
Sovam est une marque française née de l’activité de carrosserie de la famille Morin dans les Deux-Sèvres. Sous l’impulsion d’André Morin, l’entreprise passe des véhicules spéciaux et des magasins ambulants à la construction de petits coupés sportifs au milieu des années 1960. Cette aventure automobile, brève mais originale, repose sur des bases mécaniques Renault, des carrosseries en polyester et une fabrication artisanale. Elle s’achève dès 1968, tandis que Sovam poursuit une autre voie, celle des équipements aéroportuaires, activité sous laquelle le nom existe encore aujourd’hui.
1930 : Robert Morin fonde un atelier de carrosserie à Parthenay
L’histoire de Sovam commence avant l’apparition de la marque elle-même. En 1930, Robert Morin crée à Parthenay, dans les Deux-Sèvres, un atelier de carrosserie automobile. L’entreprise travaille dans un secteur où la transformation et l’adaptation de véhicules occupent encore une place importante, notamment pour les professionnels ayant besoin de carrosseries spécifiques.
Cette origine artisanale est essentielle pour comprendre la suite. Sovam ne naîtra pas comme un constructeur automobile classique disposant de ses propres moteurs et plateformes, mais comme le prolongement d’un savoir-faire de carrossier capable de transformer des véhicules existants et de fabriquer des carrosseries adaptées à des usages particuliers.
1955 : André Morin reprend l’entreprise familiale et développe Etalmobil
À la mort de Robert Morin, son fils André reprend l’activité en 1955. Il donne progressivement une dimension plus industrielle à l’entreprise et développe notamment les véhicules-magasins commercialisés sous le nom d’Etalmobil. Des utilitaires, parmi lesquels des Citroën Type H, servent de base à des transformations destinées aux commerçants itinérants.
Le développement de cette activité conduit à l’installation de locaux plus importants à Châtillon-sur-Thouet, près de Parthenay. André Morin acquiert parallèlement une expérience dans l’emploi du polyester pour réaliser des carrosseries légères et relativement faciles à produire en petite série. Ce savoir-faire dans les véhicules spéciaux et les matériaux composites constitue le véritable socle technique de la future automobile Sovam.
1964 : le VUL prépare l’arrivée des automobiles Sovam
La naissance précise de Sovam demande une nuance. Le nom, développé comme « Société des Véhicules André Morin », apparaît au début des années 1960, le site de l’entreprise actuelle retenant 1960 pour la création de la marque. Les sources patrimoniales de la Fédération Française des Véhicules d’Époque situent toutefois en 1964 la mise en place de la structure consacrée aux véhicules spéciaux qui donnera directement naissance à l’activité automobile. Il est donc plus juste de considérer Sovam comme le résultat d’une évolution progressive de l’entreprise d’André Morin plutôt que comme une société apparue en une seule date incontestable.
En 1964, Sovam réalise surtout un projet décisif, le VUL, pour Véhicule Utilitaire Léger ou Véhicule Utilitaire de Livraison selon les sources. Construit sur une plateforme de Renault 4 raccourcie et habillé d’une carrosserie en polyester, ce petit utilitaire démontre qu’André Morin peut associer des éléments mécaniques de grande série à une carrosserie entièrement spécifique. Cette formule va être reprise presque immédiatement pour créer une voiture de sport.
1965 : André Morin et Jacques Durand donnent naissance au coupé Sovam
En 1965, André Morin décide d’exploiter la base technique du VUL pour développer un petit coupé sportif. Il fait appel à Jacques Durand, concepteur et maquettiste déjà expérimenté dans la réalisation de carrosseries en matériaux composites. Le projet conserve une plateforme dérivée de la Renault 4, raccourcie et adaptée, mais reçoit une carrosserie basse en polyester qui tranche radicalement avec celle de l’utilitaire dont elle dérive.
Le coupé est présenté au Salon de l’Automobile de Paris en octobre 1965. Son accueil encourage André Morin à lancer une petite production. La première version, généralement désignée Sovam 850 VS, reprend une mécanique Renault de faible cylindrée et mise davantage sur sa légèreté et son style que sur une puissance élevée. Son pavillon amovible et sa silhouette très basse contribuent à lui donner une identité immédiatement reconnaissable.
La même année, Sovam commence aussi à recevoir des commandes dans un domaine qui se révélera beaucoup plus durable que l’automobile de tourisme : les véhicules de servitude aéroportuaire. Cette activité va progressivement devenir stratégique pour l’entreprise.
1966 : la 1100 VS et le raid Paris-Calcutta renforcent l’image de Sovam
Les premières voitures sont livrées au printemps 1966. La 850 révèle toutefois rapidement les limites de sa mécanique face aux ambitions sportives de sa carrosserie. Sovam fait alors évoluer son coupé avec la 1100 VS, dotée d’un moteur Renault plus puissant. Cette version devient la plus représentative de la petite production automobile de la marque, avec plusieurs dizaines d’exemplaires construits.
