Histoire de la marque Vanden Plas

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Vanden Plas trouve ses origines en Belgique à la fin du XIXe siècle, dans une entreprise familiale spécialisée d’abord dans les essieux et les voitures hippomobiles avant de se tourner vers la carrosserie automobile. Le nom devient ensuite associé à la Grande-Bretagne, où une branche indépendante acquiert une réputation internationale en habillant des automobiles de prestige, notamment des Bentley. Après la Seconde Guerre mondiale, Vanden Plas cesse progressivement d’être un carrossier autonome pour devenir la division de luxe d’Austin, puis une marque au sein de BMC et enfin une appellation haut de gamme utilisée par plusieurs constructeurs britanniques. Son histoire est donc celle d’une transformation continue, du métier artisanal de carrossier à un nom synonyme de finition luxueuse.

1898 : Henri Van den Plas développe la carrosserie automobile familiale

Les origines exactes de Vanden Plas demandent une certaine prudence. Certaines sources font remonter l’activité familiale à 1870, d’autres à 1880, lorsque Guillaume Van den Plas exerce à Bruxelles un métier lié aux essieux et à la construction de véhicules hippomobiles. L’année 1898 constitue toutefois un repère plus précis dans l’histoire automobile de l’entreprise : Henri Van den Plas prend alors une place centrale dans l’activité de carrosserie et accompagne son adaptation aux automobiles naissantes.

La maison belge ne construit pas ses propres voitures complètes. Elle habille les châssis produits par d’autres constructeurs, selon une pratique courante à une époque où les marques de prestige vendaient souvent séparément le châssis mécanique et la carrosserie. Van den Plas travaille notamment pour Minerva, Métallurgique et Imperia. Sa réputation repose sur la qualité de fabrication, l’élégance des formes et la capacité à répondre aux demandes d’une clientèle fortunée.

Cette distinction entre constructeur et carrossier est essentielle pour comprendre toute la suite de l’histoire. Vanden Plas ne naît pas comme une marque automobile comparable à celles qui conçoivent moteurs et châssis. Le nom désigne d’abord un savoir-faire de carrosserie de luxe qui sera ensuite transféré, réinterprété et finalement utilisé comme une marque à part entière.

1913 : une branche britannique donne au nom Vanden Plas une nouvelle trajectoire

La réputation belge franchit rapidement les frontières. Des voitures carrossées par Van den Plas sont commercialisées en Grande-Bretagne dès les premières années du XXe siècle. Une implantation britannique apparaît autour de 1912, puis une société anglaise exploitant le nom sous licence est mise en place en 1913. C’est cette branche qui donnera naissance à la lignée britannique de Vanden Plas.

La Première Guerre mondiale bouleverse son activité. Comme de nombreuses entreprises automobiles, elle participe à l’effort industriel et travaille pour le secteur aéronautique. Une société appelée Vanden Plas (1917) Ltd est constituée pendant le conflit. Le retour à l’économie civile s’avère cependant difficile et l’entreprise connaît de graves problèmes financiers au début des années 1920.

En 1922, la société est placée sous administration judiciaire. L’année suivante, les frères Fox rachètent le nom et le fonds de commerce britanniques et fondent Vanden Plas (England) 1923 Ltd. Installée à Kingsbury, dans le nord de Londres, cette nouvelle entreprise constitue le véritable point de départ de la société britannique qui poursuivra l’activité pendant plus d’un demi-siècle. À partir de là, son histoire se détache progressivement de celle du carrossier belge d’origine.

1924 : Bentley installe Vanden Plas parmi les grands carrossiers britanniques

La rencontre avec Bentley donne à Vanden Plas une dimension nouvelle. À partir de 1924 et jusqu’aux difficultés financières de Bentley en 1931, plus de 700 châssis de la marque reçoivent une carrosserie Vanden Plas. Cette collaboration devient l’une des plus importantes de l’histoire du carrossier et associe durablement son nom aux automobiles britanniques de très haut niveau.

Vanden Plas contribue également à l’image sportive de Bentley. Certaines voitures d’usine engagées au Mans, notamment les Speed Six victorieuses à la fin des années 1920, utilisent des carrosseries légères réalisées par le carrossier. L’intérêt historique de cet engagement ne réside pas dans l’établissement d’un palmarès détaillé, mais dans le rôle joué par ces voitures dans la réputation de Vanden Plas. La société démontre qu’une carrosserie luxueuse peut aussi répondre à des impératifs de légèreté et d’efficacité.

Lorsque Bentley connaît des difficultés en 1931, Vanden Plas doit diversifier sa clientèle. L’entreprise travaille alors pour d’autres marques britanniques prestigieuses, parmi lesquelles Alvis, Lagonda, Daimler et Rolls-Royce. Elle adapte également ses méthodes à la production de petites séries de carrosseries similaires, une évolution importante par rapport au pur sur-mesure artisanal.

