
Setra est une marque allemande spécialisée non pas dans les voitures particulières, mais dans les autobus et surtout les autocars. Son histoire plonge ses racines dans l’entreprise fondée par Karl Käßbohrer à Ulm à la fin du XIXe siècle, avant que son fils Otto Kässbohrer ne donne naissance à la marque Setra en 1951 avec un autocar à structure autoporteuse. Cette innovation fonde durablement sa réputation. Au fil des décennies, Setra développe des gammes de plus en plus industrialisées, renforce son positionnement dans le confort et la sécurité, puis change de dimension en rejoignant l’activité autobus de Mercedes-Benz au milieu des années 1990. La marque reste aujourd’hui active au sein de Daimler Buses.
1893 : Karl Käßbohrer fonde l’entreprise à l’origine de Setra
La naissance de Setra ne peut être comprise sans remonter à 1893. Cette année-là, Karl Käßbohrer ouvre à Ulm, dans le Wurtemberg, un atelier spécialisé dans la construction et la réparation de voitures hippomobiles. Formé au métier de charron et à la carrosserie, il accompagne rapidement la transformation des transports au moment où les véhicules motorisés commencent à remplacer les attelages traditionnels.
L’entreprise construit ses premiers véhicules destinés au transport collectif avant la Première Guerre mondiale. En 1911, un véhicule motorisé Käßbohrer assure notamment une liaison régulière entre Ulm et Wiblingen. Après la mort de Karl Käßbohrer en 1922, ses fils Karl et Otto reprennent l’affaire. Otto s’intéresse particulièrement aux carrosseries d’autobus et d’autocars. À la fin des années 1920, l’entreprise abandonne progressivement les voitures particulières et les véhicules hippomobiles pour se concentrer sur les autocars, les camions et les remorques. Cette spécialisation constitue le véritable socle industriel de la future marque Setra.
1951 : le S 8 donne naissance à la marque Setra
Le tournant décisif intervient au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Les carrossiers d’autobus allemands travaillent encore largement sur des châssis fournis par des constructeurs de camions. Or, vers 1950, ces châssis deviennent difficiles à obtenir, la reconstruction de l’Allemagne absorbant une grande partie de la production disponible. Pour Kässbohrer, cette dépendance représente une menace directe.
Otto Kässbohrer et son ingénieur en chef Georg Wahl choisissent alors de concevoir un autocar dont la structure porte elle-même les organes mécaniques et la carrosserie. Le résultat est présenté en 1951 sous le nom de S 8. Sa construction intégrale, son moteur placé à l’arrière et son architecture libérée du châssis de camion traditionnel constituent une rupture majeure pour l’entreprise.
Le nom Setra est directement lié à cette innovation. Il provient du terme allemand selbsttragend, qui signifie « autoportant ». Le S 8 marque donc bien plus que le lancement d’un nouveau modèle : il donne une identité propre à une activité jusque-là connue sous le nom de Kässbohrer. C’est à partir de 1951 qu’il est pertinent de parler de la marque Setra au sens strict.
1959 : la Série 10 transforme l’innovation en réussite industrielle
Après le S 8, Setra doit démontrer que le principe de la construction autoporteuse peut servir de base à une gamme complète et rentable. Cette étape est franchie en 1959 avec la Série 10. La marque développe alors un système modulaire permettant à plusieurs modèles de partager une part importante de leurs composants.
Cette organisation simplifie la fabrication, l’entretien et la déclinaison des autocars selon leurs dimensions et leurs usages. Setra quitte ainsi le stade du constructeur reconnu pour une innovation isolée et devient un industriel capable de proposer une famille cohérente de véhicules. La Série 10 accompagne également l’expansion de la marque sur les marchés étrangers et fixe un principe qui restera central dans son développement : concevoir plusieurs autocars à partir d’une base technique largement commune.
La Série 100, lancée en 1967, prolonge cette logique avec une modularité encore plus poussée et un dessin moins arrondi, mieux adapté à une production rationalisée. Setra améliore parallèlement le confort, la ventilation et les qualités routières, des critères qui prennent une importance croissante dans le transport touristique de longue distance.
1976 : la Série 200 installe Setra parmi les références de l’autocar européen
La Série 200, lancée en 1976, représente une nouvelle étape dans la maturité industrielle de Setra. La standardisation des composants et l’évolution des procédés de fabrication permettent d’augmenter les cadences tout en élargissant les possibilités offertes aux exploitants. Cette génération accompagne la montée en gamme de la marque sur le marché européen de l’autocar de tourisme.
C’est également pendant cette période que les motorisations Mercedes-Benz prennent une place importante dans les véhicules Setra. Cette relation technique précède donc de près de deux décennies le rapprochement capitalistique entre les deux constructeurs.
