Histoire de la marque Keinath

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Keinath est une marque automobile allemande à l’histoire courte mais singulière, issue d’une entreprise familiale du Bade-Wurtemberg avant de devenir un constructeur artisanal de voitures de sport. Son évolution est étroitement liée à Horst Keinath, qui transforma progressivement un savoir-faire de concessionnaire et de carrossier en une activité de création automobile indépendante. Des cabriolets dérivés de modèles Opel au GT/R puis au projet GT/C développé avec EDAG, Keinath resta toujours un constructeur de très petite série, avant que son activité automobile ne s’arrête au début des années 2000.

1935 : Paul Keinath pose les bases de l’entreprise familiale

L’origine de Keinath remonte à 1935, lorsque Paul Keinath ouvre à Dettingen an der Erms, dans le Bade-Wurtemberg, une station-service accompagnée d’un atelier automobile. L’entreprise n’est alors pas un constructeur. Elle se développe dans les métiers traditionnels de l’automobile et devient notamment concessionnaire pour Opel et General Motors.

Cette première activité est essentielle pour comprendre la suite. La famille Keinath acquiert une connaissance approfondie des véhicules Opel, de leur mécanique et de leur carrosserie. Ce socle technique permettra plusieurs décennies plus tard de passer de la vente et de l’entretien à la transformation de véhicules, puis à la conception de voitures portant réellement le nom Keinath.

1968 : la deuxième génération prépare l’évolution vers la carrosserie spéciale

En 1968, les fils de Paul Keinath, Walter, Heinz et Horst, reprennent la direction de l’entreprise familiale. Celle-ci atteint une dimension importante pour une société régionale, avec plus d’une centaine de salariés à son apogée. Horst Keinath se distingue progressivement par son intérêt pour les transformations de carrosserie et les projets automobiles sortant du cadre de l’activité de concessionnaire.

Cette orientation marque le véritable prélude à la naissance de Keinath comme nom de constructeur. Plutôt que de produire immédiatement une voiture entièrement nouvelle, l’entreprise s’appuie d’abord sur des modèles existants, en particulier ceux d’Opel, pour développer des variantes que le constructeur de série ne propose pas lui-même.

1983 : le Keinath C3 fait entrer le nom Keinath dans la construction automobile

En 1983 est créée la Keinath Cabrio-Bau GbR à Dettingen. Son premier projet majeur consiste à transformer l’Opel Ascona C en cabriolet. Après plusieurs mois de développement, le modèle commercialisé sous le nom de Keinath C3 devient la réalisation fondatrice de cette nouvelle activité.

Le C3 ne fait pas encore de Keinath un constructeur entièrement indépendant au sens classique, puisque sa base technique reste celle d’une automobile produite en grande série. Il constitue néanmoins un changement décisif : Keinath ne se contente plus de distribuer ou d’entretenir des voitures, mais réalise des carrosseries spécifiques et commercialise ses propres transformations en petite série.

Dans les années qui suivent, cette spécialisation s’étend à des automobiles plus haut de gamme. Keinath réalise notamment un cabriolet dérivé de l’Opel Monza, connu sous le nom de C5, ainsi que diverses transformations de Senator et de modèles de Bitter. Ces projets consolident sa réputation de carrossier artisanal spécialisé dans les découvrables rares.

1993 : Horst Keinath devient constructeur indépendant à Reutlingen

Un nouveau tournant intervient en 1993 lorsque Horst Keinath quitte l’entreprise familiale et poursuit son activité à Reutlingen. Cette date est généralement retenue comme celle de la création de Keinath Automobilbau au sens strict. Elle ne doit donc pas être confondue avec les origines familiales de 1935 ni avec le lancement de Keinath Cabrio-Bau dix ans plus tôt.

L’ambition change alors de nature. Horst Keinath ne veut plus seulement transformer des automobiles existantes en cabriolets : il souhaite développer une voiture de sport propre, même si certains composants mécaniques continuent d’être issus de la banque d’organes Opel. Cette démarche rapproche Keinath des petits constructeurs allemands spécialisés dans les automobiles sportives artisanales plutôt que des carrossiers transformant des véhicules de série.

1996 : le GT/R donne à Keinath sa propre voiture de sport

Au milieu des années 1990 apparaît le Keinath GT/R, parfois écrit GTR. Présenté à partir de 1996 puis produit en très petite série, il constitue le modèle le plus représentatif de la période où Keinath agit comme véritable constructeur. Son dessin évoque l’ancienne Opel GT, mais la voiture est profondément remaniée et reçoit notamment une carrosserie en matériau composite ainsi que des mécaniques d’origine Opel.

Le GT/R se distingue surtout par son architecture de sportive découvrable dotée d’un toit rigide escamotable, solution ambitieuse pour une entreprise disposant de moyens aussi réduits. Sa fabrication reste artisanale et les chiffres de production publiés varient selon les sources, ce qui invite à éviter un total trop précis. L’essentiel tient à son rôle historique : avec cette voiture, Keinath passe définitivement du statut de transformateur à celui de constructeur de sportives de niche.

2000 : un GT/R à moteur V8 pousse le concept vers le haut de gamme

En 2000, Keinath présente au Salon de Genève une évolution particulièrement ambitieuse du GT/R équipée d’un moteur V8 de 5,7 litres. Cette version traduit la volonté de Horst Keinath de faire évoluer sa petite entreprise vers des sportives plus puissantes et plus exclusives.

Le projet reste toutefois confronté aux limites structurelles d’un constructeur artisanal : développement coûteux, très faibles volumes et absence des moyens industriels nécessaires pour rivaliser avec des marques établies. Keinath cherche donc une nouvelle voie pour renouveler son modèle et professionnaliser sa conception.

2001 : le GT/C développé avec EDAG ouvre le dernier chapitre

En 2001, Keinath franchit une nouvelle étape en collaborant avec la société allemande EDAG Engineering + Design sur le GT/C. Contrairement au GT/R, encore fortement marqué par les références stylistiques à l’Opel GT, ce nouveau projet adopte une identité beaucoup plus contemporaine. EDAG intervient dans le design et la réalisation des prototypes roulants.

Le coupé est présenté à Genève en 2001, puis une déclinaison cabriolet apparaît en 2002. Le GT/C devait donner un nouveau départ à Keinath, mais le projet ne débouche pas sur une véritable production en série. Seuls des prototypes sont réalisés, ce qui montre à quel point le passage d’un constructeur artisanal à une entreprise capable d’industrialiser un nouveau modèle restait difficile.

L’activité automobile de Keinath cesse vers 2003, après une période marquée par des volumes extrêmement limités et par les difficultés financières de l’entreprise de Horst Keinath, finalement signalée en insolvabilité. Aucun rachat ni relance durable de la marque comme constructeur automobile n’est documenté par la suite. Keinath appartient donc aujourd’hui à l’histoire des petits constructeurs allemands disparus, principalement associé à ses cabriolets artisanaux des années 1980, au GT/R et au dernier projet GT/C.