
Fondée à Milan en 1919 par Ugo Zagato, Zagato naît comme une carrosserie automobile profondément influencée par les techniques de l’aéronautique. Plutôt que de devenir un constructeur généraliste, l’entreprise italienne se spécialise dans les carrosseries légères, aérodynamiques et souvent destinées à la compétition. Son histoire se construit au fil de collaborations avec de grands constructeurs, de succès sportifs, de petites séries devenues recherchées, puis d’une transformation progressive du métier de carrossier en activité de design, d’ingénierie et de création automobile très exclusive.
1919 : Ugo Zagato fonde sa carrosserie à Milan
Ugo Zagato crée son entreprise en 1919 à Milan après avoir travaillé dans la carrosserie et dans l’industrie aéronautique. Cette expérience joue un rôle déterminant dans sa manière d’aborder l’automobile. À une époque où les carrosseries sont encore souvent lourdes et construites selon des méthodes traditionnelles, il cherche à appliquer aux voitures des principes issus de l’aviation : réduction du poids, emploi rationnel des matériaux, formes guidées par l’aérodynamique et structures plus efficaces.
Zagato n’est donc pas, à l’origine, une marque automobile comparable à un constructeur produisant ses propres châssis et moteurs. Il s’agit d’abord d’un carrossier indépendant qui habille et transforme les automobiles d’autres marques. Cette distinction restera essentielle pendant toute son histoire, même lorsque certaines voitures porteront très visiblement le nom Zagato ou seront produites en petites séries par l’entreprise.
1930 : la victoire à la Mille Miglia installe Zagato dans la compétition
Au cours des années 1920, Zagato développe une relation particulièrement importante avec Alfa Romeo. Le constructeur milanais trouve dans les carrosseries légères de Zagato un moyen d’améliorer les performances de ses voitures de sport et de compétition. Cette collaboration contribue à faire connaître le carrossier bien au-delà de son activité artisanale.
Le tournant le plus marquant intervient en 1930 lorsque l’Alfa Romeo 6C 1750 Gran Sport carrossée par Zagato remporte la Mille Miglia avec Tazio Nuvolari et Giovanni Battista Guidotti. Ce succès donne une validation spectaculaire aux choix techniques d’Ugo Zagato. La légèreté et l’aérodynamisme ne sont plus seulement des principes de conception : ils deviennent une composante de la réputation sportive de l’entreprise. Durant cette période, Zagato travaille également sur d’autres grandes automobiles de compétition, notamment autour des Alfa Romeo 6C et 8C.
1947 : la reconstruction d’après-guerre fait naître les Panoramica
La Seconde Guerre mondiale interrompt brutalement cette première période de développement. Les installations de Zagato sont détruites lors des bombardements de Milan en 1943. L’entreprise doit donc se reconstruire dans un environnement industriel profondément transformé.
À partir de l’immédiat après-guerre, avec des réalisations documentées dès 1947, Zagato introduit le concept Panoramica. Ces carrosseries se distinguent notamment par des surfaces vitrées plus importantes et une recherche de luminosité inhabituelle pour l’époque. Elles sont appliquées à différents châssis provenant notamment de Fiat, de Maserati et même de Ferrari.
Cette phase est importante parce qu’elle montre la capacité de Zagato à repartir sur de nouvelles bases plutôt qu’à reproduire simplement ses créations d’avant-guerre. L’entreprise retrouve progressivement sa clientèle sportive tout en élargissant son langage stylistique et ses relations avec plusieurs constructeurs européens.
1956 : les Fiat-Abarth Zagato ouvrent la voie aux petites séries
Le milieu des années 1950 marque un nouveau changement d’échelle. Avec la Fiat-Abarth 750 Coupé Zagato présentée en 1956, le carrossier associe son savoir-faire artisanal à une logique de production plus structurée. La voiture conserve les principes historiques de l’entreprise, avec une carrosserie légère et aérodynamique, mais elle est conçue pour pouvoir être reproduite en petite série.
Cette période renforce aussi le lien avec Abarth, dont les petites voitures sportives constituent un terrain idéal pour les carrosseries compactes de Zagato. Le fameux pavillon à deux bossages, souvent appelé « double bubble », devient alors l’un des éléments visuels les plus associés au nom Zagato. Cette forme répond d’abord à un besoin fonctionnel : conserver une ligne de toit basse tout en ménageant suffisamment d’espace pour les occupants.
