Histoire de la marque Delage

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L’histoire de Delage commence en 1905 dans la région parisienne, à une époque où l’industrie automobile française est encore en pleine structuration. Fondée par l’ingénieur Louis Delâge, la marque passe rapidement du statut de petit assembleur à celui de constructeur reconnu, porté par la compétition, l’innovation mécanique et des automobiles de prestige. Son parcours est toutefois marqué par une rupture majeure en 1935, lorsque ses difficultés financières lui font perdre son indépendance industrielle au profit de Delahaye. Après l’arrêt de la production au début des années 1950, le nom Delage reste lié au patrimoine automobile français avant de connaître une relance au XXIe siècle.

1905 : Louis Delâge fonde la marque à Levallois-Perret

Delage est créée en 1905 à Levallois-Perret par Louis Delâge, ingénieur formé aux Arts et Métiers. Avant de se lancer à son compte, il travaille notamment pour Peugeot, expérience qui lui permet de se familiariser avec une industrie automobile déjà engagée dans une croissance rapide. Il s’entoure notamment d’Augustin Legros, qui joue un rôle technique important dans les débuts de l’entreprise.

La jeune société ne fabrique pas immédiatement l’intégralité de ses voitures. Ses premiers modèles utilisent des éléments fournis par des entreprises spécialisées, dont des moteurs De Dion-Bouton et certains composants de châssis produits à l’extérieur. Cette organisation est caractéristique de nombreux petits constructeurs de l’époque. L’ambition de Louis Delâge est cependant claire : acquérir progressivement une véritable autonomie technique et construire une réputation propre.

1908 : la compétition accélère l’ascension de Delage

Louis Delâge comprend très tôt que la course automobile peut servir à la fois de laboratoire technique et d’outil publicitaire. La victoire obtenue en 1908 au Grand Prix des Voiturettes de l’Automobile Club de France donne à la jeune marque une visibilité importante et confirme la pertinence de cette stratégie.

Dans les années qui suivent, Delage réduit sa dépendance envers les fournisseurs extérieurs et développe ses propres moteurs. Cette transformation marque son passage du statut d’assembleur à celui de constructeur à part entière. La croissance de l’entreprise conduit également au transfert de son activité vers une usine plus importante à Courbevoie au début des années 1910. Delage dispose désormais de moyens industriels correspondant davantage à ses ambitions.

1914 : la victoire à Indianapolis donne à Delage une renommée internationale

En 1914, René Thomas remporte les 500 Miles d’Indianapolis au volant d’une Delage. Ce succès compte parmi les résultats sportifs les plus importants de l’histoire de la marque et lui procure une reconnaissance bien au-delà de la France. Il convient toutefois de ne pas présenter Delage comme le premier constructeur français vainqueur à Indianapolis, Peugeot ayant remporté l’épreuve l’année précédente.

La Première Guerre mondiale interrompt ensuite l’essor du marché automobile civil. Comme de nombreux industriels français, Delage adapte une partie de ses capacités de production aux besoins liés au conflit. Lorsque l’activité automobile reprend après l’Armistice, la marque ne revient pas simplement à ses petites voitures d’avant-guerre : elle s’oriente progressivement vers des modèles plus puissants, plus sophistiqués et plus coûteux.

1919 : Delage s’oriente vers les grandes automobiles de prestige

La période qui suit la guerre constitue un changement de positionnement décisif. Avec des voitures comme la CO, dotée d’un moteur six cylindres et d’un système de freinage agissant sur les quatre roues, Delage cherche désormais à associer performances, confort et sophistication mécanique. La marque fait partie des constructeurs français qui adoptent très tôt des solutions techniques alors considérées comme avancées sur les grandes voitures de tourisme.

Cette montée en gamme se poursuit pendant les années 1920. Delage ne délaisse pas pour autant la compétition, qui reste essentielle pour démontrer ses capacités d’ingénierie. Les programmes sportifs deviennent de plus en plus ambitieux, avec des mécaniques complexes et des voitures spécialement conçues pour les Grands Prix. Le constructeur développe ainsi une double identité : celle d’un spécialiste de la haute performance et celle d’un fabricant d’automobiles de luxe.

1927 : Delage atteint son sommet en Grand Prix

L’année 1927 représente l’apogée sportive de Delage. Avec la 15 S8, une voiture de Grand Prix à moteur huit cylindres suralimenté, le constructeur domine plusieurs des épreuves majeures de la saison. Robert Benoist remporte notamment les Grands Prix de France, d’Espagne, d’Italie et de Grande-Bretagne, permettant à Delage de décrocher le Championnat du monde des constructeurs.

