
Clan Motor Company est un petit constructeur britannique né au tournant des années 1970 autour d’une idée simple : créer une sportive légère, abordable et techniquement ambitieuse. Son histoire est étroitement liée à Paul Haussauer et Brian Luff, deux ingénieurs passés par Lotus, ainsi qu’au Clan Crusader, un coupé à carrosserie monocoque en fibre de verre qui a donné à la marque l’essentiel de sa réputation. Après un premier développement en Angleterre, une faillite précoce et une tentative de reprise avortée, Clan connaîtra une seconde vie en Irlande du Nord avant de disparaître définitivement comme constructeur en 1987.
1970 : Paul Haussauer transforme un projet de sportive légère en nouvelle marque
Les origines de Clan remontent à la fin des années 1960, lorsque Paul Haussauer et Brian Luff travaillent sur le concept d’une petite voiture sportive combinant faible masse, mécanique simple et structure moderne. Tous deux bénéficient alors de leur expérience acquise chez Lotus, dont la culture de la légèreté marque profondément le projet.
Au début de 1970, Haussauer quitte Lotus et donne une dimension industrielle à cette idée en lançant Clan Motor Company. Les premiers travaux de développement sont menés à Norwich. La future voiture doit pouvoir être produite à coût contenu sans renoncer à une architecture originale, ce qui conduit l’équipe à privilégier une carrosserie structurelle en matériau composite plutôt qu’une construction traditionnelle reposant sur un châssis séparé.
1971 : le Clan Crusader lance réellement la production à Washington
Clan s’installe à Washington, dans le County Durham, avec le soutien de la Washington Development Corporation. C’est là que le projet devient une véritable activité de constructeur. La première voiture de série est immatriculée durant l’été 1971 et le Clan Crusader est officiellement lancé en septembre.
Le Crusader repose sur une monocoque en fibre de verre conçue pour assurer à la fois rigidité et légèreté. Sa mécanique provient du Hillman Imp Sport, avec un moteur installé à l’arrière. Ce choix permet à Clan de s’appuyer sur des composants déjà éprouvés tout en développant une automobile très différente dans son architecture et son comportement. Le Crusader devient immédiatement le modèle central de la marque, au point de rester indissociable de son identité.
1972 : la solidité du Crusader et le rallye renforcent la crédibilité de Clan
En 1972, le Crusader franchit une étape importante avec un essai de collision réalisé par MIRA. Pour une petite entreprise proposant une structure largement constituée de fibre de verre, cette validation contribue à démontrer que la recherche de légèreté n’a pas été menée au détriment de la résistance de l’ensemble.
La même année, Clan utilise aussi la compétition comme vitrine. Le Crusader obtient notamment une deuxième place au Manx Rally et s’impose au Tour of Mull. Ces performances sont particulièrement utiles à un constructeur disposant de moyens commerciaux limités : elles renforcent l’image d’une voiture légère, efficace et adaptée à un usage sportif sans transformer Clan en marque exclusivement tournée vers la course.
1973 : les difficultés économiques interrompent la première aventure industrielle
Le développement de Clan se heurte rapidement à un environnement économique défavorable. L’introduction de la TVA au Royaume-Uni, les difficultés d’approvisionnement en composants liés au groupe Chrysler, qui contrôle alors la gamme Rootes dont est issu le Hillman Imp, ainsi que la crise pétrolière fragilisent une entreprise disposant de peu de réserves financières.
La production est suspendue à la fin de 1973. La faiblesse des volumes rend Clan particulièrement vulnérable à ces perturbations, malgré l’intérêt suscité par le Crusader. Les estimations du nombre exact d’exemplaires produits lors de cette première période varient selon les sources ; il est donc plus prudent de retenir que la production est restée limitée à quelques centaines de voitures.
1974 : la liquidation mène à une tentative de reprise à Chypre
La société entre en liquidation au début de 1974. En avril, ses actifs, dont les moules nécessaires à la fabrication des carrosseries, sont rachetés par l’industriel chypriote Andreas Kaisis. L’objectif est alors de donner une nouvelle vie au projet et d’envisager une production à Chypre.
Cette relance ne se concrétise toutefois pas. L’invasion turque de Chypre en 1974 bouleverse le contexte politique et économique de l’île et met fin au projet. Clan disparaît ainsi du marché pendant plusieurs années, sans que le concept du Crusader soit totalement abandonné.
1982 : Peter McCandless relance Clan en Irlande du Nord
Une seconde période commence en 1982 lorsque Peter McCandless crée Clan Cars Ltd à Newtownards, en Irlande du Nord. Il reprend l’idée du coupé Clan et remet en production une version modernisée, souvent désignée rétrospectivement comme l’« Irish Clan ».
La voiture conserve l’esprit de la création d’origine mais adopte plusieurs évolutions esthétiques et techniques, dont des phares escamotables et une présentation modernisée. Cette reprise ne constitue donc pas une simple continuation administrative de la première société : il s’agit d’une véritable relance sous une nouvelle structure, avec l’ambition d’adapter le concept Clan aux années 1980.
1985 : le Clan Clover marque la principale évolution technique de la relance
En 1985 apparaît le Clan Clover, évolution la plus importante de cette seconde période. Le modèle abandonne la mécanique issue de l’Imp au profit d’un quatre-cylindres à plat de 1,5 litre provenant d’Alfa Romeo. Cette transformation modifie profondément le projet et montre que la nouvelle équipe cherche à faire évoluer Clan au-delà d’une simple remise au goût du jour du Crusader.
Le Clover reste toutefois produit dans un cadre artisanal et avec des ressources limitées. Malgré cette modernisation, Clan Cars ne parvient pas à atteindre une stabilité financière suffisante pour assurer durablement son développement.
1987 : les difficultés financières mettent fin à la production de Clan
En juin 1987, Clan Cars connaît à son tour de graves difficultés financières, passe sous administration judiciaire et cesse ses activités. Cette disparition met fin à la production automobile sous le nom Clan après deux périodes distinctes, séparées par plusieurs années d’interruption et portées par des équipes différentes.
Clan Motor Company n’existe plus aujourd’hui comme constructeur en activité. La marque subsiste principalement à travers les Crusader, les modèles nord-irlandais conservés par des collectionneurs et l’activité de passionnés réunis autour de ces voitures. Des pièces et éléments de carrosserie en fibre de verre continuent également d’être reproduits pour entretenir les exemplaires survivants, prolongeant la présence d’une marque britannique dont l’histoire industrielle aura été brève mais techniquement singulière.
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