
L’histoire de De La Chapelle se distingue par une double origine. La première remonte au début du XXe siècle, lorsque la famille de La Chapelle participe à l’essor des premières constructions mécaniques françaises sous le nom Stimula. La seconde commence dans les années 1970 avec Xavier de La Chapelle, qui fait renaître cet héritage autour de voitures artisanales inspirées des grandes automobiles d’avant-guerre. Entre évocations de Bugatti, moteurs modernes, projets de prestige, difficultés financières et activités d’ingénierie, la marque a suivi un parcours très différent de celui des constructeurs industriels traditionnels.
1907 : De La Chapelle frères et Cie fait entrer la famille dans l’automobile
Les racines de De La Chapelle sont antérieures à 1907. Dès le tout début du XXe siècle, Guy et Carl de La Chapelle sont associés aux Ateliers de la Grosne, en Saône-et-Loire, où l’activité porte d’abord sur les motocyclettes et les solutions mécaniques. Le nom Stimula apparaît publiquement au début des années 1900, dans un contexte où de nombreux petits ateliers français passent progressivement du cycle et de la moto à l’automobile.
Le véritable tournant intervient le 8 mai 1907 avec la constitution de De La Chapelle frères et Cie. Installée à Saint-Chamond, l’entreprise a pour objet la fabrication de moteurs et de voitures automobiles. Les premières Stimula prennent la forme de voiturettes, avant que l’offre ne s’élargisse à des automobiles à quatre cylindres et à certains véhicules utilitaires. Cette date est donc la plus pertinente pour situer le début structuré de l’activité automobile familiale, même si la communication moderne de la marque revendique des origines remontant à 1901.
1922 : la première aventure Stimula s’achève
La Première Guerre mondiale et l’évolution de la structure familiale fragilisent cette première entreprise. Guy de La Chapelle se retire dès 1914 et la société prend ensuite le nom de De La Chapelle et Cie. L’activité ne parvient pas à s’inscrire durablement dans l’industrie automobile de l’après-guerre, devenue plus capitalistique et dominée par des constructeurs capables de produire à une échelle bien supérieure.
La société est dissoute en décembre 1922. Certaines rétrospectives situent la disparition commerciale de Stimula en 1923, mais la dissolution juridique de 1922 constitue le repère le plus solide. Il est important de distinguer cette première période de l’histoire moderne de De La Chapelle : la marque des années 1970 ne correspond pas à la continuité juridique ininterrompue de l’entreprise originelle, mais à une renaissance fondée sur l’héritage familial.
1975 : Xavier de La Chapelle relance l’héritage familial
Plus d’un demi-siècle après la disparition de la première société, Xavier de La Chapelle entreprend de faire revivre le nom familial. À partir de 1975, il développe à Lyon un projet de voiture artisanale s’inspirant des grandes automobiles françaises des années 1930. L’objectif n’est pas de remettre en production les anciennes Stimula, mais de créer des véhicules contemporains dont le style et la fabrication évoquent l’automobile de prestige d’avant-guerre.
Pour structurer le projet, Xavier de La Chapelle s’entoure notamment de Jacques Hubert, ingénieur ayant travaillé chez Matra et associé au développement de la Djet. Plusieurs prototypes sont réalisés. Les premières expérimentations font notamment appel à une mécanique Opel, avant que De La Chapelle ne se tourne vers des six-cylindres BMW, mieux adaptés au positionnement haut de gamme recherché.
1978 : la Type 55 donne son identité à la marque moderne
La renaissance devient véritablement publique en 1978 avec la présentation au Salon de Genève d’une automobile inspirée de la Bugatti Type 55. Ce modèle, souvent désigné comme Type 55 ou Stimula 55, devient la pièce fondatrice de la marque moderne. Son intérêt historique tient moins à une reproduction fidèle d’une Bugatti qu’à l’association d’une carrosserie évocatrice des années 1930 avec une conception mécanique contemporaine.
Cette distinction est essentielle : les De La Chapelle ne sont pas des Bugatti produites sous licence. Elles restent des automobiles De La Chapelle, même si leur inspiration stylistique est évidente. En 1984, Messier-Hispano-Bugatti, qui détient alors les droits liés au nom, autorise néanmoins Xavier de La Chapelle à apposer un badge Bugatti sur la calandre de la Type 55. Cette reconnaissance renforce fortement la légitimité du petit constructeur auprès des amateurs d’automobiles classiques.
La même période voit également apparaître les Juniors, de petites automobiles fabriquées artisanalement pour de jeunes conducteurs. Développées à partir de la fin des années 1970, elles deviennent une activité durable de De La Chapelle. Leur importance dans l’histoire de la marque vient moins de leurs caractéristiques techniques que de leur capacité à installer une seconde spécialité artisanale, parallèlement aux grandes voitures néo-rétro.
1989 : l’arrivée de Primwest rapproche De La Chapelle de Venturi
À la fin des années 1980, De La Chapelle cherche à dépasser le cadre d’une petite production artisanale. Le groupe Primwest, dirigé par Didier Primat, entre au capital de l’entreprise. Le pourcentage exact de cette participation varie selon les sources historiques, mais l’essentiel est ailleurs : cette arrivée apporte de nouveaux moyens financiers et accompagne un rapprochement avec Venturi, autre constructeur français spécialisé dans les voitures de sport.
