Histoire de la marque Samsung

Samsung Motors

Samsung Motors naît au milieu des années 1990 lorsque le groupe Samsung décide d’entrer sur le marché automobile sud-coréen, alors dominé par de grands constructeurs nationaux déjà bien établis. Porté par Lee Kun-hee, président du groupe Samsung, le projet s’appuie dès l’origine sur un partenariat technique avec Nissan. La marque lance sa première berline à la fin de la décennie, mais la crise financière asiatique bouleverse presque immédiatement son avenir. Reprise par Renault en 2000, elle devient Renault Samsung Motors avant d’abandonner progressivement le nom Samsung. Son histoire est donc moins celle d’une marque restée indépendante que celle d’un constructeur coréen passé, en quelques années, d’un ambitieux projet industriel de Samsung à une composante importante de la stratégie asiatique de Renault.

1995 : Samsung Motors est créée pour entrer dans l’industrie automobile

La création officielle de Samsung Motors Inc. intervient le 28 mars 1995. Elle concrétise une ambition préparée dès 1994, lorsque Samsung Heavy Industries conclut avec Nissan un accord d’assistance technique et de licence. Samsung souhaite alors se diversifier dans un secteur automobile coréen en pleine expansion, tout en évitant de développer seul et de zéro l’ensemble des technologies nécessaires à la conception d’une gamme.

Le projet est lancé sous l’impulsion de Lee Kun-hee, qui dirige alors le groupe Samsung. L’entreprise installe son principal outil industriel à Busan, dans le sud de la Corée du Sud. Une usine moderne y est construite pour produire les futures voitures de la marque. Cette coopération avec Nissan joue un rôle déterminant dans les débuts de Samsung Motors : elle apporte au nouveau constructeur une base technique éprouvée alors que celui-ci doit bâtir simultanément son savoir-faire industriel, son réseau commercial et son image.

1998 : la SM5 lance Samsung sur le marché au moment de la crise asiatique

Samsung Motors entre réellement sur le marché en 1998 avec la SM5, sa première automobile produite en série. Cette grande berline devient le modèle fondateur de la marque. Étroitement liée au savoir-faire de Nissan, elle permet à Samsung de proposer rapidement un produit crédible sur le marché coréen sans avoir eu à développer une automobile entièrement nouvelle de manière indépendante.

Le calendrier se révèle toutefois désastreux. Le lancement industriel intervient alors que la crise financière asiatique de 1997 et 1998 frappe durement l’économie sud-coréenne et fragilise de nombreux grands groupes. Samsung Motors doit supporter les coûts considérables liés à la création de son usine et au lancement de son activité au moment même où les conditions économiques se détériorent. L’entreprise, encore trop jeune pour absorber durablement ce choc, se retrouve rapidement en difficulté.

En juin 1999, Samsung Motors demande son placement sous administration judiciaire. Moins de deux ans après le démarrage de sa production, le projet d’un constructeur automobile indépendant contrôlé par Samsung est donc pratiquement terminé.

2000 : Renault reprend Samsung Motors et crée Renault Samsung Motors

En 2000, Renault rachète la majorité de Samsung Motors. Les documents historiques de Renault indiquent une participation initiale de 70,1 %, qui sera ensuite portée à un niveau supérieur. L’entreprise devient Renault Samsung Motors, généralement désignée par le sigle RSM. Cette reprise sauve l’usine de Busan et donne au constructeur français une implantation industrielle directe sur le marché sud-coréen.

Le nom Samsung est conservé, mais cette continuité commerciale ne doit pas masquer le changement de contrôle. Renault devient le propriétaire majoritaire et intègre progressivement la société à sa stratégie internationale ainsi qu’à l’Alliance Renault-Nissan. Samsung reste associé à l’identité de la marque sur le marché coréen, mais il ne dirige plus le constructeur.

La gamme est progressivement élargie. La SM3 rejoint la SM5 en 2002, puis la SM7 apparaît en 2004. Ces modèles permettent à Renault Samsung Motors de ne plus dépendre d’une seule berline et de consolider sa présence sur plusieurs segments du marché local.

2007 : le QM5 symbolise l’intégration de Renault Samsung dans l’Alliance

Le lancement du QM5 en 2007 marque une nouvelle étape. Premier SUV de Renault Samsung Motors, il est important moins pour ses caractéristiques propres que pour ce qu’il révèle de l’évolution de l’entreprise. Le constructeur coréen ne se contente plus d’exploiter l’héritage technique des débuts : il participe désormais à des programmes conçus dans le cadre de l’Alliance Renault-Nissan.