En 1960, l’Abarth Zagato 1000 reçoit le Compasso d’Oro. La distinction est historiquement significative car elle récompense non seulement l’esthétique, mais aussi la capacité de Zagato à concilier conception sportive, efficacité formelle et fabrication semi-industrielle. L’entreprise montre ainsi qu’elle peut dépasser la réalisation de carrosseries uniques sans entrer dans la production automobile de masse.
1960 : l’Aston Martin DB4 GT Zagato consacre une réputation internationale
En octobre 1960, l’apparition de l’Aston Martin DB4 GT Zagato au Salon de Londres ouvre l’une des collaborations les plus célèbres de l’histoire du carrossier. Zagato allège et redessine la sportive britannique afin de lui donner un caractère plus directement orienté vers la compétition. Seulement 19 exemplaires de la série d’époque sont finalement produits, ce qui contribue ensuite à son statut exceptionnel parmi les automobiles de collection.
La relation avec Aston Martin donne à Zagato une visibilité internationale supplémentaire, mais les années 1960 restent aussi étroitement liées à Alfa Romeo. Les Giulietta SZ puis Giulia TZ et TZ2 poussent très loin la recherche de faible masse et d’efficacité aérodynamique. Leur succès en compétition renforce l’image de Zagato comme spécialiste des carrosseries dont la forme répond directement aux exigences de performance.
Cette décennie correspond à l’apogée du modèle historique de Zagato : un carrossier capable de dessiner, développer et parfois produire en petite série des automobiles très spécifiques pour différents constructeurs. En 1968, la mort d’Ugo Zagato entraîne le passage de l’entreprise à la deuxième génération. Son fils Elio prend la direction, tandis que Gianni Zagato occupe un rôle technique majeur. La continuité familiale évite une rupture brutale, mais le marché dans lequel évolue l’entreprise commence déjà à changer.
1972 : le Zele illustre la diversification face au déclin des carrossiers indépendants
Durant les années 1970, les grands constructeurs intègrent de plus en plus directement le style, le développement des carrosseries et l’industrialisation dans leurs propres bureaux d’études. Le rôle traditionnel des carrossiers italiens indépendants se réduit progressivement. Zagato doit donc rechercher de nouvelles activités afin de ne pas dépendre uniquement des commandes de coupés sportifs en petites séries.
Le Zele, petite voiture électrique développée à partir du début des années 1970, symbolise cette volonté de diversification. L’intérêt historique du modèle ne réside pas dans une production massive, mais dans ce qu’il révèle de la stratégie de l’entreprise : Zagato est prêt à expérimenter d’autres formes de mobilité alors que son métier traditionnel devient économiquement plus fragile.
Cette diversification ne supprime toutefois pas les difficultés structurelles. Les contrats de fabrication pour des constructeurs extérieurs peuvent représenter des volumes intéressants sans être nécessairement rentables. Le problème deviendra particulièrement visible au début de la décennie suivante.
1982 : la crise industrielle pousse Zagato vers un nouveau modèle économique
En 1982, après des problèmes de santé d’Elio Zagato, Andrea Zagato, représentant de la troisième génération, s’implique davantage dans l’entreprise. Il découvre une situation industrielle délicate, notamment autour de contrats de production dont la rentabilité est insuffisante. Dans un marché où les grands constructeurs dépendent de moins en moins des carrosseries indépendantes, maintenir une petite usine devient de plus en plus difficile.
La collaboration avec Aston Martin apporte alors une nouvelle impulsion grâce au programme V8 Zagato. Au cours de cette période, Aston Martin prend également une participation de 50 % dans la carrosserie milanaise. Cet épisode nuance l’idée parfois avancée d’une entreprise restée constamment détenue à 100 % par la famille Zagato : la continuité familiale dans la direction et l’identité de la société n’a pas empêché l’entrée d’actionnaires extérieurs.
