Histoire de la marque Giocattolo

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Giocattolo est une marque automobile australienne née dans la seconde moitié des années 1980 autour d’un projet aussi ambitieux qu’atypique : transformer une compacte italienne en véritable voiture de sport à moteur central conçue et assemblée en Australie. Portée par l’entrepreneur Paul Halstead et l’ingénieur Barry Lock, elle s’est fait connaître grâce au Giocattolo Group B, produit en très petite série avant que les difficultés financières ne mettent brutalement fin à l’aventure en 1989. Plusieurs décennies plus tard, Halstead a tenté de faire renaître le nom avec un projet d’hypercar, sans parvenir à rétablir une production automobile régulière.

1984 : Paul Halstead prépare le terrain autour des voitures de prestige

L’origine de Giocattolo se trouve dans le parcours de Paul Halstead, entrepreneur australien ayant fait fortune dans le secteur informatique. Passionné d’automobiles sportives, il reprend en 1984 la distribution australienne de De Tomaso et ouvre à North Sydney un établissement consacré aux voitures exotiques, The Toy Shop.

Cette activité lui permet de se rapprocher du monde des constructeurs spécialisés et de rencontrer Barry Lock, ingénieur passé notamment par McLaren. Leur collaboration fait rapidement émerger une idée plus ambitieuse que la simple distribution de voitures étrangères : concevoir en Australie une sportive à moteur central capable de rivaliser, dans son principe et ses performances, avec des modèles européens beaucoup plus coûteux.

1986 : Giocattolo Motori naît autour d’une Alfa Romeo profondément transformée

En 1986, Halstead et Lock lancent le projet qui donnera naissance à Giocattolo Motori. Plutôt que de développer immédiatement une automobile entièrement nouvelle, ils choisissent comme point de départ l’Alfa Romeo Sprint, une voiture à moteur avant qui doit être profondément remaniée pour adopter une architecture à moteur central arrière.

Les premiers prototypes reçoivent un V6 Alfa Romeo installé derrière l’habitacle. Barry Lock conçoit notamment un nouveau berceau arrière afin d’intégrer le groupe motopropulseur et de transformer le comportement de la voiture. Le projet fait également appel à des matériaux légers comme le Kevlar et la fibre de carbone, une démarche ambitieuse pour une structure australienne disposant de moyens limités.

À ce stade, Giocattolo n’est donc pas un simple préparateur ajoutant de la puissance à un modèle existant. La Sprint sert de base à une reconstruction technique majeure qui modifie son architecture, sa structure et sa vocation. Cette approche permet à la jeune entreprise de réduire une partie des coûts de développement tout en visant le marché très restreint des voitures de sport à hautes performances.

1987 : le passage au V8 australien redéfinit le projet

Le concept initial reposant sur le V6 Alfa Romeo se heurte rapidement à des difficultés pratiques. L’approvisionnement en voitures et en composants italiens s’avère coûteux pour une entreprise produisant à une échelle minuscule. Giocattolo doit alors revoir un élément essentiel de sa voiture : sa motorisation.

Le V6 italien est abandonné au profit d’un V8 de 5,0 litres d’origine Holden, dans une spécification liée au programme Group A de HSV. Installé en position centrale, ce moteur donne au projet son identité définitive. Il offre à Giocattolo une mécanique plus accessible en Australie tout en augmentant nettement les performances recherchées.

Ce changement marque un tournant dans l’histoire de la marque. La future voiture conserve sa carrosserie issue de l’Alfa Romeo Sprint, mais son cœur mécanique devient australien. Le résultat est un modèle hybride dans ses origines industrielles, associant une base italienne à une transformation technique réalisée localement et à un V8 issu de l’industrie automobile australienne.

1988 : le Giocattolo Group B entre en production à Caloundra

La production du Giocattolo Group B débute véritablement en 1988 à Caloundra, dans le Queensland. Le modèle devient l’unique automobile produite en série, même très limitée, sous le nom Giocattolo. Malgré son apparence encore liée à l’Alfa Romeo Sprint, il s’agit alors d’une machine profondément différente, avec moteur central, structure retravaillée et composants adaptés à des performances nettement supérieures.

Le nom « Group B » renforce l’image spectaculaire de la voiture, mais son importance historique tient surtout à sa rareté et à son origine. Giocattolo compte parmi les tentatives les plus audacieuses de l’industrie australienne des années 1980 pour produire localement une voiture de sport à moteur central en dehors des grands constructeurs établis.

Le projet bénéficie également d’une forte exposition médiatique, notamment avec la participation du champion du monde de Formule 1 Alan Jones à sa promotion. Cette visibilité donne à la petite marque une notoriété sans rapport avec la taille réelle de sa production. Elle ne suffit toutefois pas à résoudre son principal problème : le coût de fabrication.

Le prix de vente finit par se situer autour de 90 000 dollars australiens, bien au-dessus des ambitions initiales. Les sources historiques les plus solides font état de 15 voitures construites au total, dont trois prototypes. Ce volume extrêmement faible illustre à la fois l’exclusivité du Group B et l’impossibilité pour Giocattolo d’atteindre rapidement une échelle industrielle viable.

1989 : les coûts de production provoquent l’arrêt de Giocattolo

La sophistication du Group B devient finalement l’une des causes de la chute de l’entreprise. Giocattolo doit acheter des Alfa Romeo Sprint complètes avant de les transformer, importer des éléments coûteux comme la transmission ZF et supporter les dépenses de développement d’une automobile produite presque artisanalement. Avec si peu d’exemplaires à répartir entre ces coûts, l’équilibre financier reste hors de portée.

En 1989, les problèmes de trésorerie deviennent critiques. Après des échéances impayées, la Queensland Industry Development Commission prend possession de l’usine de Caloundra le 6 juillet 1989. La production s’arrête et Giocattolo Motori cesse son activité industrielle, seulement quelques années après le lancement du projet.

Il n’y a ni rachat industriel majeur ni reprise immédiate permettant au Group B de poursuivre sa carrière. La marque entre alors dans une longue période d’inactivité. Sa réputation repose dès lors presque entièrement sur les quelques voitures survivantes et sur le caractère exceptionnel de cette tentative australienne de créer une supercar artisanale à moteur central.

2020 : la Marcella tente de faire renaître le nom Giocattolo

Plus de trente ans après la disparition de Giocattolo Motori, Paul Halstead remet le nom sur le devant de la scène avec un projet radicalement différent. Présentée publiquement en 2020, la Giocattolo Marcella doit prendre la forme d’une hypercar à trois places reposant sur une mécanique hors normes, avec un ensemble W16 conçu à partir de deux V8 LS7.

Cette initiative montre que Halstead n’avait pas abandonné l’idée de faire de Giocattolo une marque de voitures très hautes performances. Elle ne débouche cependant pas sur une nouvelle production en série comparable, même à petite échelle, à celle du Group B. La Marcella reste connue comme un projet de renaissance plutôt que comme le point de départ d’une seconde vie industrielle.

Paul Halstead est décédé en février 2026. À cette date, aucune reprise durable de la fabrication automobile sous la marque Giocattolo n’est établie. Son histoire reste donc celle d’un constructeur né en Australie, actif brièvement à la fin des années 1980, puis revenu ponctuellement sous la forme d’un projet d’hypercar sans relance commerciale confirmée.