Pendant ce temps, l’activité belge décline. La disparition de Minerva à la fin de 1934 prive la maison d’origine d’un client essentiel et la production cesse en Belgique en 1935. La société belge ne sera juridiquement liquidée qu’en 1949, mais à partir du milieu des années 1930, l’histoire de Vanden Plas devient avant tout britannique.

1946 : Austin rachète Vanden Plas et transforme son rôle

La Seconde Guerre mondiale interrompt à nouveau la production automobile de Kingsbury. L’usine participe notamment à la fabrication de structures destinées à l’aviation. À la fin du conflit, le retour à la carrosserie traditionnelle intervient dans un marché profondément transformé : les constructeurs tendent désormais à produire des voitures complètes et le modèle économique des carrossiers indépendants devient plus difficile à maintenir.

Vanden Plas se rapproche alors d’Austin. Les sources situent le début de cette intégration entre 1945 et 1946, cette dernière année correspondant au passage de Vanden Plas au statut de filiale du constructeur. Ce rachat constitue l’une des ruptures majeures de son histoire. L’entreprise conserve son savoir-faire et son usine, mais elle n’est plus un carrossier indépendant travaillant librement pour une multitude de clients.

Son rôle consiste désormais à apporter une finition très haut de gamme aux grandes automobiles du groupe. La Princess, développée sur une base Austin, devient emblématique de cette période. Vanden Plas s’occupe de carrosseries, d’aménagements intérieurs et de finitions particulièrement soignées, avec du cuir, du bois et une attention artisanale qui permettent à Austin de proposer des voitures de représentation au-dessus de sa gamme habituelle.

1960 : Vanden Plas devient une véritable marque au sein de BMC

La fusion d’Austin et de Morris dans la British Motor Corporation modifie encore le contexte industriel. Vanden Plas appartient désormais à un ensemble beaucoup plus vaste, BMC, qui cherche à multiplier les déclinaisons de ses plateformes afin de couvrir différents niveaux de marché.

Une première étape importante intervient en 1958 avec une version luxueuse de l’Austin A105 Westminster préparée par Vanden Plas. Le principe est simple mais déterminant pour l’avenir du nom : partir d’une automobile de grande série et lui ajouter une présentation suffisamment distinctive pour la faire accéder à un segment supérieur. Au lieu de créer entièrement une nouvelle carrosserie, Vanden Plas intervient désormais principalement par le choix des matériaux, l’équipement, l’insonorisation et les détails de finition.

En juillet 1960, la transformation devient aussi commerciale. Le nom Austin disparaît de la grande Princess et le modèle est commercialisé comme Vanden Plas Princess. Pour la première fois, Vanden Plas fonctionne véritablement comme une marque automobile à l’intérieur du groupe. Cette période reste particulière, car l’entreprise ne redevient pas indépendante pour autant : ses voitures utilisent des bases mécaniques et industrielles appartenant à BMC.

La stratégie atteint sa forme la plus caractéristique avec la Princess 1100, lancée en production en 1964 après l’accueil favorable réservé à un prototype présenté l’année précédente. Dérivée d’une petite berline BMC, elle reçoit une présentation intérieure habituellement associée à des automobiles bien plus coûteuses. Le modèle montre qu’un habitacle en cuir et bois, une finition élaborée et une identité spécifique peuvent transformer la perception d’une voiture issue de la grande série.

La même année apparaît la Princess 4 Litre R, équipée d’un moteur développé par Rolls-Royce. Ce projet représente l’autre ambition de Vanden Plas : rester présent sur le marché des grandes berlines de prestige. Son succès limité montre cependant combien il devient difficile pour la marque de se maintenir entre les constructeurs de luxe établis et les modèles BMC dont elle dérive.

1968 : British Leyland réduit progressivement l’autonomie de Vanden Plas

Les restructurations de l’industrie automobile britannique accélèrent la transformation de Vanden Plas. En 1967, l’entreprise cesse formellement d’être une filiale indépendante et devient une division de BMC. L’année suivante, la création de British Leyland rassemble encore davantage de marques, de plateformes et d’usines sous une même direction.

Dans cette nouvelle organisation, Vanden Plas conserve surtout son expertise dans la finition de luxe. Un exemple majeur est la Daimler DS420 lancée en 1968. Elle ne porte pas le badge Vanden Plas, mais son assemblage final et son garnissage sont confiés à l’usine de Kingsbury. Cette activité illustre parfaitement le changement de statut : la société contribue encore directement à des automobiles de prestige, mais son propre nom n’est plus nécessairement celui qui apparaît sur la voiture.

