
Estrima est une entreprise italienne née à la fin des années 2000 autour d’une idée simple : adapter à la mobilité urbaine électrique un savoir-faire industriel déjà maîtrisé dans le domaine des structures de sécurité. Fondée par Matteo Maestri dans la région de Pordenone, elle s’est fait connaître grâce au Birò, un petit quadricycle électrique conçu pour les déplacements urbains. L’histoire d’Estrima est celle d’un constructeur spécialisé qui a progressivement enrichi son produit, tenté d’élargir son activité aux services de mobilité, connu une introduction en Bourse puis traversé une importante restructuration financière avant de recentrer ses activités.
2008 : Matteo Maestri fonde Estrima à partir du savoir-faire de Brieda
Estrima S.r.l. est constituée le 21 avril 2008 à Pordenone. L’entreprise est créée autour de Matteo Maestri et naît comme un spin-off de Brieda, société familiale active depuis plusieurs décennies dans la fabrication de cabines et de structures de sécurité pour véhicules agricoles et industriels.
Cette filiation est essentielle pour comprendre les origines d’Estrima. L’entreprise ne se lance pas dans l’automobile en reproduisant le modèle d’un constructeur traditionnel. Elle cherche au contraire à exploiter une compétence industrielle existante, notamment dans la conception de structures en acier résistantes, pour imaginer un véhicule très compact adapté aux déplacements urbains.
Le projet aboutit au Birò, nom sous lequel les véhicules d’Estrima seront commercialisés. Cette distinction est importante : Estrima est la société constructrice, tandis que Birò est la marque du véhicule. Dans le langage courant, Estrima est parfois présentée comme une marque automobile, mais son histoire industrielle est intimement liée au développement du Birò.
2009 : le Birò arrive sur le marché italien
En 2009, Estrima commercialise le Birò en Italie. Le véhicule appartient à la catégorie des quadricycles électriques et se distingue par des dimensions très réduites, pensées avant tout pour les centres urbains encombrés. Son architecture reprend en partie la logique qui avait fait la spécialité de Brieda : une cellule structurée autour d’éléments métalliques destinés à former un habitacle compact et protégé.
Le lancement intervient à une époque où la voiture électrique reste encore marginale en Europe, surtout dans le domaine des petits véhicules urbains. Estrima ne cherche donc pas à concurrencer directement les berlines ou citadines classiques. Elle mise sur un usage différent : trajets courts, stationnement facilité et déplacements quotidiens dans des zones où l’encombrement devient un problème central.
Le concept trouve rapidement un écho sur son marché national. Le Birò figure parmi les véhicules électriques les plus immatriculés en Italie au début des années 2010, notamment en 2010 et 2011. Ce démarrage valide suffisamment le projet pour permettre à Estrima de poursuivre son développement.
2012 : l’arrivée d’investisseurs accompagne le développement d’Estrima
En 2012, Estrima franchit une nouvelle étape avec l’ouverture de son capital et la réalisation d’un financement destiné à soutenir sa croissance. Parmi les investisseurs figure Red Circle Investments, la société d’investissement de l’entrepreneur italien Renzo Rosso, qui prend alors une participation significative dans Estrima.
Cette opération ne constitue pas un rachat de l’entreprise, qui reste liée à ses fondateurs et à son projet industriel initial. Elle montre cependant que le Birò commence à être considéré comme un concept susceptible de dépasser le cadre d’une petite expérimentation régionale. Estrima dispose ainsi de moyens supplémentaires pour développer son produit et préparer son expansion commerciale.
2014 : la batterie amovible renforce l’identité du Birò
Estrima introduit en 2014 une évolution qui devient l’un des éléments les plus caractéristiques du Birò : une batterie lithium amovible. Le principe consiste à pouvoir retirer le pack de batteries du véhicule afin de le recharger sur une prise située dans un logement ou un bureau.
Cette solution répond directement à une difficulté concrète de l’électromobilité urbaine. Les conducteurs qui stationnent dans la rue ne disposent pas nécessairement d’une prise ou d’une borne à proximité du véhicule. En rendant la batterie transportable, Estrima cherche à dissocier le lieu de stationnement du lieu de recharge.
La technologie est présentée publiquement dès 2013 sous le nom Re-Move, tandis que la chronologie officielle d’Estrima retient 2014 pour son introduction. Plus qu’une simple amélioration technique, elle illustre la manière dont l’entreprise fait évoluer le Birò en fonction des contraintes particulières de la ville.
2018 : Estrima commence à développer des services de mobilité partagée
À partir de 2018, Estrima ne limite plus sa réflexion à la vente de véhicules. L’entreprise commence à travailler sur un système permettant de gérer et de partager des Birò en environnement urbain. Cette orientation prépare le lancement ultérieur de Birò Share, une solution associant le véhicule à des outils numériques de réservation et de gestion.
Ce changement marque une évolution importante de la stratégie. Jusqu’alors, Estrima était essentiellement un constructeur spécialisé dans un quadricycle électrique. Elle cherche désormais à inscrire ce véhicule dans une offre plus large de mobilité à la demande, au moment où les services d’autopartage et de micro-mobilité se développent rapidement dans les grandes villes européennes.
