Histoire de la marque Chappe et Gessalin

chappe et gessalin

Chappe et Gessalin appartient à cette génération de petits constructeurs français nés d’un savoir-faire artisanal avant de devenir de véritables marques automobiles. Issue d’une activité de carrosserie développée au début des années 1930, l’entreprise familiale s’est spécialisée après la guerre dans les carrosseries légères en polyester, travaillant pour plusieurs acteurs majeurs de la voiture de sport française. Elle passe au statut de constructeur en 1966 sous le nom CG, puis se fait connaître grâce à ses petites sportives à mécanique Simca et à son engagement en compétition. Cette aventure industrielle reste brève, puisque la production s’arrête en 1974 après environ 400 voitures.

1932 : la carrosserie Chappe pose les premières bases de l’entreprise

Les origines de Chappe et Gessalin remontent au début des années 1930 à Saint-Maur-des-Fossés, en région parisienne. Les sources historiques ne s’accordent pas toutes sur une date absolument précise, certaines évoquant une création vers 1930 et d’autres retenant 1932 pour la naissance de la Carrosserie Chappe. Cette dernière date constitue le repère le plus couramment documenté pour situer le début de l’activité familiale.

À cette époque, il ne s’agit évidemment pas encore d’une marque automobile. L’entreprise évolue dans le métier traditionnel de la carrosserie et de la réparation. Les fils de la famille Chappe, Abel, Albert et Louis, acquièrent progressivement ce savoir-faire qui deviendra essentiel lorsque l’atelier se tournera vers la fabrication de voitures légères et sportives.

1946 : Chappe Frères et Gessalin devient une entreprise familiale de carrosserie

Après la Seconde Guerre mondiale, Abel, Albert et Louis Chappe s’associent avec leur beau-frère Amédée Gessalin. La structure prend alors le nom de Chappe Frères et Gessalin. Cette étape constitue la véritable naissance de l’entreprise qui donnera plus tard les automobiles CG.

Dans les premières années d’après-guerre, la société travaille encore sur différents types de carrosseries, notamment pour des véhicules industriels et pour des constructeurs établis. Elle se rapproche ensuite du milieu de la voiture de sport et de compétition, où les petites séries et les fabrications spécifiques correspondent bien à ses moyens artisanaux. Chappe et Gessalin intervient notamment dans l’environnement de Deutsch-Bonnet et de René Bonnet.

1955 : la participation à l’Alpine A106 révèle le savoir-faire de Chappe et Gessalin

Au début des années 1950, l’entreprise maîtrise progressivement le polyester renforcé de fibre de verre, un matériau particulièrement adapté aux carrosseries légères produites en petite série. Cette compétence technique place Chappe et Gessalin parmi les spécialistes français capables de réaliser rapidement des carrosseries de voitures de sport sans recourir aux coûteux outillages de la grande industrie.

Un épisode joue un rôle particulier dans sa réputation. Au milieu des années 1950, Jean Gessalin dessine le prototype d’un coach sur base Renault 4CV, tandis que les frères Chappe participent à sa construction. Le projet est développé et commercialisé par Jean Rédélé, qui fonde officiellement Alpine en 1955. Cette voiture devient l’A106. Chappe et Gessalin n’est donc pas le fondateur d’Alpine, mais son implication dans la naissance de ce premier modèle démontre déjà sa capacité à concevoir et fabriquer une petite sportive complète.

Durant les années suivantes, l’entreprise multiplie les travaux pour d’autres constructeurs et artisans. Cette période est déterminante car elle lui permet d’accumuler une expérience considérable dans les carrosseries composites, les faibles volumes de production et les voitures destinées à la compétition.

1966 : Automobiles CG naît avec sa propre voiture de sport

Au début des années 1960, Chappe et Gessalin s’installe à Brie-Comte-Robert, en Seine-et-Marne. Dans le même temps, son modèle économique commence à montrer ses limites. Certains de ses principaux clients développent leurs propres capacités de production, tandis que les commandes de sous-traitance deviennent moins prévisibles. La famille décide alors de franchir une étape décisive : ne plus seulement fabriquer pour les autres, mais commercialiser une automobile sous son propre nom.

La marque automobile CG apparaît en 1966. Il est donc important de distinguer cette naissance commerciale de celle de la carrosserie familiale plusieurs décennies plus tôt. Les initiales CG reprennent naturellement les noms Chappe et Gessalin.

La première voiture, généralement désignée comme CG 1000 ou Spider 1000, est présentée au Salon de Paris de 1966. Chappe et Gessalin conçoit son châssis et sa carrosserie en fibre de verre, mais ne dispose pas des moyens nécessaires pour produire une mécanique complète. L’entreprise se tourne vers Simca, dont elle utilise différents organes issus de la grande série. Ce choix permet à un très petit constructeur de proposer une automobile aboutie tout en limitant ses investissements industriels.

