Histoire de la marque Mors

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Mors est l’un des constructeurs français qui ont participé aux débuts de l’automobile à la fin du XIXe siècle. Née à Paris autour des frères Louis et Émile Mors, issus d’une entreprise familiale active dans l’électricité, la télégraphie et la signalisation ferroviaire, la marque s’oriente vers l’automobile en 1895. Elle se fait rapidement connaître par ses choix techniques et surtout par la compétition, avant de connaître des difficultés financières puis un redressement conduit par André Citroën. Son histoire automobile s’achève finalement en 1925, lorsque ses activités sont définitivement intégrées à Citroën.

1895 : Louis et Émile Mors se lancent dans la construction automobile

Avant de produire des voitures, la famille Mors évolue dans un univers industriel très différent de celui de l’automobile moderne. Son entreprise travaille notamment dans l’électricité, la télégraphie et les équipements de signalisation ferroviaire. Ce savoir-faire technique constitue un environnement favorable au développement de nouvelles machines mécaniques au moment où l’automobile commence à émerger en France.

En 1895, Louis et Émile Mors lancent à Paris la Société d’Électricité et d’Automobiles Mors et présentent leurs premières réalisations automobiles. Henri Brasier participe également aux travaux techniques de cette période. L’une des premières voitures Mors se distingue notamment par l’emploi d’un moteur à cylindres disposés en V, une architecture encore peu courante à cette époque. Dès ses débuts, le constructeur cherche ainsi à se positionner sur un terrain où l’expérimentation mécanique joue un rôle aussi important que la production elle-même.

1901 : les grandes courses routières installent Mors parmi les constructeurs de premier plan

À la charnière des XIXe et XXe siècles, la compétition constitue un moyen essentiel de démontrer la vitesse, la robustesse et la fiabilité des automobiles. Mors s’engage fortement dans ces épreuves et devient l’un des principaux adversaires de Panhard, alors référence majeure de l’industrie française.

La saison 1901 marque particulièrement cette ascension. Henri Fournier remporte pour Mors les courses Paris-Bordeaux puis Paris-Berlin. Ces succès donnent au constructeur une visibilité considérable et associent son nom aux voitures rapides capables de soutenir des parcours particulièrement éprouvants. La compétition n’est donc pas un simple outil publicitaire pour Mors : elle participe directement à la réputation technique de la marque et à son statut parmi les pionniers de l’automobile française.

1902 : Mors utilise la compétition pour faire progresser la technique

L’engagement sportif s’accompagne d’un véritable travail d’innovation. En 1902, Mors dépose notamment un brevet relatif à un amortisseur hydraulique et utilise ce principe sur ses voitures de course. Sur les routes très irrégulières du début du siècle, la maîtrise des mouvements de suspension représente un enjeu majeur, aussi bien pour la tenue de route que pour la capacité du pilote à maintenir une allure élevée.

Les puissantes Mors de compétition de cette période, dont les voitures généralement associées au Type L, illustrent cette volonté de faire de la course un laboratoire technique. La marque ne se contente plus de rechercher la puissance : elle travaille également sur le comportement du châssis et sur la capacité de la voiture à exploiter ses performances dans des conditions réelles.

1903 : Paris-Madrid marque l’apogée sportive de Mors

En 1903, Mors confirme encore sa place au premier rang de la compétition automobile avec la course Paris-Madrid. Fernand Gabriel, au volant d’une Mors, atteint Bordeaux en tête lorsque l’épreuve est interrompue. La course, devenue extrêmement dangereuse en raison des vitesses atteintes, des accidents et de la présence du public le long des routes, n’ira pas jusqu’à Madrid.

Cet épisode reste l’un des résultats les plus marquants de Mors en compétition. Les voitures de la marque témoignent alors d’une recherche poussée de performances et d’aérodynamisme, comme l’illustre notamment la Mors surnommée « Dauphin », dotée d’une carrosserie profilée inhabituelle pour son époque. Après cette période, la compétition routière évolue rapidement et Mors ne conservera plus longtemps la même position dominante.

1908 : André Citroën prend en main le redressement de l’entreprise

Malgré sa réputation sportive, Mors rencontre des difficultés économiques au cours des années 1900. La notoriété acquise dans les grandes épreuves ne suffit pas à garantir la solidité industrielle du constructeur. En 1908, l’entreprise fait appel à André Citroën pour participer à sa réorganisation.

Son arrivée constitue un tournant majeur. Citroën travaille à rationaliser la production et à améliorer le fonctionnement de l’entreprise. Les résultats sont sensibles : alors que Mors avait produit environ 120 voitures en 1907, sa production annuelle atteint 647 exemplaires en 1910. Ce redressement montre le passage progressif d’une logique de constructeur pionnier, fortement associé à l’expérimentation et à la course, vers une organisation industrielle plus structurée.

L’expérience acquise chez Mors joue également un rôle important dans le parcours d’André Citroën, qui développera ensuite son propre constructeur automobile, Citroën.

1919 : Mors entre progressivement dans l’orbite de Citroën

La Première Guerre mondiale bouleverse l’industrie française et modifie profondément la trajectoire de nombreuses entreprises automobiles. Après le conflit, les liens entre Mors et André Citroën se resserrent jusqu’à placer progressivement le constructeur sous le contrôle de la nouvelle entreprise automobile de ce dernier.

La chronologie exacte de cette absorption mérite toutefois d’être nuancée. Certaines sources situent l’intégration de Mors à Citroën dès 1919, tandis que la production de voitures portant la marque Mors se poursuit encore pendant plusieurs années. Il est donc plus juste de considérer cette période comme une intégration progressive plutôt que comme une disparition immédiate. L’entreprise perd peu à peu son autonomie tandis que Citroën développe parallèlement une production automobile beaucoup plus importante.

1925 : la dernière automobile Mors met fin à trente ans de production

En 1925, la production automobile Mors prend définitivement fin. La 12/16 HP Sport est généralement présentée comme le dernier modèle construit sous la marque. Les installations utilisées par Mors sont alors réaffectées aux activités de Citroën, notamment à ses services d’études.

Cette disparition clôt environ trois décennies d’histoire automobile commencées au temps des pionniers. Mors n’existe plus aujourd’hui comme constructeur de voitures. Son parcours reste cependant représentatif d’une période où l’industrie automobile française se construisait à travers l’innovation mécanique, les grandes courses sur route et la transformation progressive de petits constructeurs expérimentaux en entreprises industrielles. Pour Mors, cette évolution s’est terminée par son absorption dans l’organisation Citroën et l’arrêt définitif de ses automobiles en 1925.