Ce titre ne doit pas être confondu avec un championnat du monde des pilotes, qui n’existe pas encore sous la forme qui sera créée en 1950. Il consacre néanmoins Delage au plus haut niveau international et constitue l’aboutissement d’années d’investissements techniques considérables. Après ce sommet, l’équipe officielle se retire des Grands Prix, notamment parce que la compétition représente une charge financière très lourde pour une entreprise dont l’activité principale reste la vente de voitures de prestige.

1929 : la D8 incarne l’apogée du luxe avant la crise

Lancée en 1929, la Delage D8 devient l’un des modèles les plus représentatifs de la marque. Son moteur huit cylindres, son positionnement très haut de gamme et les carrosseries réalisées sur mesure par de grands spécialistes illustrent la place désormais occupée par Delage parmi les constructeurs français de prestige. La D8 résume la stratégie élaborée au cours de la décennie précédente : transformer la réputation acquise en compétition en image de raffinement, de performances et d’exclusivité.

Son lancement coïncide toutefois avec un retournement économique majeur. La crise née en 1929 réduit fortement la clientèle capable d’acheter de grandes automobiles coûteuses. Delage doit supporter les charges d’une organisation industrielle importante tout en commercialisant des modèles complexes produits en volumes relativement limités. Au début des années 1930, la réputation de la marque reste solide, mais sa situation financière se dégrade progressivement.

1935 : la liquidation met fin à l’indépendance industrielle de Delage

En avril 1935, les difficultés deviennent telles que la société Delage est placée en liquidation volontaire. Cet événement marque la fin du constructeur indépendant fondé trente ans plus tôt par Louis Delâge. La disparition n’est pas immédiate pour autant : Walter Watney, lié au réseau commercial de la marque, participe à une réorganisation permettant au nom Delage de continuer à être utilisé.

À partir de cette période, Delahaye assure la fabrication des automobiles vendues sous la marque Delage. Les nouveaux modèles utilisent largement les ressources mécaniques et industrielles de ce constructeur. Il est donc simplificateur de parler d’un rachat unique qui aurait immédiatement transformé Delage en simple gamme Delahaye. Le point essentiel est que 1935 met fin à l’autonomie industrielle de Delage, même si des voitures continuent d’être commercialisées sous ce nom.

La D6 devient l’un des principaux modèles de cette nouvelle période. Elle permet à Delage de conserver une présence dans le haut de gamme et même en compétition. Après la Seconde Guerre mondiale, une D6S termine notamment deuxième des 24 Heures du Mans en 1949, preuve que la marque conserve encore une certaine crédibilité sportive malgré une production devenue très limitée.

1953 : la production des Delage historiques s’arrête

Le contexte de l’après-guerre est difficile pour les constructeurs français spécialisés dans les grandes voitures de luxe. Les priorités économiques, la fiscalité et l’évolution du marché favorisent davantage les automobiles produites en grande série. Delage, dont les volumes sont devenus faibles et qui dépend désormais de Delahaye pour sa fabrication, ne retrouve pas la place qu’elle occupait avant-guerre.

Louis Delâge meurt en 1947 et la marque poursuit encore quelque temps une activité marginale. Delage est toujours présente au Salon de Paris en 1953, mais la production automobile portant son nom s’arrête à cette période. En 1956, l’association Les Amis de Delage est créée afin de préserver la mémoire du constructeur, ses automobiles et son patrimoine. Cette structure jouera plusieurs décennies plus tard un rôle déterminant dans l’utilisation du nom Delage.

2019 : Delage renaît autour du projet D12

Après plus de soixante ans sans production automobile régulière, une relance de Delage est annoncée en novembre 2019. Le projet est porté par Laurent Tapie avec l’accord des Amis de Delage. Il ne s’agit pas de la continuité juridique et industrielle ininterrompue de l’entreprise créée en 1905, mais d’une refondation contemporaine utilisant le nom et l’héritage historique de la marque.

Cette nouvelle phase s’articule autour de la D12, une hypercar hybride à moteur V12 dont la production est prévue à seulement 30 exemplaires. Le positionnement choisi est donc très éloigné de celui d’un constructeur généraliste : Delage revient sous la forme d’une marque artisanale à très faible volume, en mettant en avant son passé sportif et son association historique entre performances et sophistication mécanique.

La relance a progressivement dépassé le stade de l’annonce. Delage a installé une structure à Magny-Cours, à proximité du circuit, et la première D12 destinée à un client a été livrée aux États-Unis en décembre 2025. En 2026, la marque est ainsi de nouveau active dans la construction automobile, mais à une échelle extrêmement limitée, près de trois quarts de siècle après l’arrêt des dernières Delage de la période historique.

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