La gamme Vanden Plas continue parallèlement avec des dérivés luxueux de modèles du groupe. Cette orientation devient particulièrement visible avec la Vanden Plas 1500 lancée en 1974 sur la base de l’Austin Allegro. La transformation repose essentiellement sur une calandre spécifique, un habitacle enrichi et une présentation plus statutaire. Le modèle ne marque pas un retour à la grande carrosserie sur mesure, mais l’aboutissement du principe inauguré à la fin des années 1950 : utiliser le savoir-faire historique de Kingsbury pour créer la version la plus luxueuse d’une automobile produite en grande série.

1979 : la fermeture de Kingsbury met fin à Vanden Plas comme entité industrielle

L’usine historique britannique de Kingsbury ferme en 1979. Les derniers exemplaires de certains modèles sont achevés ailleurs dans le groupe, tandis que la production de la Vanden Plas 1500 et de ses évolutions s’arrête définitivement en 1980. La fabrication de la Daimler DS420 est transférée vers les installations de Jaguar.

Cette fermeture représente un tournant plus profond que l’arrêt d’un simple site industriel. Jusqu’alors, malgré les rachats et les changements de structure, Vanden Plas avait conservé à Kingsbury une réalité physique : des ateliers, une main-d’œuvre spécialisée et une activité propre de finition et d’assemblage. Après 1979, ce socle disparaît. Vanden Plas cesse pratiquement d’exister comme constructeur ou carrossier identifiable.

Le nom possède cependant une valeur commerciale suffisamment forte pour être conservé. British Leyland puis Austin Rover l’utilisent au cours des années 1980 pour désigner les versions les plus luxueuses de plusieurs modèles, dont les Metro, Maestro et Montego. Dans ce contexte, Vanden Plas n’est plus une marque autonome au sens industriel du terme : il devient un niveau de finition chargé d’évoquer le cuir, le bois et le prestige de la carrosserie historique.

1981 : Jaguar prolonge le nom Vanden Plas en Amérique du Nord

Une nouvelle étape commence au début des années 1980 lorsque Jaguar utilise Vanden Plas pour ses modèles haut de gamme vendus en Amérique du Nord. Les sources diffèrent légèrement sur le repère exact entre 1981 et 1982, notamment selon que l’on considère l’introduction ou la commercialisation, mais le principe est clair : le nom Vanden Plas devient sur ces marchés une désignation prestigieuse appliquée à des Jaguar particulièrement bien équipées.

Cette utilisation assure au nom une longévité inattendue après la disparition de l’usine de Kingsbury. Les Jaguar Vanden Plas ne correspondent pas à un retour de l’ancienne société. Elles sont des versions luxueuses de modèles Jaguar existants, commercialisées sous une appellation choisie pour sa valeur historique. Le nom qui désignait autrefois un carrossier belge, puis britannique, sert désormais essentiellement à signaler le sommet d’une gamme.

Au Royaume-Uni, une dernière tentative intervient en 2002 avec la Rover 75 Vanden Plas. Cette version à empattement allongé est transformée avec l’aide d’un carrossier extérieur. Son existence est brève : elle est rapidement rebaptisée Rover 75 LWB, puis Rover 75 Limousine. Elle reste néanmoins la dernière automobile commercialisée au Royaume-Uni sous le nom Vanden Plas.

2009 : la disparition des Jaguar Vanden Plas clôt l’histoire commerciale du nom

Après l’effondrement de MG Rover en 2005, les droits liés au nom connaissent des trajectoires différentes selon les territoires. Les droits hors Amérique du Nord sont notamment associés au rachat d’actifs par Nanjing Automobile, société ensuite absorbée par SAIC. En Amérique du Nord, Jaguar continue pour sa part à employer Vanden Plas sur certaines XJ pendant les années 2000.

Cette dernière utilisation prend fin avec le renouvellement de la gamme XJ à la fin de 2009. Depuis lors, aucune nouvelle gamme automobile régulière ne porte le nom Vanden Plas. En 2026, celui-ci doit donc être considéré comme un nom automobile historique dormant, et non comme un constructeur encore en activité. Il demeure néanmoins protégé comme propriété intellectuelle sur certains marchés, avec des droits ayant évolué différemment selon les territoires.

L’arrêt du nom sur les voitures neuves clôt une histoire commencée plus d’un siècle auparavant dans les ateliers bruxellois de la famille Van den Plas. Entre-temps, Vanden Plas aura successivement été un carrossier belge, une grande maison britannique associée à Bentley, une filiale d’Austin, une marque de luxe de BMC, une division de British Leyland puis une appellation haut de gamme employée par Rover et Jaguar. Cette succession de statuts explique pourquoi son histoire ne peut être réduite à celle d’un constructeur classique : sa continuité réside moins dans une gamme de voitures propre que dans un savoir-faire et un nom durablement associés à la finition automobile de prestige.