La Ferrari 735 LM est un prototype de compétition conçu en 1955 pour affronter les 24 Heures du Mans. Également connue sous le nom de 121 LM, elle se distingue par son imposant moteur six cylindres en ligne de 4,4 litres, développé pour offrir à Ferrari une vitesse de pointe élevée sur le circuit de la Sarthe. Sa carrière fut brève et ses résultats limités, mais sa mécanique, sa rareté et son rôle dans les recherches techniques de la Scuderia en font un modèle important de l’histoire sportive de la marque.
Pourquoi porte-t-elle les noms 735 LM et 121 LM ?
L’appellation 735 suit une méthode de dénomination employée par Ferrari sur plusieurs voitures de course de cette période. Le nombre correspond à la cylindrée d’un seul cylindre, soit précisément 735,41 cm³. Cette logique se retrouve sur d’autres prototypes contemporains, notamment la Ferrari 735 S.
Le suffixe LM fait directement référence aux 24 Heures du Mans, épreuve pour laquelle le modèle fut préparé. Ferrari construisit quatre exemplaires au total, dont trois destinés à participer à l’édition 1955 de la course française.
Le nom 121 LM désigne la même voiture. Il provient du moteur Tipo 121 installé sous son capot. Les appellations Ferrari 735 LM et Ferrari 121 LM peuvent donc apparaître indifféremment dans les archives, les catalogues de ventes ou les documents consacrés à la compétition.
Un six cylindres en ligne de 4,4 litres
La particularité centrale de la 735 LM réside dans son moteur six cylindres en ligne monté longitudinalement à l’avant. Sa cylindrée totale atteint 4 412,49 cm³, avec un alésage de 102 mm et une course de 90 mm. Ferrari annonçait une puissance de 330 ch à 5 800 tr/min, soit environ 243 kW.
Le moteur utilise trois carburateurs Weber 50 DCOA/3, un double allumage et une lubrification par carter sec. Son rapport volumétrique est de 8,5:1. Ces solutions répondaient aux exigences d’une voiture destinée à maintenir un rythme élevé pendant plusieurs heures, tout en conservant une alimentation régulière du moteur dans les longues courbes et lors des freinages appuyés.
La lubrification par carter sec permet notamment de stocker l’huile dans un réservoir séparé plutôt que dans un carter profond placé sous le moteur. Cette architecture limite les risques de déjaugeage en compétition et facilite l’installation du moteur plus bas dans le châssis.
Des performances pensées pour les Hunaudières
Ferrari indiquait une vitesse maximale de 280 km/h pour la 735 LM. Les voitures engagées au Mans auraient atteint environ 282 km/h, tandis que le châssis 0532 LM piloté par Eugenio Castellotti aurait été mesuré à 291 km/h dans la ligne droite des Hunaudières pendant les essais de 1955.
Ces chiffres illustrent la priorité donnée à la vitesse de pointe. À cette époque, le tracé du Mans comportait une très longue portion parcourue à pleine charge, sans les chicanes ajoutées plusieurs décennies plus tard. La puissance du six cylindres devait permettre à la Ferrari de rivaliser sur cette section particulièrement rapide.
La recherche de vitesse ne suffisait toutefois pas à garantir un bon résultat. Une course de vingt-quatre heures exigeait également une mécanique endurante, des freins résistants et une consommation compatible avec la stratégie de ravitaillement. La 735 LM possédait un réservoir de 150 litres, dimensionné pour son rôle de prototype d’endurance.
Un châssis léger et une architecture classique
La Ferrari 735 LM repose sur un châssis tubulaire en acier habillé d’une carrosserie spider biplace. Son poids à sec annoncé est de 850 kg. Associée aux 330 ch du moteur, cette masse lui procurait un rapport poids-puissance particulièrement favorable pour une voiture de course du milieu des années 1950.
L’empattement mesure 2 400 mm. La transmission est assurée par une boîte manuelle à cinq rapports, tandis que le freinage repose sur quatre tambours. Cette solution était encore courante en compétition en 1955, avant la généralisation progressive des freins à disque sur les voitures de sport les plus performantes.
La conception de la 735 LM traduit un équilibre entre simplicité, légèreté et puissance. Son châssis tubulaire offrait une structure relativement légère, mais le fort potentiel du moteur imposait des contraintes importantes aux organes mécaniques pendant une épreuve aussi longue que Le Mans.
