
Reliant naît en 1935 à Tamworth, dans le Staffordshire, avec une idée simple : produire des véhicules à trois roues légers, économiques et adaptés aux besoins d’une clientèle qui ne peut pas toujours accéder à une automobile classique. Fondée par Tom Lawrence Williams avec E.S. « Tommo » Thompson, l’entreprise passe progressivement du petit utilitaire à la voiture particulière, puis se distingue par l’emploi de la fibre de verre, ses modèles sportifs Scimitar et son travail d’ingénierie pour d’autres constructeurs. Longtemps associée aux trois-roues Regal puis Robin, Reliant connaît son apogée dans les années 1960 et 1970 avant d’entrer dans une succession de restructurations, de changements de propriétaires et de difficultés financières qui conduisent à l’arrêt de sa production automobile au début du XXIe siècle.
1935 : Tom Lawrence Williams et E.S. Thompson fondent Reliant à Tamworth
L’origine de Reliant se trouve dans l’activité automobile de Raleigh. Tom Lawrence Williams avait participé au développement des trois-roues Raleigh avant que l’entreprise ne décide de délaisser cette activité pour se recentrer sur les bicyclettes. Williams quitte alors la société et s’associe avec E.S. Thompson pour poursuivre le concept sous une nouvelle forme. À la fin de 1934, les deux hommes commencent à travailler dans des locaux modestes à Kettlebrook, près de Tamworth. Leur prototype est homologué au début de 1935 et la Reliant Engineering Company (Tamworth) Ltd est créée la même année.
Les premiers Reliant sont des petits fourgons à trois roues destinés avant tout à un usage professionnel. Leur intérêt repose sur un coût d’achat et d’utilisation réduit, ainsi que sur une architecture suffisamment simple pour convenir aux artisans et petits commerçants. Reliant achète d’abord ses moteurs à l’extérieur, puis utilise à partir de la fin des années 1930 une mécanique dérivée de l’Austin Seven. Lorsque l’approvisionnement cesse, l’entreprise développe son propre moteur sur cette base. Cette évolution est importante : Reliant commence à acquérir une véritable autonomie industrielle au lieu de rester un simple assembleur de composants fournis par d’autres sociétés.
La Seconde Guerre mondiale interrompt la progression normale de la production automobile. Comme de nombreuses entreprises britanniques, Reliant participe alors à l’effort industriel de guerre. La fabrication de véhicules reprend après le conflit, en 1946, avec un savoir-faire technique plus solide et une implantation désormais durable à Tamworth.
1952 : le Regal fait entrer Reliant sur le marché de la voiture particulière
Jusqu’au début des années 1950, Reliant reste surtout associé au transport utilitaire léger. Le changement intervient avec le Regal, présenté en 1952 avant sa commercialisation au début de la décennie. Ce trois-roues est conçu comme une véritable voiture particulière et permet à la marque d’élargir considérablement son public. Reliant ne cherche plus seulement à offrir un outil de travail économique, mais aussi un moyen de transport familial accessible.
Le Regal accompagne également une transformation déterminante de la méthode de fabrication. Les premières versions utilisent encore une structure traditionnelle associant notamment bois et aluminium, mais Reliant introduit progressivement des éléments en matière plastique renforcée de fibres de verre. En 1956, le Regal Mk III reçoit une carrosserie entièrement réalisée selon ce procédé. La fibre de verre devient alors l’une des caractéristiques industrielles les plus importantes de Reliant.
Pour un petit constructeur, ce matériau offre un avantage majeur : il permet de fabriquer des carrosseries en séries relativement modestes sans investir dans les énormes presses nécessaires à la production de panneaux en acier. Cette compétence va ensuite permettre à Reliant de concevoir des voitures plus originales, de travailler pour des partenaires étrangers et de se lancer dans des modèles sportifs qui auraient été beaucoup plus coûteux à industrialiser selon les méthodes des grands constructeurs.
1962 : un changement de contrôle ouvre une période d’expansion
Au début des années 1960, Tom Lawrence Williams est déjà âgé et Reliant entre dans une nouvelle phase. En 1962, il cède ses intérêts à l’homme d’affaires Julian Hodge. La société change alors d’échelle sous l’impulsion de dirigeants comme Ray Wiggin, qui encourage une stratégie plus ambitieuse fondée sur l’innovation, la diversification et les contrats d’ingénierie.
