Histoire de la marque Rinspeed

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Rinspeed est née en Suisse à la fin des années 1970 autour de Frank M. Rinderknecht, entrepreneur passionné par la personnalisation automobile et les solutions techniques originales. D’abord tournée vers les accessoires et la transformation de voitures existantes, l’entreprise s’est fait connaître par ses préparations spectaculaires avant de devenir un laboratoire de concept-cars. Son histoire est donc différente de celle d’un constructeur traditionnel : Rinspeed a produit très peu de voitures sous son propre nom et a progressivement bâti sa réputation sur l’expérimentation, la mobilité électrique, les véhicules autonomes et les architectures modulaires.

1977 : Frank M. Rinderknecht lance l’activité Rinspeed en Suisse

L’histoire de Rinspeed commence en 1977 à Küsnacht, près de Zurich. Frank M. Rinderknecht y développe une activité automobile qui porte déjà le nom Rinspeed, formé à partir de son propre patronyme. Les premières activités sont éloignées de la construction automobile en série : l’entreprise importe notamment des toits ouvrants américains en Suisse et réalise des transformations destinées aux conducteurs handicapés.

Ces débuts sont importants pour comprendre la suite. Rinspeed ne naît pas comme une usine automobile, mais comme une petite structure spécialisée capable d’adapter des véhicules existants et d’explorer des solutions inhabituelles. Cette culture de la transformation restera au centre de son identité, même lorsque l’entreprise abandonnera plus tard le tuning pour les concept-cars.

1979 : Rinspeed AG se structure et entre au Salon de Genève

En 1979, l’activité prend une forme plus institutionnelle avec la création de Rinspeed AG. La même année, l’entreprise apparaît au Salon international de l’automobile de Genève, rendez-vous qui va devenir pendant plusieurs décennies sa principale vitrine. Elle y présente notamment une Golf Turbo dérivée de la GTI de Volkswagen, ainsi que des accessoires de personnalisation.

Cette présence à Genève change la dimension de Rinspeed. Le salon lui permet de présenter directement ses créations à la presse et au public international. La société comprend rapidement qu’une transformation visuellement spectaculaire peut servir à la fois de démonstrateur technique et d’outil de communication. En 1981, l’Aliporta, une Golf dotée de portes papillon, renforce encore cette réputation.

1982 : les partenariats avec les préparateurs allemands renforcent Rinspeed

Au début des années 1980, Rinspeed se professionnalise dans la préparation haut de gamme. En 1982, l’entreprise devient le représentant exclusif d’AMG en Suisse, à une époque où le spécialiste des Mercedes est encore indépendant. Rinspeed développe ensuite de nombreuses transformations de voitures sportives, particulièrement autour de Porsche.

Cette orientation installe durablement le nom Rinspeed dans l’univers du tuning européen. La société ne se contente plus de commercialiser des accessoires : elle travaille sur des carrosseries, des habitacles et des préparations capables de modifier profondément l’apparence d’un modèle. En 1988, elle devient également représentant suisse d’AC Schnitzer, préparateur étroitement associé aux modèles BMW. Cette période constitue le véritable socle commercial de Rinspeed avant son virage vers les prototypes.

1995 : le Roadster rapproche brièvement Rinspeed d’un véritable constructeur

Le Salon de Genève 1995 marque une étape particulière avec les Rinspeed Roadster R et SC-R. Contrairement aux nombreuses transformations réalisées jusque-là sur des véhicules d’autres marques, ces roadsters sont présentés sous l’identité Rinspeed et donnent lieu à une production limitée. L’entreprise tente ainsi de franchir, au moins ponctuellement, la frontière entre préparateur automobile et marque capable de proposer son propre véhicule.

Cette expérience ne transforme pourtant pas Rinspeed en constructeur de série. Au cours des années suivantes, Frank M. Rinderknecht trouve un positionnement plus original et plus adapté à la taille de son entreprise : concevoir presque chaque année un prototype destiné à illustrer une idée nouvelle. Le concept-car devient progressivement plus important que la perspective de produire des automobiles en volume.

2004 : le Splash consacre la stratégie des concept-cars spectaculaires

Présenté en 2004, le Rinspeed Splash symbolise cette nouvelle période. Le véhicule peut évoluer sur route mais également sur l’eau grâce à un système d’hydrofoils. Deux ans après sa présentation, il traverse la Manche et établit un record dans sa catégorie. Rinspeed démontre ainsi que ses créations ne sont pas seulement des exercices de style statiques destinés aux salons.