Pour faire connaître la voiture et démontrer sa robustesse, une Sovam 850 participe en 1966 à un spectaculaire voyage Paris-Calcutta-Paris confié à Maïté Patoux et Chantal Bernard. Le périple ne constitue pas un programme officiel de compétition comparable à celui des grands constructeurs, mais il apporte à Sovam une visibilité importante et crédibilise la résistance d’une automobile artisanale reposant sur une mécanique de grande série.
Cette opération résume bien la situation de la marque à cette époque : Sovam possède un produit original et attire l’attention, mais reste un constructeur de très petite taille, sans réseau ni moyens sportifs comparables à ceux de marques déjà installées.
1967 : la 1300 GS tente de faire monter Sovam en gamme
En 1967, Sovam pousse son concept beaucoup plus loin avec la 1300 GS. Le coupé est profondément remanié, adopte une configuration 2+2 et reçoit l’ensemble mécanique de la Renault 8 Gordini, avec son moteur de 1 255 cm³ et sa boîte à cinq rapports. Le changement est important : Sovam ne cherche plus seulement à proposer un petit coupé léger et accessible, mais à se rapprocher des véritables sportives françaises de son époque.
La 1300 GS représente ainsi le sommet technique de la courte histoire automobile de Sovam. Elle obtient également une reconnaissance esthétique dans le cadre du Grand Prix de l’Art et de l’Industrie Automobile. Mais cette montée en gamme augmente fortement le prix de vente. Sovam se retrouve alors face à des constructeurs bénéficiant d’une identité sportive plus forte, notamment Alpine et Matra.
La qualité et l’originalité du produit ne suffisent pas à compenser cette différence de notoriété, de réseau commercial et d’engagement en compétition. La 1300 GS restera fabriquée à seulement quelques exemplaires, signe que le développement technique de la gamme n’a pas trouvé de modèle économique durable.
1968 : Sovam abandonne la construction de voitures particulières
En 1968, André Morin met fin à la production des coupés Sovam. Les sources divergent légèrement sur le nombre exact d’automobiles construites, mais elles convergent vers une production totale extrêmement limitée, de l’ordre de 145 à 150 voitures toutes versions confondues. La 1100 représente l’essentiel de ce volume, tandis que la 1300 GS reste exceptionnelle.
L’arrêt de l’automobile ne correspond toutefois pas à une disparition de l’entreprise. Sovam dispose déjà de débouchés plus solides dans les véhicules professionnels et surtout dans les équipements destinés aux aéroports. L’entreprise choisit donc de concentrer ses ressources sur cette activité plutôt que de poursuivre une coûteuse confrontation avec les constructeurs de voitures de sport établis.
Le développement de l’aéroport de Paris-Charles-de-Gaulle confirme ce choix. Lors de son ouverture en 1974, Sovam fournit des équipements de piste et renforce une spécialisation qui va durablement remplacer les coupés dans l’identité industrielle de l’entreprise.
1994 : Etalmobil et Sovam International deviennent deux activités distinctes
Après plusieurs décennies consacrées aux véhicules spéciaux, l’organisation issue des établissements Morin est restructurée en 1994. Les activités de véhicules-magasins et de carrosseries spécifiques sont regroupées autour d’Etalmobil, tandis que les équipements aéroportuaires sont portés par Sovam International.
Cette séparation marque une rupture importante avec l’époque automobile. Le nom Sovam subsiste, mais il désigne désormais clairement un spécialiste des équipements de soutien au sol pour les aéroports. La construction de voitures, arrêtée depuis 1968, n’est pas relancée.
2017 : une reprise capitalistique assure la continuité de Sovam dans l’aéroportuaire
Au XXIe siècle, l’entreprise connaît plusieurs difficultés financières. Une procédure de redressement judiciaire intervient en 2015, suivie de nouvelles difficultés et d’une cession en 2017. Le tribunal de commerce de Niort valide alors la reprise des actifs de Sovam GSE par le groupe irlandais Abbey International Finance.
Cette opération ne constitue pas une renaissance de la marque automobile des années 1960. Elle assure la continuité d’une entreprise spécialisée dans les équipements de soutien au sol pour l’aviation civile et militaire. Sovam reste implantée à Châtillon-sur-Thouet et commercialise notamment des escaliers passagers, plateformes de maintenance, véhicules de catering et autres matériels aéroportuaires. Ainsi, les automobiles Sovam appartiennent définitivement à la période 1965-1968, tandis que le nom Sovam a survécu grâce à l’activité industrielle développée parallèlement aux coupés dès les années 1960.
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