Les 24 Heures du Mans 1955
La Scuderia Ferrari engagea trois 735 LM aux 24 Heures du Mans organisées les 11 et 12 juin 1955. Le modèle s’inscrivait dans un programme comprenant plusieurs prototypes, à une période où Ferrari multipliait les architectures et les cylindrées afin de trouver la meilleure combinaison pour les grandes épreuves internationales. La Ferrari 625 LM appartient également à cette génération de voitures développées pour Le Mans.
Lors des essais, Eugenio Castellotti réalisa le meilleur temps au volant du châssis 0532 LM. Cette performance confirmait la rapidité de la voiture sur un tour, mais la course donna un résultat bien différent. Les trois exemplaires engagés abandonnèrent avant l’arrivée.
Le châssis 0546 LM, confié à Maurice Trintignant et Harry Schell, se retira au 107e tour, pendant la dixième heure de course. Les deux autres voitures ne terminèrent pas davantage l’épreuve. La Ferrari 735 LM démontra ainsi un potentiel de vitesse réel sans parvenir à le transformer en résultat d’endurance.
L’édition 1955 reste surtout marquée par l’accident qui provoqua la mort de nombreux spectateurs et du pilote Pierre Levegh. Ce contexte dramatique dépasse largement le bilan sportif des voitures engagées et explique pourquoi les résultats de cette course sont généralement abordés avec une attention particulière à son déroulement historique.
Une carrière courte dans une période d’expérimentation
La 735 LM appartient à une phase durant laquelle Ferrari développait rapidement ses prototypes sportifs. Les ingénieurs testaient différentes cylindrées, plusieurs configurations de moteurs et des évolutions de châssis parfois utilisées sur un nombre très limité de voitures.
Le six cylindres en ligne de la 735 LM ne devint pas la solution dominante de Ferrari pour les grandes compétitions d’endurance. La marque poursuivit néanmoins ses recherches avec d’autres prototypes, dont la Ferrari 857 S, apparue elle aussi en 1955 avec une approche mécanique différente.
Cette succession rapide de modèles ne doit pas être interprétée comme une simple accumulation de voitures. Chaque prototype permettait d’évaluer une combinaison précise de moteur, de masse, de transmission et d’aérodynamique. Les enseignements obtenus en course contribuaient ensuite aux programmes suivants.
Une production limitée à quatre exemplaires
Quatre Ferrari 735 LM, ou 121 LM, furent construites. Leur faible nombre explique leur rareté actuelle et l’importance accordée à l’identification exacte de chaque châssis. Les quatre exemplaires sont considérés comme toujours existants, bien que leur configuration ait pu évoluer au fil des restaurations et de leur histoire.
Le châssis 0546 LM a notamment fait l’objet d’une restauration menée par Ferrari Classiche entre 2018 et 2023. Il a ensuite été vendu aux enchères au Mans en juin 2023 pour 5 742 500 euros. Ce montant correspond à une transaction précise et ne constitue pas une estimation permanente de la valeur de toutes les 735 LM.
La valeur d’un prototype historique dépend de nombreux éléments, parmi lesquels l’authenticité des composants, la continuité de son historique, les courses disputées, les pilotes associés au châssis et la qualité de sa restauration. Dans le cas de la 735 LM, sa participation au Mans et sa production extrêmement limitée renforcent son intérêt auprès des collectionneurs.
La place de la 735 LM dans l’histoire de Ferrari
La Ferrari 735 LM n’a ni remporté Le Mans ni connu une longue carrière internationale. Son importance vient plutôt de ce qu’elle révèle sur les méthodes de Ferrari en 1955. La marque cherchait alors à conjuguer une puissance élevée, une masse contenue et une vitesse de pointe adaptée au tracé très rapide de la Sarthe.
Son appellation LM la rattache à une famille informelle de Ferrari développées ou nommées en référence à l’épreuve française. D’autres modèles, comme la Ferrari 330 LM, illustrent les différentes manières dont la marque a associé ses voitures au Mans selon les périodes.
La dénomination devint encore plus célèbre avec la Ferrari 250 LM des années 1960, dont la conception à moteur central marquait une rupture profonde avec l’architecture à moteur avant de la 735 LM.
La 735 LM demeure ainsi le témoignage d’un pari technique très ciblé : installer un puissant six cylindres de 4,4 litres dans un spider de 850 kg afin de maximiser les performances sur l’un des circuits les plus exigeants de son époque. Sa vitesse fut démontrée dès les essais, mais ses abandons au Mans rappelèrent que l’endurance se gagnait autant par la fiabilité que par la puissance.











