Histoire de la marque Georges Irat

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Georges Irat est une marque automobile française née au début des années 1920 autour de son fondateur éponyme. D’abord positionnée sur des voitures soignées et relativement haut de gamme, elle connaît plusieurs transformations techniques et financières avant de se distinguer par des roadsters à traction avant. La Seconde Guerre mondiale interrompt cette dynamique, puis plusieurs tentatives de relance restent sans lendemain, jusqu’à une ultime aventure industrielle au Maroc au début des années 1950.

1921 : Georges Irat lance sa propre marque automobile à Chatou

La naissance de la marque automobile Georges Irat remonte à 1921. Georges Irat, déjà actif dans l’industrie automobile et passé par la reprise de Majola, installe son entreprise à Chatou, en région parisienne. Sa première voiture est une 2 litres à quatre cylindres conçue par Maurice Gaultier, ingénieur ayant travaillé auparavant chez Delage.

Cette première période fixe le positionnement de Georges Irat : des automobiles relativement ambitieuses, construites en petites séries et destinées à une clientèle recherchant davantage de qualité et de caractère que de grande diffusion. La marque s’inscrit ainsi dans le tissu des constructeurs français spécialisés de l’entre-deux-guerres, nombreux à miser sur la distinction technique plutôt que sur les volumes.

1926 : la marque monte en gamme avec une six cylindres

En 1926, Georges Irat élargit son offre avec une voiture équipée d’un moteur six cylindres d’environ trois litres. Ce choix accompagne une montée en gamme et confirme la volonté du constructeur de proposer des automobiles plus prestigieuses et plus performantes.

Cette orientation reste toutefois exigeante sur le plan industriel et financier. Georges Irat ne dispose pas des moyens de production des grands constructeurs français et doit préserver un équilibre délicat entre sophistication mécanique, coût de fabrication et débouchés commerciaux.

1929 : les moteurs Lycoming et le déménagement à Neuilly fragilisent l’entreprise

Un tournant important intervient en 1929, lorsque l’entreprise quitte Chatou pour Neuilly et adopte des moteurs américains Lycoming à six puis huit cylindres. Cette nouvelle étape traduit une volonté de poursuivre le développement vers des automobiles puissantes et haut de gamme.

La stratégie ne produit cependant pas les résultats espérés. Les ventes sont insuffisantes pour soutenir durablement les coûts de l’entreprise, qui entre dans une période de difficultés financières. Cette crise oblige Georges Irat à revoir profondément son modèle et prépare le changement de contrôle qui intervient quelques années plus tard.

1934 : Godefroy et Levecque réorientent Georges Irat vers la traction avant

En 1934, Godefroy et Levecque, société connue notamment pour ses moteurs Ruby, prend partiellement le contrôle de Georges Irat. L’entreprise s’installe à Levallois et abandonne progressivement la logique des grosses voitures coûteuses au profit d’un concept plus léger et plus accessible.

Cette réorientation débouche sur les petits roadsters à traction avant, qui vont définir la seconde grande identité de la marque. Le modèle 6 CV à moteur Ruby, lancé au milieu des années 1930, rencontre un succès nettement plus convaincant que les grandes voitures de la période précédente. Pour Georges Irat, il s’agit d’un véritable redressement : la marque retrouve un produit cohérent avec ses moyens et un positionnement original sur le marché français.

1938 : l’OLC3 devient le modèle le plus abouti de l’avant-guerre

En 1938, Georges Irat fait évoluer sa formule avec l’OLC3, également connue comme 11 CV. Cette voiture conserve la traction avant mais reçoit un moteur de 1 911 cm³ provenant de Citroën, ainsi qu’une suspension indépendante aux quatre roues.

L’OLC3 représente l’un des sommets techniques de l’histoire de la marque. Elle illustre la capacité de Georges Irat à associer une architecture moderne à une automobile légère et sportive, sans chercher à revenir aux grosses cylindrées du début de la décennie. Sa carrière reste toutefois courte : la guerre interrompt la production alors que le modèle n’a été fabriqué qu’en nombre limité.

1941 : la pénurie de carburant conduit Georges Irat vers l’électrique

Pendant l’Occupation, les restrictions de carburant bouleversent l’ensemble de l’industrie automobile française. En 1941, Georges Irat développe une petite voiture électrique destinée à répondre à cette nouvelle réalité. Elle est produite en quantités réduites et ne constitue pas une véritable relance industrielle, mais elle montre la capacité de l’entreprise à adapter sa technologie aux contraintes du moment.

À partir de 1942, les possibilités de production automobile civile deviennent extrêmement limitées. La guerre met ainsi un terme à la période la plus structurée de Georges Irat en tant que constructeur de voitures de tourisme.

1946 : plusieurs prototypes tentent de relancer la marque après-guerre

À la Libération, Georges Irat cherche à revenir sur le marché. Dès 1946, puis au cours des Salons de Paris suivants, plusieurs prototypes sont présentés. Certains explorent des solutions de construction légère et témoignent d’une volonté de repartir sur des bases modernes plutôt que de reproduire les modèles d’avant-guerre.

Ces projets ne débouchent cependant pas sur une production en série. Dans un marché français profondément restructuré, où les grands constructeurs disposent de moyens industriels sans commune mesure avec ceux d’une petite marque indépendante, Georges Irat ne parvient pas à retrouver une activité automobile durable.

1950 : la Voiture du Bled prolonge l’aventure au Maroc

La dernière étape de l’histoire industrielle de Georges Irat commence en 1950 au Maroc, avec la Société Chérifienne George Irat. Le projet le plus marquant de cette période est la VdB, pour « Voiture du Bled », un petit véhicule conçu pour un usage polyvalent et équipé d’une mécanique Panhard.

Seuls quelques exemplaires sont construits. Cette tentative ne suffit pas à recréer une production viable et l’activité cesse en 1953. Georges Irat disparaît alors comme constructeur automobile. La marque reste aujourd’hui associée à une trajectoire singulière de l’automobile française, passée des voitures haut de gamme des années 1920 aux roadsters à traction avant des années 1930, avant des essais de relance rendus impossibles à pérenniser après la guerre.