Reliant développe notamment son propre quatre-cylindres léger en aluminium. Plus que la recherche d’un record technique, ce moteur symbolise l’autonomie croissante du constructeur : la marque maîtrise désormais plusieurs éléments fondamentaux de ses véhicules et peut adapter plus facilement sa mécanique à des projets différents.
Cette compétence attire aussi des partenaires étrangers. Reliant participe à des programmes automobiles en Israël et travaille sur des véhicules dont certains donnent naissance à la Sabra puis à la Sabre vendue au Royaume-Uni. En Turquie, l’entreprise participe ensuite au développement de l’Anadol pour Otosan. Ces contrats montrent que Reliant est devenue autre chose qu’un fabricant britannique de trois-roues : elle dispose désormais d’un bureau d’études et d’une expertise dans les carrosseries composites susceptibles d’être vendus à l’international.
1964 : la Scimitar installe Reliant sur le marché des voitures sportives
La diversification devient particulièrement visible en 1964 avec l’arrivée de la Scimitar GT. En lançant un coupé sportif à quatre roues, Reliant rompt avec l’image exclusivement utilitaire et économique qui accompagne encore largement ses trois-roues. La Scimitar démontre que la maîtrise de la fibre de verre peut aussi servir à produire des voitures plus ambitieuses et à faible diffusion.
La transformation la plus importante intervient en 1968 avec la Scimitar GTE. Sa carrosserie associe les proportions d’une voiture sportive à un vaste hayon arrière, dans une formule qui sera souvent décrite comme celle d’un shooting brake. Sans qu’il soit nécessaire de lui attribuer un titre absolu de « première » voiture de ce type, la GTE constitue une proposition particulièrement originale pour son époque. Elle devient l’un des modèles les plus représentatifs du savoir-faire de Reliant et contribue durablement à faire connaître la marque au-delà de ses véhicules à trois roues.
Cette période confirme la stratégie suivie par Reliant : profiter de structures industrielles plus légères que celles des grands groupes pour occuper des niches très différentes. La même entreprise peut ainsi produire des trois-roues populaires, concevoir des voitures sportives et fournir une expertise technique à des industriels étrangers.
1969 : le rachat de Bond accompagne l’apogée du groupe Reliant
En février 1969, Reliant rachète Bond Cars. Cette acquisition élargit le groupe et débouche notamment sur le Bond Bug, lancé en 1970. Dessiné avec l’aide d’Ogle Design, ce petit trois-roues à la silhouette très anguleuse cherche à donner une image plus jeune et plus originale à une catégorie de véhicules généralement choisie pour des raisons économiques. Ses volumes restent limités, mais il montre jusqu’où Reliant tente alors de diversifier son approche du trois-roues.
Le tournant le plus important pour l’activité principale intervient en 1973 lorsque le Robin remplace le Regal. Sa carrosserie en fibre de verre, son poids contenu et sa configuration à trois roues reprennent les principes qui ont fait le succès de Reliant tout en les adaptant aux années 1970. Le Robin devient progressivement le modèle le plus étroitement associé au nom de la marque.
Reliant ne renonce pourtant pas aux quatre-roues. Le Kitten, lancé en 1975, utilise une partie du savoir-faire et des composants développés pour les modèles légers de l’entreprise dans une petite automobile conventionnelle. Au milieu de cette décennie, le constructeur atteint son maximum industriel, avec plusieurs milliers de salariés répartis sur différents sites et une gamme couvrant des marchés très différents. Cette expansion marque le sommet d’un modèle économique fondé sur la petite série, la fibre de verre et la capacité à multiplier les projets sans disposer des moyens d’un grand groupe automobile.
1977 : le changement de propriétaire amorce une stratégie plus défensive
L’équilibre se fragilise en 1977. Après le rachat du groupe Hodge par Standard Chartered, la participation de contrôle dans Reliant est cédée à John Nash. La nouvelle période s’accompagne d’importantes réductions d’effectifs et d’une diminution des dépenses consacrées au développement et au marketing. Ray Wiggin quitte également l’entreprise. Ce changement de direction constitue une rupture avec l’expansion observée pendant les années précédentes.