Cette ambition explique en partie les décisions prises quelques années plus tard, lorsque l’entreprise cherchera à intégrer des activités complémentaires liées au partage et à la gestion de flottes.
2021 : Estrima rachète Brieda, devient une S.p.A. et entre en Bourse
L’année 2021 constitue l’un des tournants majeurs de l’histoire d’Estrima. Après l’entrée de nouveaux investisseurs au capital en 2020, l’entreprise accélère sa transformation en intégrant plusieurs activités liées aux services de mobilité, notamment Sharbie et indirectement UPooling.
Le changement industriel le plus symbolique intervient le 3 novembre 2021, lorsque Estrima acquiert la totalité de Brieda. Le mouvement inverse ainsi la relation historique entre les deux sociétés : Estrima était née comme spin-off de Brieda et devient désormais propriétaire de l’entreprise dont elle était issue. Cette opération permet de renforcer l’intégration de la production et de sécuriser un savoir-faire qui reste au cœur de la fabrication du Birò.
Le lendemain, Estrima S.r.l. est transformée en Estrima S.p.A. Cette nouvelle structure précède son introduction sur Euronext Growth Milan le 20 décembre 2021. L’opération marque un changement d’échelle : Estrima se présente alors non plus seulement comme le fabricant du Birò, mais comme un groupe combinant conception de véhicules électriques, production industrielle et services de mobilité.
2022 : une nouvelle génération de Birò modernise le concept initial
En novembre 2022, Estrima présente à l’EICMA une version profondément renouvelée du Birò. Le véhicule conserve le principe qui a fait son identité, celui d’un quadricycle électrique extrêmement compact destiné à la ville, mais reçoit un dessin modernisé et un habitacle retravaillé.
Cette évolution est importante parce qu’elle montre qu’après plus d’une décennie d’exploitation du concept initial, Estrima ne se contente pas de maintenir le même produit. L’entreprise cherche à améliorer l’espace disponible et l’ergonomie tout en conservant un encombrement extérieur très réduit. Le renouvellement permet ainsi de prolonger la carrière du Birò sans remettre en cause son positionnement d’origine.
D’autres variantes ont existé au fil des années, notamment des versions à vocation plus utilitaire ou plus performante, mais elles n’ont pas modifié aussi profondément l’histoire de l’entreprise. Le Birò demeure le produit autour duquel l’identité d’Estrima reste structurée.
2024 : une crise financière oblige Estrima à se restructurer
Après la phase d’expansion du début des années 2020, Estrima rencontre de graves difficultés financières. Le 4 décembre 2024, l’entreprise demande l’ouverture d’une procédure italienne de Composizione Negoziata della Crisi, destinée à permettre à une société en difficulté de négocier une restructuration avec ses créanciers et ses partenaires.
Il serait incorrect de parler de faillite d’Estrima. La société poursuit son activité pendant cette période, mais elle doit trouver de nouveaux capitaux pour éviter une issue pouvant aller jusqu’à la liquidation. Au début de 2025, une solution est trouvée avec Zetronic. Une augmentation de capital réservée de 3 millions d’euros, réalisée en avril, permet à Zetronic de prendre 52 % du capital et donc le contrôle de l’entreprise.
La restructuration aboutit quelques mois plus tard. Estrima sort officiellement de la procédure négociée le 4 août 2025. La situation reste toutefois celle d’une entreprise en réorganisation plutôt que celle d’un constructeur revenu immédiatement à son niveau d’activité antérieur.
2025 : le contrôle d’Estrima évolue de nouveau après son sauvetage
La prise de contrôle par Zetronic ne dure que quelques mois sous sa forme initiale. En novembre 2025, Zetronic cède 28 points de capital à Andrea Zucchelli. Cette opération modifie à nouveau l’équilibre de l’actionnariat et fait de Zucchelli l’un des principaux actionnaires d’Estrima, tandis que Zetronic conserve une participation importante mais n’est plus majoritaire.
Cette recomposition confirme que la période ouverte par la crise de 2024 n’est pas seulement financière. Elle correspond également à une transformation de la gouvernance et de la structure de propriété de l’entreprise. Matteo Maestri, fondateur historique, demeure actionnaire, mais Estrima n’est plus organisée autour du même contrôle qu’à ses débuts.
2026 : Estrima se recentre sur un périmètre plus resserré
En 2026, Estrima poursuit la rationalisation engagée après sa restructuration. À la fin du mois de juin, la société cède l’intégralité de Sharbie, activité qui avait joué un rôle dans sa diversification vers la location et les services de mobilité partagée quelques années auparavant.
Cette vente marque un changement de cap par rapport à l’expansion de 2021. Estrima choisit désormais de simplifier son groupe et de concentrer ses ressources sur les activités considérées comme les plus stratégiques. Le Birò reste au centre de son identité, tandis que Brieda conserve une importance industrielle particulière en raison de son rôle historique dans la production et de son lien avec les origines mêmes de l’entreprise.
Estrima demeure cotée sur Euronext Growth Milan et poursuit son activité après avoir évité la liquidation. Son histoire récente est donc celle d’une relance accompagnée d’un recentrage : après avoir tenté d’élargir son modèle au-delà de la construction de petits véhicules électriques, l’entreprise cherche désormais à consolider le socle industriel et commercial qui avait fait naître le projet Birò en 2008.
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