1968 : la CG 1200 S transforme la petite marque en véritable spécialiste sportive

Le premier modèle démontre le sérieux de la conception CG mais souffre d’une motorisation trop modeste pour exploiter pleinement son châssis léger. L’arrivée de la CG 1200 S en 1968 change la situation. Sa mécanique plus performante, issue de la Simca 1200 S, apporte enfin les qualités sportives que la ligne et la légèreté de la voiture promettaient.

Le rapprochement avec Simca devient alors beaucoup plus structurant. Le constructeur fournit régulièrement des ensembles mécaniques à CG, puis son réseau participe à la distribution des voitures. Cette coopération donne à l’entreprise artisanale un appui commercial et technique qu’elle n’aurait pas pu mettre en place seule.

La 1200 S devient ainsi le modèle central de l’histoire de CG. Elle ne transforme pas l’entreprise en constructeur de grande série, mais lui permet de se faire une place identifiable sur le marché français des petites voitures sportives, face notamment à des marques disposant de moyens industriels supérieurs.

1970 : le Simca-CG Proto MC place la compétition au cœur de l’histoire de la marque

La compétition constitue rapidement un prolongement naturel du travail mené sur les voitures routières. CG pousse notamment très loin la recherche d’allègement avec des versions spécifiquement destinées à la course, dont la CG 548. Mais c’est surtout le lancement du programme Simca-CG Proto MC en 1970 qui donne à la marque sa plus grande visibilité sportive.

Ce prototype à moteur central résulte d’une coopération entre plusieurs acteurs. Le programme bénéficie du soutien de Simca et de Chrysler France, tandis que des compétences techniques liées à Matra interviennent également dans son développement. Chappe et Gessalin apporte pour sa part son expérience de la fabrication de voitures légères et de compétition.

Le Proto MC accumule les succès au début des années 1970 et contribue fortement à la notoriété de CG. Le chiffre de 32 victoires est généralement associé au programme. L’intérêt historique de cette période ne réside toutefois pas dans le détail du palmarès : elle montre surtout qu’une entreprise employant seulement quelques dizaines de personnes est alors capable de participer à un programme sportif de premier plan. Cette réussite accentue parallèlement sa dépendance envers le soutien industriel et financier de ses partenaires.

1972 : la CG 1300 représente l’aboutissement des voitures routières de la marque

La CG 1300 apparaît en 1972 et constitue l’évolution la plus aboutie de la sportive de série conçue à Brie-Comte-Robert. Elle reçoit notamment une mécanique issue de la Simca 1000 Rallye 2 et une carrosserie sensiblement remaniée. Plutôt que d’ouvrir une nouvelle famille de modèles, elle perfectionne une formule que CG développe depuis 1966 : une voiture compacte, légère, produite artisanalement et reposant sur des composants mécaniques disponibles chez un grand constructeur.

Avec environ une centaine d’exemplaires construits, la 1300 reste un produit très confidentiel. Elle illustre néanmoins le niveau de maturité atteint par CG juste avant que le contexte économique et industriel ne se retourne brutalement contre les petits constructeurs spécialisés.

1974 : la crise pétrolière et la fin du soutien industriel entraînent la disparition de CG

Le premier choc pétrolier de 1973 bouleverse le marché automobile et affecte particulièrement les voitures de sport. En France, les pouvoirs publics prennent également des mesures d’économie d’énergie et suspendent temporairement les compétitions automobiles à la fin de l’année 1973. Pour CG, dont l’image et une partie de l’activité dépendent étroitement du sport automobile, l’effet est immédiat.

La disparition de la marque ne doit cependant pas être attribuée à une cause unique. La baisse des commandes se combine à l’arrêt du soutien sportif de Chrysler France, aux difficultés d’approvisionnement de certains composants et à la fragilité structurelle d’une production presque artisanale. Deux des frères Chappe arrivent également à l’âge de la retraite, ce qui pèse sur la décision de poursuivre ou non l’activité.

Chappe Frères et Gessalin cesse finalement son activité automobile au printemps 1974. Les estimations concernant le volume total produit diffèrent légèrement selon les sources, mais environ 400 voitures CG ont été fabriquées entre 1966 et 1974. La marque disparaît ainsi sans rachat industriel majeur ni intégration durable dans un grand groupe.

2026 : un projet de relance entretient le nom Chappe et Gessalin

Plus d’un demi-siècle après l’arrêt de la production, les automobiles CG restent présentes dans le monde de la collection et du patrimoine automobile français. Leur faible diffusion, leur fabrication artisanale et leur rôle dans l’histoire des petites sportives françaises expliquent cet intérêt durable.

Un projet contemporain utilise aujourd’hui de nouveau le nom Automobiles CG et annonce travailler en Auvergne sur un prototype avec l’objectif d’une petite production. À ce stade, cette initiative doit être distinguée de l’entreprise historique : elle constitue un projet de renaissance de la marque, et non la continuation industrielle ininterrompue de la société disparue en 1974. En 2026, aucune reprise de production en série comparable à celle de Chappe et Gessalin à Brie-Comte-Robert n’est encore documentée.