La sécurité devient parallèlement un élément majeur de l’identité de la marque. Setra propose l’ABS sur ses autobus et autocars dès le début des années 1980 puis le généralise en série en 1984. Cette décision est historiquement importante car elle montre que l’évolution de Setra ne repose plus seulement sur la structure des véhicules ou leur confort. L’électronique et la sécurité active deviennent à leur tour des domaines dans lesquels le constructeur cherche à se distinguer.
1991 : la Série 300 modernise profondément l’identité de Setra
Présentée en 1991, la Série 300 constitue la dernière grande génération développée par Kässbohrer avant le changement de propriétaire du milieu des années 1990. Elle modernise à la fois le style, l’ergonomie et les équipements de sécurité des autocars Setra.
Cette génération introduit notamment une signature visuelle latérale caractéristique, souvent associée ensuite à l’identité de la marque, ainsi qu’un poste de conduite plus élaboré. Les systèmes ABS et antipatinage participent également à cette montée en gamme technologique. La Série 300 illustre ainsi une entreprise encore capable d’investir dans des autocars modernes et sophistiqués, mais qui va bientôt connaître un bouleversement industriel beaucoup plus important que le renouvellement de ses modèles.
1995 : l’activité autobus de Kässbohrer rejoint Mercedes-Benz au sein d’EvoBus
Le changement le plus important de l’histoire capitalistique de Setra intervient entre 1994 et 1995. Daimler-Benz engage le rachat de l’activité autobus de Karl Kässbohrer Fahrzeugwerke, une opération autorisée par les autorités européennes en février 1995. Les activités autobus de Mercedes-Benz et de Kässbohrer sont ensuite réunies dans une nouvelle société, EvoBus GmbH.
Cette opération ne signifie ni la disparition ni la faillite de Setra. Elle concerne spécifiquement la branche autobus de Kässbohrer et modifie son propriétaire ainsi que son organisation industrielle. Setra cesse d’être la marque d’un constructeur familial indépendant, mais son nom est conservé aux côtés de Mercedes-Benz. Les deux marques disposent désormais d’une base industrielle commune tout en conservant des positionnements commerciaux distincts.
Pour Setra, cette intégration apporte les moyens techniques et industriels d’un grand groupe sans effacer l’identité construite depuis 1951. La Série 400, apparue en 2001, matérialise cette nouvelle période. L’offre s’organise notamment autour des familles TopClass, ComfortClass et MultiClass, tandis que les aides électroniques à la conduite et au freinage prennent une importance croissante.
2012 : la Série 500 adapte Setra aux nouvelles exigences environnementales
En 2012, le lancement de la ComfortClass 500 ouvre une nouvelle génération d’autocars Setra. Son développement est étroitement lié à l’arrivée de la norme Euro VI, qui impose des contraintes plus sévères en matière d’émissions. Le constructeur travaille donc simultanément sur la motorisation, l’aérodynamique et l’efficacité énergétique du véhicule.
La Série 500 poursuit également l’évolution amorcée depuis les années 1980 dans le domaine de la sécurité. Les générations successives d’aides au freinage, de contrôle de stabilité et d’assistance à la conduite rendent progressivement les autocars capables d’intervenir davantage en cas de danger. La TopClass 500 prolonge le positionnement haut de gamme de la marque, tandis que le S 531 DT, dévoilé en 2017, reprend le rôle de porte-drapeau parmi les autocars à deux étages.
Cette période montre que Setra n’a plus besoin de réinventer le principe structurel qui avait fait sa réputation en 1951. Son évolution repose désormais sur l’amélioration de l’efficience, de la sécurité, du confort et de l’assistance au conducteur, dans le cadre technique du groupe auquel elle appartient.
2025 : Setra prépare l’après-diesel au sein de Daimler Buses
L’organisation industrielle de la marque connaît une nouvelle évolution de statut en 2023 lorsque EvoBus GmbH devient Daimler Buses GmbH. Le changement concerne la société qui produit et commercialise les véhicules, pas la marque Setra elle-même. Setra reste présente aux côtés de Mercedes-Benz au sein de Daimler Buses, filiale de Daimler Truck, et les autocars continuent notamment d’être assemblés sur le site allemand de Neu-Ulm.
La transition énergétique devient ensuite le principal enjeu historique. En 2025, Daimler Buses commence les essais publics du H₂ Coach, un démonstrateur technologique Setra utilisant une pile à combustible et dérivé d’un autocar de la gamme existante. En 2026, un démonstrateur électrique à batterie est également annoncé. Ces véhicules ne constituent pas encore une nouvelle gamme commerciale de série, mais ils indiquent clairement la direction des développements futurs.
Soixante-quinze ans après le S 8, Setra demeure ainsi une marque active d’autobus et d’autocars. Son histoire s’est construite autour d’une première rupture, la carrosserie autoporteuse, puis de l’industrialisation modulaire, de la sécurité et du rapprochement avec Mercedes-Benz. Son évolution actuelle se joue désormais dans l’adaptation de l’autocar longue distance aux nouvelles chaînes de traction à faibles ou nulles émissions locales.
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