Le tournant le plus profond vient cependant de l’adoption des outils numériques. À partir de 1986, Andrea Zagato s’intéresse aux systèmes de conception et de fabrication assistées par ordinateur déjà utilisés dans l’aéronautique. Cette compétence trouve une application majeure avec le projet ES30, devenu en 1989 l’Alfa Romeo SZ. Sa conception numérique et l’emploi de matériaux composites en font une automobile charnière pour Zagato. L’entreprise comprend alors que son avenir ne réside plus uniquement dans la fabrication physique des carrosseries, mais aussi dans la conception, l’ingénierie et le développement industriel.
1990 : Zagato abandonne progressivement l’usine pour devenir un studio et un atelier
Au cours des années 1990, Andrea Zagato engage une transformation décisive. La ligne de production industrielle, devenue économiquement difficile à soutenir, est fermée. Zagato se recentre sur les activités où son nom conserve une véritable valeur : design automobile, ingénierie, prototypes, développement numérique et carrosseries produites en quantités très limitées.
Cette évolution change profondément le statut économique de l’entreprise. Zagato ne cherche plus à fonctionner comme un petit fabricant automobile capable d’assembler des séries relativement importantes pour des tiers. Le carrossier historique se rapproche du modèle d’un studio de création et d’un atelier spécialisé dans les projets exclusifs.
Cette stratégie correspond également à l’évolution du marché des voitures de collection. Les grandes Zagato historiques prennent de la valeur, tandis que constructeurs et collectionneurs redécouvrent l’intérêt des séries limitées faisant référence à des collaborations anciennes. Le patrimoine de l’entreprise devient progressivement un élément central de son activité contemporaine.
2002 : la DB7 Zagato installe le modèle des séries modernes de collection
La DB7 Zagato, dévoilée au début des années 2000, concrétise ce repositionnement. Le projet renouvelle la collaboration avec Aston Martin sans chercher à reproduire le modèle industriel des décennies précédentes. La rareté est désormais voulue dès l’origine : la voiture s’adresse à un marché international de collectionneurs et utilise l’histoire commune des deux entreprises comme fondement du projet.
Ce principe devient caractéristique du Zagato du XXIe siècle. L’entreprise peut travailler pour différents constructeurs, développer des exemplaires uniques ou des séries très courtes et utiliser des références stylistiques historiques sans redevenir un constructeur généraliste.
La structure capitalistique continue parallèlement d’évoluer. En 2008, une opération menée via Koderat, contrôlée par Autoline Industries, conduit à une participation de 49 % dans Zagato S.r.l. et SZ Design S.r.l. Là encore, il s’agit d’un changement dans l’actionnariat de sociétés du groupe plutôt que d’une disparition de la continuité familiale et créative associée au nom Zagato.
2019 : le centenaire confirme la transformation de Zagato en signature automobile exclusive
Pour son centenaire en 2019, Zagato retrouve Aston Martin autour de la DBZ Centenary Collection. Le programme associe une DB4 GT Zagato Continuation construite à l’époque contemporaine et une DBS GT Zagato moderne. Cette opération résume bien l’évolution accomplie en un siècle : le patrimoine de la carrosserie devient lui-même la base de créations destinées à un marché très haut de gamme.
La période récente demande toutefois de distinguer soigneusement la marque de certaines sociétés juridiques qui ont porté son nom. En 2023, des documents financiers d’Autoline indiquent que Zagato S.r.l. et SZ Design S.r.l., anciennes sociétés associées via Koderat, sont placées en liquidation volontaire et que Koderat sort de l’actionnariat de Zagato S.r.l. Cet épisode ne correspond pas à une faillite ou à une disparition de Zagato en tant que signature automobile : l’activité de design et d’atelier se poursuit sous d’autres structures.
Aujourd’hui, Zagato fonctionne essentiellement comme un atelier de création automobile et un studio de design. Son activité reste centrée sur les automobiles exclusives, les séries limitées et les projets réalisés avec des constructeurs ou des clients spécialisés. Les créations présentées en 2024, 2025 et 2026 montrent que l’entreprise poursuit cette orientation. Plus d’un siècle après sa fondation, Zagato reste ainsi lié à l’automobile non par une gamme produite en grande série, mais par un métier de carrossier devenu une activité contemporaine de design, d’ingénierie et de réalisation sur mesure.
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