
Abarth naît en 1949 autour de Carlo Abarth, mécanicien, pilote et préparateur passionné par la recherche de performances. Issue en partie des activités de compétition de Cisitalia, l’entreprise se fait rapidement connaître par ses voitures de course, ses échappements sportifs et ses transformations de modèles de grande série. Son association avec Fiat devient ensuite déterminante : les petites voitures populaires transformées par Abarth forgent sa réputation dans les années 1950 et 1960, avant que Fiat ne rachète l’entreprise en 1971. Après plusieurs décennies durant lesquelles le nom Abarth reste surtout lié aux activités sportives du groupe, la marque est relancée en 2007. Elle appartient aujourd’hui à Stellantis et a engagé, depuis 2022, sa transition vers les voitures sportives électriques.
1949 : Carlo Abarth fonde Abarth & C.
L’histoire d’Abarth commence officiellement le 31 mars 1949. Abarth & C. est constituée à Bologne autour de Carlo Abarth et de la famille Scagliarini. Les sources officielles de la marque citent notamment le pilote Guido Scagliarini comme cofondateur, tandis que des archives historiques soulignent également le rôle financier et juridique de son père Armando. L’activité opérationnelle se développe toutefois principalement à Turin, qui devient rapidement le véritable centre technique de l’entreprise.
Carlo Abarth n’arrive pas sans expérience. Né à Vienne en 1908 sous le nom de Karl Abarth, il a travaillé dans le monde de la moto, couru en compétition et développé une solide connaissance de la mécanique. Après la Seconde Guerre mondiale, il rejoint Cisitalia, constructeur italien engagé en compétition. Lorsque cette entreprise rencontre de graves difficultés financières, Abarth récupère une partie de ses voitures, de ses pièces et de ses moyens techniques. Les premières automobiles portant son nom sont ainsi directement liées à cet héritage, notamment la Cisitalia-Abarth 204 A.
La compétition constitue dès le départ un moyen de faire connaître la nouvelle société. En 1950, Tazio Nuvolari remporte avec une 204 A sa catégorie lors de la course de côte Palermo-Monte Pellegrino, qui sera la dernière victoire du célèbre pilote italien. Pour Abarth, ces engagements sportifs servent autant au développement technique qu’à la construction d’une réputation.
1956 : les records et les échappements donnent une nouvelle dimension à Abarth
Au cours des années 1950, Abarth développe un modèle économique qui dépasse largement la fabrication de voitures de course. L’entreprise produit des échappements sportifs, des pièces mécaniques et des kits de transformation destinés à améliorer des automobiles de série. Cette activité permet à des conducteurs ordinaires d’accéder à une partie du savoir-faire développé en compétition, tout en donnant à Abarth des volumes de production beaucoup plus importants que ceux d’un constructeur artisanal.
La course reste cependant une vitrine essentielle. En 1956, des Fiat-Abarth 750 établissent plusieurs records d’endurance sur le circuit de Monza. Ces performances démontrent qu’une mécanique de faible cylindrée peut associer vitesse et fiabilité lorsqu’elle est soigneusement préparée. Abarth construit ainsi son identité autour d’une idée simple : obtenir beaucoup de performances à partir de voitures relativement modestes plutôt que concevoir systématiquement des modèles entièrement nouveaux.
Cette stratégie fonctionne aussi sur le plan industriel. Au début des années 1960, la fabrication d’échappements est devenue une activité de grande ampleur et largement exportée. Abarth n’est alors plus seulement une petite écurie de course, mais une entreprise reconnue de la préparation automobile.
1958 : le rapprochement avec Fiat ouvre l’âge d’or d’Abarth
Le lien avec Fiat, déjà important auparavant, devient déterminant à partir de la fin des années 1950. En 1958, Abarth prépare la nouvelle Fiat 500 et utilise notamment les essais d’endurance de Monza pour démontrer le potentiel de cette petite voiture populaire. Fiat comprend l’intérêt commercial et sportif de ces transformations et renforce sa collaboration avec le préparateur turinois.
Cette relation fait entrer Abarth dans sa période la plus célèbre. La marque transforme des voitures accessibles en machines beaucoup plus performantes, sans leur faire perdre leur identité d’origine. La Fiat 600 sert ainsi de base à la 850 TC, apparue au début des années 1960 et devenue une référence en compétition dans les petites cylindrées. Le principe séduit parce qu’il rapproche directement la voiture familiale de l’univers de la course.
En 1963 apparaît la Fiat-Abarth 595, développée à partir de la Fiat 500. Elle devient l’un des modèles les plus représentatifs de cette philosophie et son nom restera durablement associé à Abarth. Au cours de cette période, la marque construit une réputation internationale grâce à ses succès sportifs, à ses records et à ses préparations, sans qu’il soit nécessaire de multiplier les modèles entièrement spécifiques.
1971 : Fiat rachète Abarth et change le statut de l’entreprise
En 1971, Fiat rachète entièrement Abarth. Cet événement constitue une rupture majeure : l’entreprise fondée par Carlo Abarth perd son indépendance et devient une composante du grand groupe automobile italien. Son savoir-faire n’est cependant pas abandonné. Il est intégré aux projets sportifs et aux versions performantes développées par Fiat et ses autres marques.
