La Ferrari 275 P est un prototype d’endurance développé pour la saison 1964. Héritière directe de la Ferrari 250 P, elle conserve son architecture à moteur central arrière tout en adoptant un V12 porté à près de 3,3 litres. Avec 320 ch pour 755 kg à sec, elle s’est imposée la même année à Sebring, au Nürburgring et aux 24 Heures du Mans.
Cette voiture de compétition ne doit pas être confondue avec la Ferrari 275 GTB, un modèle routier à moteur avant. Dans l’appellation 275 P, le nombre fait référence à la cylindrée approximative de chaque cylindre, tandis que la lettre P signifie « prototype ».
Une évolution directe de la Ferrari 250 P
La 275 P reprend les principes techniques introduits par la 250 P, qui avait marqué une étape importante dans l’histoire sportive de Ferrari en plaçant le moteur derrière le pilote. Pour préparer la saison 1964, le constructeur augmente la cylindrée de son V12 sans modifier profondément la base mécanique.
L’alésage passe de 73 à 77 mm, tandis que la course reste fixée à 58,8 mm. La cylindrée unitaire atteint précisément 273,81 cm³, valeur arrondie à 275 pour former le nom du modèle. La cylindrée totale s’établit à 3 285,72 cm³.
Cette évolution permet à Ferrari d’augmenter les performances tout en conservant une voiture relativement légère et déjà éprouvée. La 275 P ne constitue donc pas une rupture complète avec la génération précédente, mais une optimisation pensée pour les grandes épreuves d’endurance de 1964.
Un V12 de 3,3 litres installé en position centrale arrière
La Ferrari 275 P reçoit un moteur V12 à 60 degrés monté longitudinalement derrière l’habitacle. Alimenté par six carburateurs Weber 38 DCN, il développe 320 ch à 7 700 tr/min, soit 235 kW. Son taux de compression est de 9,7:1.
La puissance est transmise aux roues arrière par une boîte manuelle à cinq rapports, complétée par une marche arrière. Cette disposition concentre les principaux éléments mécaniques entre les essieux et favorise une meilleure répartition des masses qu’une architecture traditionnelle à moteur avant.
Ferrari ne communique ni vitesse maximale officielle ni temps d’accélération dans sa fiche technique de la 275 P. Les valeurs proches de 300 km/h parfois associées au modèle doivent donc être considérées comme des estimations issues de sources secondaires, et non comme des chiffres homologués par le constructeur.
Fiche technique de la Ferrari 275 P
| Caractéristique | Donnée |
|---|---|
| Année | 1964 |
| Type | Prototype d’endurance, spider biplace |
| Moteur | V12 à 60 degrés, position centrale arrière longitudinale |
| Cylindrée | 3 285,72 cm³ |
| Alésage et course | 77 x 58,8 mm |
| Alimentation | 6 carburateurs Weber 38 DCN |
| Puissance | 320 ch à 7 700 tr/min |
| Transmission | Boîte manuelle à 5 rapports et marche arrière |
| Châssis | Structure tubulaire en acier |
| Poids à sec | 755 kg |
| Longueur | 4 160 mm |
| Largeur | 1 675 mm |
| Hauteur | 1 055 mm |
| Empattement | 2 400 mm |
| Réservoir | 130 litres |
Un châssis conçu pour les courses d’endurance
La carrosserie ouverte de type spider repose sur un châssis tubulaire en acier. La voiture mesure 4,16 m de long, 1,675 m de large et seulement 1,055 m de haut. Son empattement de 2,40 m et son poids à sec de 755 kg donnent une idée de sa compacité face à sa puissance.
Les quatre roues bénéficient de suspensions indépendantes à triangles superposés. Le freinage est assuré par des disques, tandis que la direction utilise un système à crémaillère. Le réservoir de 130 litres répond aux contraintes des longues distances, où l’autonomie et la fréquence des ravitaillements influencent directement la stratégie de course.
Le rapport poids-puissance théorique, calculé à partir des chiffres officiels, est proche de 2,36 kg par cheval. Cette valeur permet de situer le niveau de performance du prototype, mais elle ne suffit pas à résumer son efficacité. En endurance, la fiabilité, la stabilité, la consommation et la facilité d’intervention dans les stands comptent autant que la puissance maximale.
Trois grandes victoires pendant la saison 1964
La Ferrari 275 P remporte en 1964 trois épreuves majeures du calendrier international : les 12 Heures de Sebring, les 1 000 kilomètres du Nürburgring et les 24 Heures du Mans. Ce palmarès concentré sur une seule saison illustre l’efficacité immédiate de l’évolution apportée à la 250 P.
Ferrari engage également la Ferrari 330 P pendant cette période. Les deux modèles participent à la même offensive en endurance, mais la 275 P reste associée à la victoire la plus marquante de la saison, obtenue au Mans.
La victoire aux 24 Heures du Mans 1964
Lors de l’édition 1964 des 24 Heures du Mans, la Ferrari 275 P numéro 20 est confiée à Jean Guichet et Nino Vaccarella. L’équipage parcourt 349 tours et 4 695,31 km, à une moyenne de 195,638 km/h.
Ferrari réalise un triplé, puisque deux 330 P terminent aux deuxième et troisième places. La 275 P s’impose ainsi devant deux autres prototypes de la marque, dans une course qui confirme la domination de Ferrari sur l’endurance internationale au début des années 1960.
Cette victoire possède également une importance particulière dans l’histoire de la Scuderia. Elle constitue la dernière victoire aux 24 Heures du Mans d’une Ferrari engagée directement par l’équipe d’usine avant celle obtenue en 2023. En 1965, une Ferrari 250 LM gagne bien l’épreuve, mais elle est engagée par l’écurie privée nord-américaine NART.
Le cas particulier du châssis 0816
L’histoire du châssis 0816 ajoute une dimension singulière au palmarès de la 275 P. Des recherches fondées sur les archives d’usine ont conclu que la voiture victorieuse au Mans en 1964 était également celle qui avait remporté l’épreuve en 1963, malgré l’utilisation d’une autre identité de châssis dans certains documents de course.
Cette identification, présentée par RM Sotheby’s à partir de travaux menés avec Ferrari Classiche, fait du châssis 0816 la seule Ferrari reconnue comme double gagnante des 24 Heures du Mans avec le même châssis. Il faut cependant distinguer l’identité physique de la voiture de sa configuration technique, celle-ci ayant évolué entre les deux éditions.
Une transition vers la génération suivante
La 275 P appartient à une période où les prototypes Ferrari évoluent rapidement d’une saison à l’autre. Son architecture et son expérience en compétition préparent notamment l’arrivée de la Ferrari 275 P2, développée pour poursuivre l’engagement de la marque face à une concurrence de plus en plus structurée.
La Ferrari 275 P occupe ainsi une place très précise dans la lignée sportive du constructeur : évolution de la 250 P, partenaire de la 330 P en 1964 et prédécesseur de la 275 P2. Son identité repose moins sur une longue carrière que sur une saison particulièrement accomplie, couronnée par trois victoires majeures et par le succès officiel de Ferrari au Mans.