Dans les années 1980, Reliant doit affronter l’érosion progressive de plusieurs marchés qui avaient assuré sa prospérité. Le Rialto succède au Robin en 1981 afin de moderniser l’offre de trois-roues, mais la demande n’a plus la dynamique connue auparavant. Parallèlement, la marque tente de relancer son activité sportive avec la Scimitar SS1 en 1984. La voiture représente un véritable effort de renouvellement, mais ses ventes restent nettement inférieures aux ambitions du constructeur et ne permettent pas de retrouver le succès des Scimitar précédentes.
Reliant continue donc à rechercher des activités complémentaires, notamment par la sous-traitance et la fabrication de carrosseries, tandis que le nom Robin revient à la fin de la décennie. L’entreprise conserve une capacité de conception originale, mais elle ne dispose plus de la puissance commerciale ni des volumes qui avaient soutenu son expansion.
1990 : l’administration judiciaire ouvre une décennie de sauvetages
La fin des années 1980 marque une nouvelle étape dans l’instabilité de l’entreprise. Après la vente de Reliant par John Nash, les propriétaires Carl Turpin et Chris Johnson associent le constructeur à différentes opérations immobilières et financières. La structure devient difficile à soutenir et Reliant est placée sous administration judiciaire en octobre 1990. À partir de ce moment, l’histoire de la marque est dominée par la recherche de repreneurs et par la nécessité de maintenir une production devenue beaucoup plus modeste.
Beans Industries, qui compte parmi les principaux fournisseurs et créanciers de Reliant, reprend l’entreprise en 1991, notamment afin de préserver son propre débouché industriel. Cette solution n’est cependant pas durable : Beans rencontre à son tour des difficultés et entre sous administration en 1994. Reliant passe ensuite sous le contrôle d’Avonex en 1995, avant qu’un nouveau consortium dirigé par Jonathan Heynes, ancien cadre de Jaguar, ne rachète l’activité en 1996.
La production du Robin redémarre, mais Reliant n’est plus le constructeur diversifié des décennies précédentes. Les volumes sont faibles et l’entreprise cherche également des revenus dans la distribution de véhicules légers d’autres fabricants. La rupture symbolique survient à la fin de 1998 avec la fermeture du site historique de Two Gates à Tamworth. L’activité est transférée en 1999 dans une installation plus petite à Burntwood. Reliant s’implique parallèlement dans la commercialisation de véhicules de marques comme Ligier et Piaggio, signe que son rôle de constructeur automobile se réduit fortement.
2001 : la production automobile de Reliant s’arrête après soixante-six ans
En septembre 2000, Reliant annonce l’arrêt prochain de la production de ses trois-roues. Une dernière série de Robin est assemblée et le dernier exemplaire construit directement par Reliant est remis à son propriétaire le 14 février 2001. Cette date marque la fin de la production automobile de l’entreprise qui avait commencé son activité à Tamworth en 1935.
L’histoire industrielle ne s’interrompt cependant pas exactement le même jour. B&N Plastics obtient une licence lui permettant de poursuivre la fabrication du Robin sous une forme modifiée. Cette production débute au printemps 2001 et se poursuit de manière limitée avant d’être suspendue à la fin de 2002. La distinction est importante : 2001 correspond à la fin de la construction par Reliant elle-même, tandis que 2002 marque la disparition de cette brève prolongation sous licence.
Après l’arrêt des véhicules, l’activité Reliant survit essentiellement à travers les pièces détachées, les outillages et les droits liés à la marque, repris par Reliant Parts World. Le nom Reliant subsiste donc juridiquement et commercialement autour de l’entretien du parc existant, mais il ne désigne plus un constructeur produisant de nouvelles automobiles. L’entreprise reste ainsi principalement associée aujourd’hui à ses trois-roues Regal et Robin, ainsi qu’aux Scimitar qui rappellent qu’au-delà de cette image populaire, Reliant fut aussi pendant plusieurs décennies un constructeur indépendant particulièrement actif dans les matériaux composites, les voitures de niche et l’ingénierie automobile.
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