Le QM5 est d’ailleurs étroitement lié au Renault Koleos commercialisé sur d’autres marchés. Ce rapprochement montre que Busan devient progressivement un centre de développement et de production intégré au dispositif international de Renault. La marque conserve une identité spécifique en Corée du Sud, mais son activité industrielle se rapproche de plus en plus de celle du groupe qui la contrôle.

2012 : le redressement transforme Busan en base industrielle internationale

Au début des années 2010, Renault Samsung Motors traverse une nouvelle période difficile dans un marché coréen particulièrement concurrentiel, dominé notamment par Hyundai et Kia. Renault engage en 2012 un plan de redressement destiné à restaurer la compétitivité de l’entreprise. La rentabilité est retrouvée deux ans plus tard selon le groupe.

Cette réorganisation s’accompagne d’une évolution majeure du rôle de l’usine de Busan. À partir de 2014, elle produit le Nissan Rogue destiné notamment à l’Amérique du Nord. Ce programme est stratégique : il réduit la dépendance de l’usine aux seules ventes de Renault Samsung Motors en Corée et démontre sa capacité à fabriquer à grande échelle pour d’autres marques de l’Alliance.

La période voit également apparaître la SM3 Z.E., produite à Busan à partir de 2013. Cette berline électrique, dérivée de la Renault Fluence Z.E., constitue l’un des premiers engagements significatifs de l’entreprise dans la mobilité électrique. Renault indique qu’elle devient en 2016 la voiture électrique la plus vendue en Corée du Sud. Sans transformer Renault Samsung en spécialiste exclusif de l’électrique, elle illustre l’élargissement technologique de son rôle au sein du groupe.

2020 : le XM3 rapproche encore Renault Samsung des programmes mondiaux de Renault

Le lancement du XM3 en 2020 confirme l’intégration croissante du constructeur coréen aux programmes internationaux de Renault. Le modèle est lié au Renault Arkana, produit lui aussi à Busan pour certains marchés d’exportation. L’usine coréenne n’est alors plus seulement chargée de fabriquer des voitures destinées à être vendues sous la marque Renault Samsung Motors en Corée : elle participe directement à la stratégie mondiale du groupe.

Cette évolution réduit progressivement la justification d’une identité automobile distincte fondée sur le nom Samsung. Le constructeur possède toujours une clientèle et une gamme spécifiques sur son marché national, mais ses plateformes, ses programmes industriels et ses débouchés sont désormais profondément intégrés à ceux de Renault.

2022 : Renault abandonne le nom Samsung et s’associe à Geely

Le changement de statut devient visible en mars 2022 lorsque Renault Samsung Motors prend le nom de Renault Korea Motors. L’accord permettant l’utilisation du nom Samsung avait expiré en août 2020, avec une période de transition. La disparition de Samsung dans la raison sociale met ainsi fin à plus de vingt ans d’une identité commerciale héritée du constructeur créé en 1995.

La même année, Renault ouvre un nouveau chapitre industriel avec l’entrée de Geely au capital de Renault Korea Motors. Le groupe chinois acquiert 34,02 % de l’entreprise, tandis que Renault demeure majoritaire. L’accord dépasse la simple participation financière : les deux partenaires prévoient de développer en Corée de nouveaux véhicules thermiques et hybrides utilisant notamment l’architecture CMA et des technologies de Geely.

Ce partenariat constitue un tournant comparable, sur le plan technologique, aux coopérations antérieures avec Nissan puis Renault. L’ancienne Samsung Motors devient alors une entreprise coréenne contrôlée par Renault mais capable de s’appuyer sur plusieurs partenaires internationaux pour développer sa nouvelle génération de véhicules.

2024 : Renault Korea achève la disparition de la marque automobile Samsung

En 2024, Renault Korea Motors simplifie son nom pour devenir Renault Korea et adopte plus largement l’identité visuelle de Renault. Le losange remplace l’ancien emblème associé à Renault Samsung Motors, ce qui met pratiquement un terme à la continuité visible avec la marque automobile Samsung.

Le Grand Koleos, lancé dans ce nouveau contexte, matérialise la coopération industrielle avec Geely et le renouvellement de la gamme coréenne. L’usine de Busan poursuit parallèlement son rôle de site international capable de produire pour différents programmes et différentes marques, y compris Polestar.

En 2026, la continuité industrielle de Samsung Motors existe donc toujours, mais Samsung n’est plus une marque automobile active. L’entreprise issue du projet lancé par le groupe Samsung en 1995 est devenue Renault Korea, contrôlée par Renault, avec Geely comme actionnaire important et Samsung Card comme actionnaire minoritaire. Son histoire s’achève ainsi non par la disparition de l’usine ou de l’entreprise, mais par une transformation complète de son identité, de son actionnariat et de son rôle au sein de l’industrie automobile mondiale.