
Goliath est une marque automobile allemande née à Brême à la fin des années 1920 autour de Carl F. W. Borgward et Wilhelm Tecklenborg. D’abord spécialisée dans de petits véhicules utilitaires économiques, elle s’est ensuite tournée vers l’automobile particulière et s’est distinguée après la Seconde Guerre mondiale par plusieurs choix techniques audacieux, dont l’adoption très précoce de l’injection directe d’essence. Étroitement liée au groupe Borgward, son histoire s’achève avec la crise financière qui emporte celui-ci en 1961.
1928 : Goliath-Werke prend forme à Brême
La création de Goliath-Werke Borgward & Co. en 1928 formalise une activité déjà engagée quelques années auparavant par Carl F. W. Borgward et Wilhelm Tecklenborg. Borgward avait notamment développé dès le milieu des années 1920 de petits véhicules de transport motorisés conçus pour offrir une solution simple et abordable aux professionnels. Le nom Goliath est rapidement associé à ces utilitaires compacts, souvent à trois roues.
Cette orientation définit le premier visage de la marque. Goliath ne naît pas comme constructeur de voitures de prestige, mais comme spécialiste de véhicules légers, rationnels et adaptés à une Allemagne où le coût d’achat et d’utilisation constitue un critère essentiel. Cette expérience des petits utilitaires fournira la base technique et industrielle de son développement automobile.
1931 : le Pionier fait entrer Goliath dans l’automobile particulière
Avec le Goliath Pionier, lancé en 1931, la marque élargit son activité au transport individuel. Cette petite automobile à trois roues transpose au marché des particuliers les principes qui avaient fait le succès de ses utilitaires : faible encombrement, mécanique simple et recherche d’un prix accessible.
Le Pionier marque ainsi une évolution importante. Goliath ne se limite plus aux besoins professionnels et tente de répondre à la demande d’une clientèle qui souhaite accéder à la motorisation sans supporter le coût d’une automobile conventionnelle. Cette spécialisation dans les véhicules légers restera longtemps associée à son image.
1944 : les bombardements interrompent brutalement le développement industriel
La Seconde Guerre mondiale bouleverse l’activité de l’entreprise. En 1944, les installations automobiles du groupe à Brême sont gravement touchées par les bombardements. La destruction d’une partie de l’outil industriel met fin à la continuité de production et oblige Goliath, comme l’ensemble des sociétés de Borgward, à reconstruire une grande partie de son activité après le conflit.
Cette rupture explique l’importance de la période qui suit. La marque doit repartir dans un pays aux infrastructures endommagées, mais où les besoins en moyens de transport simples et économiques sont considérables.
1949 : le GD 750 devient le pilier de la reconstruction
Goliath reprend véritablement son essor en 1949 avec le GD 750. Cet utilitaire à trois roues correspond parfaitement aux besoins de l’Allemagne de l’après-guerre : il est compact, économique et capable d’assurer les transports quotidiens des artisans et petites entreprises. Plus de 30 000 exemplaires seront produits, ce qui en fait l’un des modèles structurants du redémarrage de la marque.
Le GD 750 permet surtout à Goliath de retrouver une activité industrielle significative avant de revenir plus ambitieusement sur le marché de la voiture particulière. Il constitue donc moins une simple survivance des productions d’avant-guerre qu’une étape décisive dans la reconstruction de l’entreprise.
1950 : la GP 700 replace Goliath sur le marché des voitures particulières
Dès 1950, la GP 700 ouvre une nouvelle phase. Avec cette automobile à quatre roues, Goliath cherche à s’éloigner progressivement de son image de constructeur essentiellement spécialisé dans les trois-roues utilitaires. Le modèle devient la principale voiture particulière de la marque au début des années 1950.
La GP 700 reste fidèle à une architecture légère et à une mécanique deux-temps, mais elle traduit une ambition nouvelle : installer durablement Goliath sur le marché automobile généraliste. Cette orientation prépare également l’une des innovations techniques les plus remarquées de son histoire.
1952 : l’injection directe place Goliath parmi les pionniers techniques
En 1952, certaines GP 700 reçoivent une injection directe d’essence Bosch. Cette technologie constitue alors une première mondiale sur une voiture de série, distinction partagée avec la Gutbrod Superior 600. Il serait donc inexact de présenter Goliath comme l’unique constructeur à avoir inauguré ce procédé.
L’événement reste néanmoins majeur dans son histoire. À une époque où les carburateurs dominent très largement l’automobile, Goliath participe à l’introduction en série d’une solution qui deviendra, plusieurs décennies plus tard, courante sur les moteurs à essence. Cette innovation donne à la marque une dimension technique qui dépasse largement son positionnement initial de constructeur de véhicules économiques.
1957 : la Goliath 1100 abandonne le deux-temps
La Goliath 1100, lancée en 1957, représente une nouvelle tentative de montée en gamme et de normalisation technique. Elle adopte un moteur quatre cylindres à quatre temps, rompant avec les mécaniques deux-temps qui avaient longtemps caractérisé les voitures de la marque. Ce changement répond à l’évolution du marché allemand, où les automobilistes deviennent plus exigeants en matière d’agrément et d’image.
Cette évolution s’accompagne rapidement d’un changement de dénomination. À partir de la fin des années 1950, la 1100 est progressivement commercialisée sous le nom Hansa 1100. Le groupe cherche ainsi à prendre ses distances avec une appellation Goliath encore fortement associée aux petits trois-roues et aux moteurs deux-temps. La marque commence dès lors à perdre son identité propre au sein de l’ensemble industriel de Borgward.
1961 : la faillite du groupe Borgward met fin à Goliath
En 1961, les difficultés financières du groupe Borgward provoquent l’arrêt de ses différentes activités automobiles. Goliath est entraînée dans cette crise et déclarée en faillite avec les autres sociétés du groupe. La disparition intervient alors même que la marque avait entrepris de moderniser son offre et de se repositionner avec des voitures quatre-temps plus conventionnelles.
Goliath ne sera pas relancée comme marque automobile active. Son histoire reste donc concentrée sur un peu plus de trois décennies, depuis les petits véhicules économiques de Brême jusqu’aux voitures particulières techniquement ambitieuses des années 1950. Elle demeure notamment associée au Pionier, au GD 750, à la GP 700 et à son rôle précoce dans le développement de l’injection directe d’essence de série.
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