
Alpine naît à Dieppe au milieu des années 1950 autour de Jean Rédélé, concessionnaire Renault et pilote convaincu qu’une voiture légère peut être très performante sans recourir à une mécanique démesurée. Ses premières expériences en compétition avec des Renault 4CV conduisent à la création d’une marque française entièrement tournée vers les petites sportives. De l’A106 à la célèbre A110, Alpine construit rapidement sa réputation en rallye avant de se rapprocher progressivement de Renault. Devenue majoritairement propriété du constructeur français en 1973, la marque connaît ensuite une évolution vers le grand tourisme, un arrêt commercial en 1995, puis une renaissance à partir de 2012. Le retour de l’A110 en 2017 et l’élargissement récent vers une gamme électrifiée ont ouvert un nouveau chapitre de son histoire.
1955 : Jean Rédélé fonde Alpine à Dieppe
L’histoire d’Alpine commence en réalité quelques années avant la création officielle de la marque. Après la Seconde Guerre mondiale, Jean Rédélé reprend la concession Renault familiale de Dieppe. Passionné de compétition, il engage dès le début des années 1950 des Renault 4CV dans différentes épreuves et cherche rapidement à améliorer leur efficacité. Son approche repose sur un principe simple : réduire le poids, travailler l’aérodynamisme et exploiter au mieux des éléments mécaniques déjà éprouvés.
Ses succès dans les rallyes disputés sur les routes alpines contribuent à inspirer le nom Alpine. En juin 1955, Rédélé crée à Dieppe la Société des Automobiles Alpine. Les archives officielles ne sont pas parfaitement concordantes sur le jour exact de la fondation, certaines retenant le 22 juin et d’autres le 25 juin, mais l’année et le mois ne font pas débat.
Le premier modèle de la nouvelle marque est l’A106, construite à partir d’organes de Renault 4CV et dotée d’une carrosserie légère en polyester. Présentée au Salon de l’Automobile de Paris en 1955, elle fixe déjà plusieurs caractéristiques qui accompagneront Alpine pendant des décennies : recours à des composants Renault, recherche de légèreté et développement étroitement lié à la compétition.
1960 : le châssis-poutre définit la formule technique d’Alpine
À la fin des années 1950, Alpine poursuit son développement avec l’A108. Cette voiture constitue une étape importante parce qu’elle accompagne l’adoption du châssis-poutre, une architecture dans laquelle une structure centrale assure l’essentiel de la rigidité. Associée à une carrosserie légère, cette solution permet d’obtenir une voiture compacte et agile sans recourir à une structure particulièrement lourde ou complexe.
Cette conception devient l’un des fondements techniques des Alpine de la période suivante. Elle permet aussi à la petite entreprise de Dieppe de construire des voitures dont les performances reposent autant sur leur masse contenue et leur comportement routier que sur la puissance du moteur. Alpine affirme ainsi une identité distincte tout en continuant à utiliser de nombreux composants issus de modèles Renault de grande série.
1962 : l’A110 fait entrer Alpine dans son âge d’or
Présentée en 1962, l’Alpine A110 constitue le modèle déterminant de la première histoire de la marque. Développée dans la continuité de l’A108 et utilisant notamment des éléments de Renault 8, la Berlinette perfectionne la formule mise en place depuis les débuts : dimensions réduites, poids limité, moteur arrière et châssis-poutre.
L’A110 devient rapidement une redoutable voiture de rallye. Sa maniabilité et son rapport poids-puissance lui permettent de rivaliser avec des voitures souvent plus puissantes. Les succès sportifs renforcent directement la notoriété du constructeur et stimulent la demande pour ses modèles de route. Alpine cesse alors progressivement d’être un petit atelier confidentiel pour devenir un constructeur sportif reconnu.
Cette croissance entraîne une évolution industrielle. Une nouvelle usine est mise en service à Dieppe en 1969 afin d’augmenter les capacités de production. Dans le même temps, les relations avec Renault se resserrent fortement. À partir de 1967, les voitures sont officiellement désignées sous l’appellation Alpine-Renault, signe d’une coopération désormais beaucoup plus structurée.
1973 : le titre mondial en rallye accompagne la prise de contrôle par Renault
Le début des années 1970 marque à la fois le sommet sportif de l’A110 et un changement profond dans le statut de l’entreprise. Alpine avait déjà remporté le championnat international des marques en rallye en 1971, mais l’année 1973 donne à la marque son résultat le plus important : l’A110 permet à Alpine de devenir le premier champion du monde des constructeurs du Championnat du monde des rallyes, créé cette année-là par la FIA.
Cette réussite intervient cependant dans un contexte économique plus difficile. Alpine cherche alors à élargir sa clientèle avec l’A310, une voiture plus orientée vers le grand tourisme que la petite Berlinette. La crise pétrolière de 1973 fragilise toutefois le marché des sportives et accentue les besoins financiers du constructeur.
La même année, Renault prend 70 % du capital d’Alpine et devient son actionnaire majoritaire. Ce tournant ne signifie pas la disparition immédiate de l’identité Alpine, mais il modifie profondément l’organisation de l’entreprise. La marque bénéficie désormais des moyens d’un grand constructeur, tandis que ses activités sportives et industrielles s’intègrent progressivement dans la stratégie de Renault.
