Histoire de la marque Serenissima

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Serenissima est une marque automobile italienne née au début des années 1960 autour du comte Giovanni Volpi di Misurata, jeune aristocrate passionné de compétition. D’abord engagée comme écurie privée avec des voitures achetées à d’autres constructeurs, elle évolue rapidement vers la conception de ses propres prototypes et de ses propres moteurs. Son histoire, concentrée sur une dizaine d’années, est étroitement liée aux courses d’endurance, à la Formule 1 et à plusieurs figures majeures de l’industrie automobile italienne.

1960 : Giovanni Volpi fonde la Scuderia Serenissima

La Scuderia Serenissima est créée le 7 janvier 1960 par Giovanni Volpi di Misurata. Le projet avait été préparé à Celerina, en Suisse, avec Giovanni Lurani, mais son activité automobile s’inscrit rapidement dans l’environnement italien de Modène, alors au cœur de la construction de voitures de sport et de compétition.

À ses débuts, Serenissima n’est pas encore un constructeur. L’écurie engage principalement des voitures clientes, notamment des Ferrari, dans les grandes épreuves de voitures de sport et de Grand Tourisme. Volpi dispose ainsi d’une structure capable de courir au plus haut niveau sans avoir encore à développer lui-même ses châssis et ses moteurs. Cette première phase établit l’identité sportive de Serenissima et donne à son fondateur une expérience directe des exigences techniques de la compétition.

1962 : la rupture avec Ferrari pousse Serenissima vers l’indépendance

Un tournant intervient en 1962 lorsque Volpi participe au financement d’ATS, entreprise fondée par d’anciens responsables de Ferrari. Les relations avec Enzo Ferrari se détériorent et l’approvisionnement de Serenissima en voitures de Maranello devient problématique. Cette rupture incite Volpi à chercher des solutions plus indépendantes.

C’est dans ce contexte qu’une Ferrari 250 GT SWB appartenant à Volpi est profondément transformée par Giotto Bizzarrini et Piero Drogo. La voiture, devenue célèbre sous le surnom de « Breadvan », n’est pas une Serenissima au sens industriel du terme, mais elle constitue une étape importante dans l’évolution du projet : Volpi ne se contente plus d’acheter des voitures existantes, il fait désormais développer des solutions techniques spécifiquement adaptées à ses ambitions sportives. Le rôle de Bizzarrini illustre également les liens de Serenissima avec le vivier d’ingénieurs indépendants de la région de Modène.

1963 : Automobili Serenissima devient un projet de constructeur

À partir de 1963, Volpi franchit une nouvelle étape avec Automobili Serenissima. L’objectif n’est plus seulement de faire courir des voitures conçues par d’autres, mais de créer des automobiles portant une identité technique propre. Le projet mobilise notamment Alberto Massimino, ingénieur expérimenté qui travaille sur un moteur V8 destiné aux futures Serenissima.

Cette transformation change profondément la nature de l’entreprise. Serenissima devient à la fois une structure de compétition, un bureau d’études et un petit constructeur expérimental. Ses moyens restent toutefois sans commune mesure avec ceux des grands fabricants italiens : la marque travaille essentiellement à l’échelle du prototype et de la très petite série, avec la compétition comme principal laboratoire.

1964 : la 308V concrétise l’ambition technique de Serenissima

La première réalisation véritablement représentative de cette nouvelle phase est la Serenissima 308V, essayée à Modène à la fin de 1964. Elle associe un châssis à moteur central à un V8 de 3 litres conçu pour Serenissima. La marque possède alors les éléments essentiels d’un constructeur de voitures de sport complet : une mécanique spécifique, une architecture propre et un programme de développement destiné à la compétition.

Le prototype évolue ensuite vers la Jet Competizione. Cette voiture résume l’ambition de Volpi : rivaliser techniquement avec les spécialistes établis en développant une sportive à moteur central plutôt que de dépendre d’un grand constructeur. La production ne prend cependant jamais une dimension industrielle. Les Serenissima de cette période restent des machines expérimentales réalisées en très petit nombre.

1966 : Le Mans et McLaren placent le moteur Serenissima sur la scène internationale

En 1966, Serenissima poursuit son programme d’endurance avec un Spyder dérivé de ses développements précédents. L’engagement aux 24 Heures du Mans ne débouche pas sur un résultat permettant d’installer durablement la marque parmi les grands constructeurs, mais il représente le point culminant de son activité avec ses propres voitures de course.

La même année, le moteur Serenissima connaît une exposition inattendue en Formule 1. McLaren, qui débute alors comme constructeur, utilise le V8 italien dans sa M2B. Au Grand Prix de Grande-Bretagne, Bruce McLaren termine sixième avec cette motorisation. Ce résultat offre à la jeune équipe McLaren son premier point en championnat du monde et constitue le fait sportif le plus marquant associé à un moteur Serenissima en Formule 1.

1968 : la Ghia GT tente de faire entrer Serenissima sur la route

Après plusieurs années centrées sur la compétition, Volpi explore la possibilité de donner une dimension routière à Serenissima. La Serenissima Ghia GT, dessinée par Tom Tjaarda avec la participation de Ghia et dans un contexte impliquant également Alejandro de Tomaso, est présentée à la fin des années 1960. Cette GT à moteur central devait montrer qu’une technologie issue des prototypes de course pouvait déboucher sur une automobile destinée à la route.

Malgré des présentations internationales, le projet ne dépasse pas le stade de l’exemplaire unique. Serenissima ne parvient donc pas à franchir l’étape décisive séparant un atelier de prototypes d’un véritable constructeur produisant et commercialisant une gamme. Cette tentative tardive révèle à la fois l’ambition de Volpi et les limites économiques d’une entreprise restée artisanale.

1970 : Giovanni Volpi met fin à l’activité automobile

En 1970, après une décennie d’expérimentations, de compétition et de projets de voitures routières, Giovanni Volpi met fin aux activités automobiles de Serenissima. Les programmes envisagés en petite série n’ont pas trouvé de débouché industriel suffisant et l’atelier de Formigine cesse son activité. Il ne s’agit donc pas de l’histoire d’une marque passée entre plusieurs grands propriétaires, mais de celle d’un projet personnel qui s’arrête lorsque son fondateur renonce à poursuivre son développement.

Serenissima n’existe plus aujourd’hui comme constructeur automobile produisant des véhicules de série. Son nom subsiste essentiellement à travers les voitures et prototypes conservés, devenus des pièces de collection, ainsi que par la mémoire de cette courte période où une petite structure italienne a tenté de passer du statut d’écurie privée à celui de constructeur et de motoriste indépendant.