Xavier de La Chapelle prend d’ailleurs la direction de Venturi entre 1989 et 1992. Cette période marque un changement d’ambition. De La Chapelle ne se limite plus à perfectionner ses modèles inspirés des années 1930 et envisage désormais des projets susceptibles de placer l’entreprise parmi les constructeurs français de prestige à faible volume.
1990 : le Parcours symbolise les ambitions industrielles de De La Chapelle
Le projet le plus révélateur de cette nouvelle ambition est le Parcours. Présenté au début des années 1990, il adopte une architecture de grand véhicule de luxe combinant l’espace d’un monospace, la présentation d’une limousine et les performances attendues d’une automobile de prestige. Trois exemplaires sont réalisés et une production plus importante est envisagée dans le cadre du développement industriel de l’entreprise.
Le Parcours constitue un épisode essentiel parce qu’il montre jusqu’où De La Chapelle souhaite alors élargir son champ d’action. La société ne cherche plus uniquement à faire vivre une esthétique historique, elle tente de développer un produit original destiné à une clientèle très haut de gamme. Dans le même mouvement, l’Atalante 57S apparaît en 1992 comme l’aboutissement de plusieurs années d’évolution des modèles équipés de six-cylindres. Ces projets représentent le sommet des ambitions de la marque avant une brusque dégradation de sa situation financière.
1993 : le dépôt de bilan met fin à la phase d’expansion
La stratégie engagée à la fin des années 1980 dépend fortement des financements apportés par Primwest. Lorsque ceux-ci cessent, plusieurs projets deviennent impossibles à poursuivre dans les conditions prévues. Automobiles De La Chapelle dépose son bilan en décembre 1993. Le Parcours ne passe pas au stade de l’industrialisation envisagée et l’entreprise entre dans une période de restructuration.
Au début de 1994, l’activité est réorganisée autour de DLC Technologies, avec l’intervention de Barré Design. La marque et une partie de ses activités sont ainsi préservées, mais De La Chapelle ne retrouve plus la même configuration industrielle qu’au début des années 1990. Ce tournant est décisif : à partir de cette date, son histoire devient celle d’une structure beaucoup plus légère, alternant projets automobiles, petites séries et prestations techniques.
1996 : le Roadster tente d’ouvrir une nouvelle voie
De La Chapelle revient en 1996 avec un Roadster qui rompt nettement avec les évocations des grandes voitures des années 1930. Plus moderne dans son dessin et dans son positionnement, il doit permettre au constructeur d’aborder un marché plus large de petites sportives. Un projet de production en Inde est préparé et une usine doit être mise en place à Bombay, mais l’opération est interrompue avant son aboutissement après la disparition du partenaire local impliqué dans le projet.
Cet échec contribue à déplacer progressivement le centre de gravité de l’entreprise vers l’ingénierie. À partir de la fin des années 1990, De La Chapelle réalise davantage d’études techniques pour d’autres acteurs de l’automobile. Le constructeur mentionne notamment des travaux effectués pour PGO. Plus tard, Xavier de La Chapelle intervient également sur des projets de mobilité électrique et autonome, dont la navette Navya. Cette activité permet au savoir-faire technique de perdurer alors que les automobiles portant directement le nom De La Chapelle deviennent beaucoup plus rares.
2023 : l’Atalante V8 relance le projet d’une automobile De La Chapelle
Après plusieurs années consacrées principalement à l’ingénierie, De La Chapelle réapparaît dans l’actualité automobile avec une nouvelle Atalante équipée d’un moteur V8. Un premier prototype abouti est essayé publiquement en 2023, après plusieurs années de développement. Le projet reprend le principe qui avait fait la singularité de la marque à ses débuts modernes : une automobile produite artisanalement, inspirée par le grand tourisme classique mais conçue avec des éléments techniques contemporains.
Cette Atalante V8 ne doit toutefois pas être présentée comme le signe d’un retour à une production industrielle établie. Lors de sa présentation, la réalisation d’une petite série reste liée à la capacité de réunir les financements nécessaires. La voiture représente surtout la tentative la plus concrète de faire renaître une automobile complète sous le nom De La Chapelle après une longue période dominée par les activités d’étude et de développement.
2024 : la dissolution de De La Chapelle Automobiles redéfinit la situation de la marque
La période récente impose de distinguer précisément la marque de ses différentes sociétés. La société De La Chapelle Automobiles, créée en 2019 pour concevoir, produire et commercialiser des véhicules, cesse son activité et est dissoute le 24 décembre 2024. Elle est ensuite radiée du Registre national des entreprises en juin 2025.
Cette disparition juridique ne signifie pas pour autant que le nom De La Chapelle a totalement cessé d’exister. Une autre structure, De La Chapelle Création et Développement Automobiles, créée en 2006 et présidée par Xavier de La Chapelle, demeure liée aux activités d’ingénierie et au site officiel de la marque. Celui-ci continue de présenter l’Atalante V8 ainsi que les Juniors. En 2026, la situation est donc celle d’un nom automobile toujours entretenu et associé à des projets artisanaux, mais sans preuve d’un retour à une production régulière comparable à celle des années 1980.
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