L’Autobianchi A112 Abarth illustre rapidement cette nouvelle organisation. Commercialisée à partir de 1971, elle transpose l’expérience du préparateur à une petite voiture produite au sein du groupe Fiat. Dans le même temps, les ingénieurs Abarth prennent une place croissante dans les programmes de compétition, notamment en rallye.
Carlo Abarth s’éloigne progressivement de la direction de l’entreprise après la vente. Il meurt en octobre 1979. À cette date, son nom est déjà devenu moins celui d’un constructeur indépendant que celui d’une expertise sportive employée au sein du groupe Fiat.
1976 : la Fiat 131 Abarth fait du rallye la nouvelle vitrine du Scorpion
La seconde moitié des années 1970 confirme la transformation du rôle d’Abarth. Après la Fiat 124 Abarth Rally, le programme de la Fiat 131 Abarth Rally place le savoir-faire de la marque au coeur d’une campagne internationale de premier plan. La voiture permet à Fiat de remporter le Championnat du monde des rallyes des constructeurs en 1977, 1978 et 1980.
Ces succès montrent que le rachat de 1971 n’a pas supprimé les compétences techniques d’Abarth. Il les a déplacées vers les programmes sportifs du groupe. Durant les années 1980, l’identité commerciale propre de la marque devient en revanche beaucoup moins visible. Le nom continue d’apparaître sur certaines versions sportives et les équipes issues d’Abarth participent encore au développement de voitures de compétition.
Cette continuité se retrouve notamment dans le projet de la Lancia Rally 037, développé avec la participation d’Abarth au début des années 1980. Pour autant, pendant près de deux décennies, Abarth n’occupe plus dans les concessions la place autonome qu’elle avait connue du temps de Carlo Abarth.
2007 : Fiat relance Abarth comme marque à part entière
Après cette longue période de relative discrétion, Fiat annonce en 2007 la renaissance d’Abarth. Il ne s’agit plus seulement d’utiliser le Scorpion comme badge sportif. Abarth & C. S.p.A. devient une société dédiée détenue par Fiat Group Automobiles, avec une organisation propre chargée du développement des produits, de leur commercialisation et des activités sportives.
La Grande Punto Abarth inaugure cette nouvelle phase en 2007. L’Abarth 500 la rejoint en 2008 et devient rapidement le modèle central de la renaissance. Le choix est cohérent avec l’histoire de l’entreprise : reprendre une petite Fiat de grande série et la transformer en voiture plus performante rappelle directement le travail mené un demi-siècle auparavant sur les Fiat 500 et 600.
Au cours des années suivantes, la famille 500 donne naissance aux appellations 595 et 695, tandis que l’Abarth 124 Spider élargit temporairement la gamme. L’important, sur le plan historique, est moins la multiplication des versions que le retour durable d’Abarth comme marque identifiable, avec des véhicules vendus sous son propre emblème.
2021 : Abarth rejoint le portefeuille de marques de Stellantis
Un nouveau changement de propriétaire intervient en janvier 2021 avec la fusion de Fiat Chrysler Automobiles et du groupe PSA. Cette opération donne naissance à Stellantis, auquel Abarth appartient désormais. Contrairement au rachat de 1971, cette évolution ne modifie pas immédiatement le positionnement de la marque : elle correspond surtout à son intégration dans un groupe automobile beaucoup plus vaste.
Cette nouvelle organisation intervient toutefois au moment où l’industrie européenne accélère sa transition vers l’électrification. Pour Abarth, dont l’identité moderne repose encore largement sur les petites sportives thermiques dérivées de la Fiat 500, la question devient alors de savoir comment conserver une offre performante avec de nouvelles architectures électriques.
2022 : l’Abarth 500e ouvre l’ère électrique de la marque
La réponse arrive en novembre 2022 avec la présentation de l’Abarth 500e, première voiture entièrement électrique de l’histoire de la marque. Elle reprend la base de la Fiat 500 électrique, mais reçoit des adaptations destinées à lui donner un comportement et des performances propres. Ce changement de motorisation constitue une rupture importante pour une entreprise dont la réputation s’était construite pendant plus de soixante-dix ans autour de la préparation de moteurs thermiques.
L’Abarth 600e, dévoilée ensuite et commercialisée à partir de la nouvelle génération de Fiat 600, confirme que cette évolution ne se limite pas à un modèle isolé. Avec elle, Abarth étend sa formule électrique à un véhicule plus grand tout en poursuivant son rôle historique de transformation de modèles issus de la production du groupe.
Les 595 et 695 thermiques ont parallèlement atteint la fin de leur carrière commerciale. En 2026, Abarth reste une marque de Stellantis et son offre européenne repose principalement sur les 500e et 600e. La période actuelle marque ainsi le passage d’un spécialiste historiquement associé aux petites mécaniques essence préparées à une marque qui tente désormais d’appliquer son savoir-faire sportif à la propulsion électrique.
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