1978 : la victoire au Mans clôt une grande période sportive
Au milieu des années 1970, l’organisation de la compétition évolue elle aussi. En 1976, les activités sportives d’Alpine sont rapprochées de celles de Renault-Gordini au sein de Renault Sport. Alpine n’agit donc plus en compétition avec la même autonomie qu’au cours de l’époque de la Berlinette.
Cette nouvelle organisation débouche néanmoins sur un succès majeur. En 1978, Jean-Pierre Jaussaud et Didier Pironi remportent les 24 Heures du Mans au classement général avec la Renault-Alpine A442B. Après le titre mondial des rallyes de 1973, cette victoire constitue l’un des résultats les plus importants associés à Alpine. Renault met ensuite un terme à son programme d’endurance pour concentrer davantage ses moyens sur la Formule 1.
Sur route, Alpine poursuit parallèlement son évolution vers des voitures de grand tourisme. L’A310, puis la GTA lancée dans les années 1980, cherchent à offrir davantage de confort et de performances tout en conservant une personnalité sportive. Cette montée en gamme éloigne toutefois progressivement la marque du concept simple et très léger qui avait fait le succès de l’A110.
1995 : l’arrêt de l’A610 met Alpine en sommeil
En 1990, Alpine lance l’A610, évolution de la lignée des grandes GT à moteur arrière. Malgré ses performances, le modèle ne rencontre pas un succès commercial suffisant pour assurer durablement l’avenir de la marque. Sa production s’arrête en 1995, mettant fin à la commercialisation de voitures neuves portant le nom Alpine.
Il serait toutefois inexact de parler de faillite ou de disparition complète. L’usine de Dieppe reste en activité au sein de Renault et continue de produire différentes voitures sportives, notamment pour Renault Sport. Les compétences industrielles accumulées depuis les années 1950 sont donc préservées, même si Alpine cesse pendant près de deux décennies d’exister comme marque automobile commercialisée.
2012 : Renault engage la renaissance d’Alpine
La relance prend une forme concrète en 2012. Renault annonce alors un projet commun avec le constructeur britannique Caterham afin de développer de nouvelles voitures de sport. Une société détenue à parts égales doit permettre aux deux partenaires de créer chacun un modèle à partir d’une base commune.
La renaissance passe également par la compétition. Alpine revient en endurance en 2013, ce qui permet de remettre progressivement le nom de la marque en visibilité avant même le lancement d’une nouvelle voiture de série. Le partenariat avec Caterham est cependant de courte durée. En 2014, Renault rachète la participation de son associé et reprend seul le projet, la structure retrouvant le nom de Société des Automobiles Alpine.
Cette séquence est importante car le retour d’Alpine n’est pas un simple changement de badge appliqué à une Renault existante. Le groupe choisit de reconstruire progressivement une marque distincte, avec une voiture spécifique, une identité propre et un retour de la production sportive à Dieppe.
2017 : la nouvelle A110 ramène Alpine sur le marché
La renaissance devient effective en 2017 avec la présentation puis la mise en production d’une nouvelle A110. Plutôt que de reproduire exactement la Berlinette des années 1960, Alpine reprend ses principes fondamentaux : masse contenue, moteur central arrière, dimensions compactes et priorité donnée à l’agilité. Le nom A110 établit volontairement une continuité avec le modèle le plus important de l’histoire de la marque.
Renault investit plus de 35 millions d’euros pour adapter l’usine de Dieppe à cette nouvelle production. Après vingt-deux ans sans modèle Alpine neuf, la marque redevient ainsi un constructeur présent sur le marché. Cette deuxième génération d’A110 permet surtout de vérifier qu’Alpine peut retrouver une identité propre dans un groupe automobile beaucoup plus vaste, sans se limiter à une opération commémorative.
2021 : Alpine devient la marque sportive de Renault Group
En 2021, Renault Group donne une nouvelle dimension au projet en réunissant Alpine Cars, Renault Sport Cars et Renault Sport Racing au sein d’une même entité. Dans le même temps, l’écurie Renault engagée en Formule 1 prend le nom Alpine F1 Team. Alpine n’est dès lors plus seulement organisée autour de l’A110 : elle devient la marque sportive que le groupe entend développer à l’échelle internationale.
Cette stratégie s’accompagne d’un passage progressif à l’électrique. L’A290, lancée en 2024, puis l’A390 en 2025 élargissent la gamme au-delà du coupé historique. En 2025, Alpine dépasse pour la première fois les 10 000 immatriculations annuelles, signe que la relance a changé d’échelle.
La deuxième génération de l’A110 achève sa production à Dieppe en juillet 2026, après avoir assuré pendant près de neuf ans le retour d’Alpine sur le marché. La marque prépare désormais une troisième génération annoncée comme entièrement électrique, prévue autour de 2027. Alpine aborde ainsi une nouvelle étape de son histoire : transformer une identité construite autour de la légèreté, de la compétition et du moteur thermique en une gamme sportive adaptée à l’ère électrique.
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