture conserve son huit cylindres suralimenté et son identité visuelle très affirmée.

Les différences entre les deux millésimes concernent principalement les désignations et certains détails d’identification. L’Auburn Speedster 852 se reconnaît notamment à son identification spécifique sur la calandre. Cette proximité explique pourquoi les deux versions sont souvent regroupées dans les ouvrages et les catalogues de collection.

La Speedster s’inscrit alors dans une gamme dont fait également partie l’Auburn 852, proposée sous d’autres carrosseries. Le constructeur continue de miser sur un rapport attractif entre style, puissance et prix, mais cette stratégie ne suffit plus à compenser les difficultés financières du groupe.

La Grande Dépression a profondément réduit le marché des automobiles de prestige. Malgré ses qualités et son retentissement publicitaire, la Speedster demeure une voiture coûteuse à produire et destinée à une clientèle restreinte. Son prix d’environ 2 245 dollars en 1935 reste important pour la majorité des acheteurs américains.

La production automobile Auburn prend fin en 1936, en même temps que s’achève l’aventure industrielle du groupe Auburn-Cord-Duesenberg. La 852 Speedster devient ainsi l’une des dernières expressions du savoir-faire de la marque, sans successeur direct de série.

Production, rareté et identification des Auburn Speedster authentiques

La rareté des Auburn Speedster constitue aujourd’hui une part essentielle de leur intérêt historique. Les volumes de fabrication sont toutefois difficiles à établir avec précision, car les chiffres publiés ne retiennent pas toujours les mêmes générations, carrosseries ou méthodes de comptage.

Pour les seules Speedster 851 et 852, plusieurs références spécialisées évoquent environ 143 à 147 exemplaires, tandis que d’autres estimations atteignent plusieurs centaines de voitures. Ces écarts ne permettent pas de retenir un total définitif sans préciser le périmètre étudié. Les générations précédentes possèdent également leurs propres volumes, généralement modestes.

La production limitée explique l’importance accordée à l’authenticité des exemplaires survivants. Certaines Auburn ont connu plusieurs restaurations au cours de leur existence, avec des modifications mécaniques ou des remplacements d’éléments de carrosserie. Les voitures conservant leur configuration d’origine et une provenance suivie présentent un intérêt particulier pour les collectionneurs.

La difficulté est renforcée par l’existence de nombreuses répliques construites après la disparition de la marque. À partir des années 1960 et 1970, plusieurs entreprises reproduisent la silhouette de la 851/852 Speedster, parfois avec une fidélité visuelle remarquable. Ces automobiles utilisent cependant des châssis différents, des carrosseries modernes et souvent des moteurs V8 Ford ou Chevrolet.

Une réplique peut ainsi reprendre le long capot, les ailes enveloppantes, le pare-brise en V et les échappements latéraux chromés sans posséder de composants Auburn d’époque. La simple ressemblance esthétique ne suffit donc jamais à identifier un exemplaire original.

L’authentification repose sur l’examen des numéros de châssis, de moteur et de carrosserie, leur correspondance avec les documents historiques et l’étude de la structure du véhicule. Les archives et les spécialistes de l’Auburn Cord Duesenberg Club jouent un rôle important dans ce travail. Pour une 851 ou une 852 Supercharged, la présence d’un moteur Lycoming approprié, de son compresseur et des équipements conformes à la configuration d’origine constitue également un élément déterminant.

Sur le marché des enchères, les Auburn Speedster authentiques atteignent des montants très variables selon leur état et leur provenance. Une 851 Supercharged Speedster a notamment été vendue 360 000 euros lors d’une vente Osenat en France en 2021. Ce résultat illustre l’intérêt porté à ces automobiles, sans constituer une cote applicable à tous les exemplaires.

Les musées contribuent également à préserver cette histoire. Le Simeone Foundation Automotive Museum, aux États-Unis, conserve notamment une Auburn 851 Speedster de 1935, tandis que le National Motor Museum de Beaulieu, au Royaume-Uni, expose un autre exemplaire de cette génération. Ces voitures permettent d’étudier les détails d’origine, les choix de construction et les solutions stylistiques qui distinguent les véritables Speedster des reproductions postérieures.

Marque Auburn

Année de sortie 1928

Catégories

Découvrez d'autres modèles Auburn