
Ceirano est l’un des noms fondateurs de l’industrie automobile turinoise. À la fin du XIXe siècle, Giovanni Battista Ceirano passe de la bicyclette à l’automobile et participe directement à l’émergence des premiers constructeurs italiens. L’histoire du nom Ceirano est toutefois particulière : elle ne correspond pas à une seule société restée intacte pendant plusieurs décennies, mais à une succession d’entreprises créées, transformées ou dirigées par plusieurs membres de la famille. De la Welleyes à SCAT, en passant par les premières voitures portant directement le patronyme Ceirano, cette trajectoire accompagne les débuts de l’automobile italienne jusqu’à la disparition de la marque au début des années 1930.
1898 : Giovanni Battista Ceirano se lance dans la construction automobile
Avant de produire des automobiles, Giovanni Battista Ceirano travaille à Turin dans la réparation et la fabrication de bicyclettes. Il utilise notamment le nom Welleyes, qui sera ensuite associé à son premier projet automobile. En 1898, il fonde Ceirano & C. dans la capitale piémontaise et s’entoure de l’ingénieur Aristide Faccioli pour développer une voiture légère.
Cette étape place Ceirano au cœur d’un milieu turinois où l’automobile passe rapidement de l’expérimentation artisanale à une véritable activité industrielle. La Welleyes constitue le projet décisif de cette première période : plus qu’un simple modèle, elle devient le point de départ d’une relation déterminante avec un nouveau constructeur appelé à prendre une dimension considérable.
1899 : la Welleyes contribue à la naissance de Fiat
En 1899, les travaux de Ceirano autour de la Welleyes intéressent les fondateurs de Fiat. La nouvelle société turinoise acquiert les brevets, les dessins et les équipements liés à cette voiture, tout en intégrant une partie des hommes qui ont participé à sa mise au point.
La Welleyes sert alors de base à la première Fiat 3½ HP. Cet épisode donne à Giovanni Battista Ceirano une place singulière dans les origines de l’automobile italienne : son entreprise ne devient pas Fiat, mais son travail technique et industriel contribue directement au lancement du constructeur. Après cette cession, Ceirano poursuit néanmoins sa propre activité automobile plutôt que de rester durablement dans la nouvelle société.
1901 : F.lli Ceirano fait du patronyme une marque automobile
Giovanni Battista Ceirano crée ensuite avec son frère Matteo la société F.lli Ceirano à Turin. C’est dans ce cadre que le nom familial apparaît plus directement sur des automobiles produites sous leur responsabilité. La Ceirano 5 HP, lancée en 1901, représente cette nouvelle étape.
Le modèle illustre les ambitions techniques de l’entreprise, notamment avec une transmission à quatre rapports conçue autour d’un système d’engrenages restant en prise. La Ceirano 16 HP, apparue peu après, témoigne à son tour des recherches menées sur les commandes et le freinage. Cette première société fraternelle reste cependant de courte durée : le départ de Matteo entraîne sa liquidation en 1903.
1904 : les frères Ceirano essaiment dans l’industrie turinoise
La disparition de F.lli Ceirano ne marque pas la fin de l’influence familiale. Au contraire, les frères Ceirano multiplient au cours des années suivantes les initiatives et participent à la création ou au développement de plusieurs constructeurs installés à Turin. Des noms comme Rapid, Itala, Junior ou SPA apparaissent dans cet environnement entrepreneurial particulièrement fécond.
Cette multiplication des sociétés explique pourquoi il est difficile de réduire Ceirano à une entreprise unique. Le patronyme désigne à la fois une famille d’entrepreneurs et plusieurs structures successives. Leur rôle dépasse donc la production de quelques automobiles : les Ceirano contribuent à former un véritable réseau d’entreprises dans une ville qui devient rapidement le principal foyer de l’industrie automobile italienne.
1906 : SCAT ouvre la période la plus durable du nom Ceirano
En 1906, Giovanni Ceirano, frère de Giovanni Battista, fonde la Società Ceirano Automobili Torino, plus connue sous le sigle SCAT. Cette société devient l’une des branches les plus importantes de l’histoire familiale et offre au nom Ceirano une continuité industrielle plus solide que les entreprises précédentes.
SCAT développe des voitures de tourisme mais construit aussi sa réputation par la compétition. La marque remporte la Targa Florio en 1911, 1912 et 1914. Ces succès ne constituent pas seulement un palmarès sportif : à une époque où les courses servent de démonstration de fiabilité et de performance, ils renforcent la notoriété du constructeur et la crédibilité de ses automobiles.
1917 : SCAT passe sous contrôle financier extérieur
Pendant la Première Guerre mondiale, l’organisation de SCAT évolue profondément. En 1917, Giovanni Ceirano cède le contrôle de la société à un groupe financier français lié à Hispano-Suiza. Ce changement éloigne temporairement le fondateur de l’entreprise qu’il avait créée onze ans plus tôt.
L’opération montre aussi les difficultés d’un constructeur indépendant confronté à une industrie en pleine concentration et aux contraintes économiques de la guerre. Ceirano ne quitte toutefois pas durablement l’automobile et prépare rapidement une nouvelle structure portant à nouveau son nom.
1919 : Giovanni Ceirano crée une nouvelle société après la guerre
À la sortie du conflit, Giovanni Ceirano fonde avec son fils une nouvelle entreprise baptisée Giovanni Ceirano. Cette société se retrouve en concurrence avec SCAT, pourtant issue de son propre parcours industriel. Le nom Ceirano se trouve ainsi associé simultanément à plusieurs structures, ce qui renforce encore la complexité de sa généalogie.
Cette nouvelle entreprise permet à la famille de rester présente dans la production automobile pendant une période de transformation rapide du marché italien. Mais cette coexistence ne dure pas : au début des années 1920, Giovanni Ceirano reprend progressivement la main sur SCAT et prépare le regroupement des activités.
1923 : la réunification conduit à SCAT – Marca Ceirano
En 1923, Giovanni Ceirano reprend le contrôle de SCAT. Les activités sont ensuite rapprochées, puis fusionnées, et le nom Ceirano est transféré à la société. À partir de cette réorganisation, les automobiles sont commercialisées sous l’appellation SCAT – Marca Ceirano.
Cette période donne une cohérence nouvelle à un patronyme jusque-là dispersé entre plusieurs entreprises. Des modèles comme la Ceirano 150, parfois surnommée « Ceiranina », incarnent cette dernière phase de production. La marque reste toutefois confrontée à un environnement économique de plus en plus difficile pour les petits constructeurs italiens.
1929 : la crise des exportations précipite la disparition de Ceirano
À la fin des années 1920, l’effondrement des débouchés à l’exportation fragilise fortement SCAT – Marca Ceirano. L’entreprise se rapproche alors du Consortium Fiat et abandonne progressivement la construction automobile. Giovanni Ceirano quitte la société en 1931.
En 1932, SCAT est finalement liquidée puis absorbée par SPA. Cette opération met un terme à la production automobile sous le nom Ceirano. La marque n’a pas connu de relance industrielle durable depuis lors : elle appartient aujourd’hui à l’histoire des pionniers italiens de l’automobile, avec une importance qui tient autant à ses propres voitures qu’au rôle joué par la famille Ceirano dans la formation de l’écosystème automobile turinois.
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