Le Splash résume la méthode qui fait alors la réputation de l’entreprise : partir d’une idée volontairement inattendue, réunir des partenaires techniques capables de la rendre fonctionnelle et utiliser le prototype pour explorer de nouveaux matériaux, de nouvelles architectures ou de nouveaux usages. Rinspeed agit de plus en plus comme un coordinateur de compétences et un laboratoire d’idées, plutôt que comme un constructeur développant seul l’ensemble de ses véhicules.

2008 : la sQuba accompagne l’abandon du tuning traditionnel

L’année 2008 constitue l’un des tournants majeurs de l’histoire de Rinspeed. Au Salon de Genève, l’entreprise dévoile la sQuba, un véhicule électrique conçu pour rouler sur terre, flotter et se déplacer sous l’eau. Inspirée par l’imaginaire des voitures amphibies de cinéma, cette création devient l’un des prototypes les plus connus de Rinspeed et lui offre une importante visibilité internationale.

Mais le changement le plus profond se joue dans la structure même de l’entreprise. Entre la fin de 2007 et 2008 selon les sources et le périmètre retenu, Rinspeed cède ses activités de tuning à Mansory Switzerland. Il ne s’agit pas d’un rachat de Rinspeed AG : la société de Frank M. Rinderknecht continue d’exister. En revanche, son métier change nettement. La préparation commerciale de voitures de sport cesse d’être son activité centrale, laissant la place aux concept-cars, au conseil et à la prospective automobile.

2010 : Rinspeed passe du concept-car à la réflexion sur les systèmes de mobilité

Après la sQuba, les projets Rinspeed deviennent progressivement moins centrés sur la seule recherche d’un effet spectaculaire. L’iChange de 2009 explore déjà l’idée d’une voiture électrique capable d’adapter sa configuration au nombre d’occupants. En 2010, l’UC? pousse plus loin la réflexion en imaginant une petite automobile électrique intégrée à un système de transport intermodal combinant route et rail.

Le Dock+Go de 2012 prolonge cette logique avec des modules pouvant être ajoutés à un véhicule selon les besoins. Quelques années plus tard, XchangE, Budii et d’autres concepts se penchent sur les conséquences de la conduite autonome. Rinspeed s’intéresse notamment à l’habitacle lorsque le conducteur n’est plus obligé de tenir constamment le volant : sièges reconfigurables, commandes mobiles et espace intérieur transformé deviennent des sujets majeurs. L’entreprise s’éloigne ainsi encore davantage du rôle classique de fabricant pour devenir un laboratoire de scénarios de mobilité.

2018 : la famille Snap fait de la modularité le nouveau fil directeur

Avec le Snap présenté en 2018, Rinspeed développe l’une de ses idées les plus structurées. Le principe consiste à séparer la plateforme roulante, qui concentre les organes techniques, d’un module supérieur pouvant être remplacé en fonction de l’usage. L’objectif n’est plus seulement de montrer une automobile originale, mais d’imaginer une architecture capable de servir successivement au transport de personnes, aux services urbains ou à la logistique.

Cette approche est ensuite déclinée avec microSNAP, MetroSnap et CitySnap. Au fil de ces projets, Rinspeed se rapproche des problématiques concrètes de mobilité urbaine, de livraison et d’exploitation de flottes. Le concept-car devient moins une automobile isolée qu’une pièce d’un système pouvant intéresser des équipementiers, des entreprises technologiques ou des opérateurs de mobilité.

2026 : Rinspeed reste active comme laboratoire d’innovation et de mobilité

Rinspeed n’a pas connu de faillite ni de disparition comparable à celles de nombreux petits constructeurs automobiles. La société reste active sous l’impulsion de Frank M. Rinderknecht, mais son statut doit être correctement compris : Rinspeed n’est plus principalement une marque cherchant à vendre ses propres voitures. Elle se présente désormais comme un laboratoire créatif et un think tank travaillant pour l’industrie automobile et la mobilité.

Ses activités récentes dépassent même parfois le cadre strict de l’automobile, ce qui prolonge une évolution engagée plusieurs décennies plus tôt. Partie d’un atelier d’accessoires et de transformations en 1977, Rinspeed est passée par le tuning haut de gamme, une brève expérience de petite série sous son propre nom, puis par une longue succession de concept-cars avant de concentrer son activité sur la prospective technologique. Cette transformation explique pourquoi le nom Rinspeed reste associé moins à une gamme de voitures de série qu’à des prototypes destinés à tester ce que pourrait devenir la mobilité.