
Derways est un constructeur automobile russe né au début des années 2000 à Tcherkessk, en Karatchaïévo-Tcherkessie. Créée par la famille Derev, l’entreprise s’est d’abord fait connaître avec un projet de tout-terrain développé sous son propre nom avant de transformer profondément son activité. En quelques années, elle est devenue une importante base russe d’assemblage pour plusieurs constructeurs chinois, puis a connu des difficultés financières qui ont conduit à l’arrêt de la production et à la faillite.
2002 : la famille Derev crée Derways à Tcherkessk
La société automobile Derways est juridiquement enregistrée à la fin de l’année 2002, même si 2003 est généralement retenue comme l’année de naissance publique de la marque. Le projet est lancé à Tcherkessk par les frères Derev, issus du groupe familial Merkuriy. Hadji-Murat Derev est notamment associé à l’impulsion donnée au projet automobile.
Dans un marché russe encore largement dominé par de grands constructeurs historiques, Derways adopte un positionnement inhabituel pour l’époque. L’entreprise veut produire des véhicules sous sa propre identité et est alors souvent présentée comme l’un des premiers constructeurs automobiles privés apparus dans la Russie postsoviétique.
2003 : le Derways 3131 Cowboy lance véritablement la marque
Derways se fait connaître en 2003 avec le prototype du 3131 Cowboy, présenté au Salon international de l’automobile de Moscou. Ce tout-terrain constitue le premier projet réellement emblématique de l’entreprise et matérialise son ambition de devenir un constructeur à part entière plutôt qu’un simple assembleur.
Le Cowboy repose toutefois sur une base technique fournie par le constructeur roumain ARO. Ce choix permet à Derways d’accélérer la mise au point de son premier véhicule sans développer intégralement une plateforme nouvelle. Le modèle devient ainsi le symbole de la première phase de l’entreprise, celle où Derways cherche encore à construire une gamme portant directement son nom.
2004 : le Cowboy passe du prototype à la production
La production commerciale du Cowboy débute en 2004 dans l’usine de Tcherkessk. Ce passage à la fabrication en série marque la transformation du projet initial en véritable activité industrielle. Derways affiche alors des ambitions de plusieurs milliers de véhicules par an, même si ses moyens restent sans commune mesure avec ceux des grands groupes automobiles.
Cette première expérience permet surtout à l’entreprise d’acquérir des compétences de production et d’organisation industrielle. Elle montre également les limites d’un modèle économique dépendant d’un fournisseur étranger pour un élément aussi essentiel que la base technique du véhicule.
2006 : la disparition d’ARO pousse Derways à changer de stratégie
Le projet Cowboy est fragilisé lorsque ARO connaît de graves difficultés puis fait faillite en 2006. Privé de la base sur laquelle reposait son modèle fondateur, Derways doit revoir sa stratégie. Plutôt que d’investir dans le développement coûteux d’une nouvelle plateforme propre, l’entreprise se tourne de plus en plus vers l’assemblage de véhicules conçus en Chine.
Cette réorientation constitue l’un des tournants majeurs de son histoire. Des modèles comme les Derways Aurora et Shuttle illustrent cette période de transition, mais l’enjeu principal n’est plus de bâtir une gamme entièrement originale. Derways commence à trouver sa place comme partenaire industriel capable de produire en Russie des véhicules d’origine étrangère.
2007 : l’assemblage de Lifan ouvre une nouvelle phase industrielle
En 2007, Derways franchit une étape importante en lançant l’assemblage en série de la Lifan Breez à Tcherkessk. L’accord montre que l’usine peut désormais servir de point d’entrée industriel à des constructeurs chinois souhaitant se développer sur le marché russe.
À partir de cette période, l’identité de Derways évolue nettement. La marque propre passe au second plan tandis que l’entreprise tire de plus en plus son activité de contrats d’assemblage. Cette spécialisation accompagne l’essor des constructeurs chinois en Russie et donne à l’usine de Tcherkessk une importance qui dépasse désormais les seuls véhicules badgés Derways.
2009 : Derways approfondit la production locale
À la fin des années 2000, Derways ne se limite plus à l’assemblage de véhicules à partir de kits importés. Le site développe des opérations de soudage et de peinture des carrosseries, en plus de l’assemblage final. Cette évolution augmente la part du travail réalisée directement en Russie et fait de l’usine un outil industriel plus complet.
Ce changement est déterminant pour attirer de nouveaux partenaires. Derways peut désormais proposer un niveau de localisation supérieur à celui d’un simple montage, un atout important dans un marché russe où les politiques industrielles encouragent la production automobile locale.
2010 : Sberbank Capital prend le contrôle de Derways
La croissance industrielle s’accompagne cependant d’un besoin important de financement. En 2010, les autorités russes autorisent Sberbank Capital à acquérir 51 % de Derways. Cette prise de contrôle intervient alors que l’entreprise est fortement endettée et cherche à restructurer sa situation financière.
L’opération modifie la structure de propriété de l’entreprise sans remettre immédiatement en cause sa vocation industrielle. Derways poursuit ses contrats avec les constructeurs étrangers, mais cette intervention financière révèle que son développement rapide repose sur un équilibre économique plus fragile qu’il n’y paraît.
2012 : la Geely Emgrand symbolise l’apogée du site de Tcherkessk
En 2012, l’usine produit notamment la Geely Emgrand avec des opérations locales de soudage et de peinture. La capacité du site est alors annoncée jusqu’à 100 000 voitures par an. Derways est devenu un acteur industriel important pour plusieurs marques chinoises présentes en Russie.
Cette période représente l’aboutissement de la transformation commencée après le Cowboy. Derways n’est plus principalement connu pour ses propres modèles, mais pour sa capacité à industrialiser en Russie des voitures développées par d’autres constructeurs. Son rôle historique tient donc autant à cette fonction de passerelle entre l’industrie automobile chinoise et le marché russe qu’à ses véhicules portant le nom Derways.
2018 : l’usine cesse sa production
La trajectoire s’interrompt brutalement en 2018. Confrontée à de sérieuses difficultés financières, notamment liées à des dettes fiscales et bancaires, l’entreprise arrête la production dans son usine de Tcherkessk à l’automne. La cessation d’activité met fin à la période durant laquelle Derways avait servi de plateforme industrielle à plusieurs constructeurs étrangers.
Aucune véritable relance automobile ne suit cet arrêt. Après avoir évolué d’une petite marque russe de tout-terrain vers un important assembleur sous contrat, Derways ne parvient pas à stabiliser durablement son modèle économique.
2020 : la faillite met fin à l’activité automobile de Derways
Derways est officiellement déclaré en faillite en février 2020. La procédure consacre la disparition du constructeur comme acteur automobile opérationnel, près de deux décennies après le lancement du projet familial à Tcherkessk.
La marque reste ainsi associée à une histoire relativement courte mais singulière de l’industrie russe contemporaine : celle d’un constructeur privé né autour d’un véhicule propre, le Cowboy, puis devenu un outil d’assemblage majeur pour des marques chinoises avant de disparaître à la suite de difficultés financières. À ce jour, Derways n’a pas retrouvé d’activité de constructeur automobile.
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