Présentée au Salon de l’automobile de Paris en 1966, la Ferrari 275 GTB/4 représente l’évolution la plus aboutie de la berlinette 275. Elle conserve l’architecture générale de la Ferrari 275 GTB, mais reçoit un V12 profondément remanié, doté de quatre arbres à cames en tête. Cette évolution technique, résumée par le chiffre 4 de son appellation, en fait la première Ferrari de série équipée d’un V12 à quatre arbres.
Produite jusqu’en mars 1968 à seulement 330 exemplaires, la 275 GTB/4 associe une mécanique issue de la compétition, une transmission arrière de type boîte-pont et une carrosserie dessinée par Pininfarina. Elle occupe ainsi une place particulière dans l’histoire de Ferrari, entre les berlinettes classiques du début des années 1960 et les modèles plus puissants qui leur succèdent.
Une évolution majeure de la Ferrari 275 GTB
La 275 GTB/4 ne constitue pas une simple déclinaison esthétique. Elle reprend la base de la 275 GTB à long capot, mais introduit une évolution importante du moteur et plusieurs améliorations mécaniques destinées à renforcer les performances comme l’agrément d’utilisation.
La différence la plus notable se trouve sous le capot. Le précédent V12 à un arbre à cames par rangée de cylindres cède sa place au moteur Tipo 226, équipé de deux arbres à cames pour chacune des deux rangées. Cette configuration permet un contrôle plus précis de la distribution à haut régime, tout en conservant deux soupapes par cylindre.
Ferrari relie directement cette architecture à ses prototypes de course, notamment à la Ferrari 275 P2. La GTB/4 transpose ainsi sur une voiture de route une solution développée dans un environnement où le rendement à haut régime, la lubrification et la fiabilité mécanique sont essentiels.
Un V12 quatre arbres de 300 ch
Le moteur Tipo 226 est un V12 à 60 degrés installé longitudinalement à l’avant. Sa cylindrée exacte atteint 3 285,72 cm³, avec un alésage de 77 mm et une course de 58,8 mm. Il développe 300 ch à 8 000 tr/min, une valeur élevée pour une voiture de grand tourisme produite au milieu des années 1960.
Le taux de compression est fixé à 9,2:1. L’alimentation repose sur six carburateurs Weber 40 DCN 9, chaque carburateur participant à la respiration du V12 et à sa capacité à prendre des régimes élevés. Cette architecture impose toutefois un réglage précis pour conserver une alimentation équilibrée sur l’ensemble des douze cylindres.
La lubrification par carter sec constitue un autre élément directement inspiré de la compétition. Contrairement à un carter humide classique, l’huile est stockée dans un réservoir séparé et mise en circulation par des pompes. Cette disposition limite les risques de déjaugeage lorsque la voiture subit de fortes accélérations longitudinales ou latérales.
Le moteur se distingue aussi par sa manière de délivrer ses performances. Sa puissance maximale est obtenue à un régime particulièrement élevé, ce qui souligne le caractère sportif de la mécanique. La 275 GTB/4 reste néanmoins une automobile de grand tourisme, conçue pour associer vitesse, stabilité et utilisation routière plutôt que pour reproduire exactement le comportement d’un prototype de course.
Une transmission pensée pour l’équilibre
La Ferrari 275 GTB/4 utilise une boîte manuelle à cinq rapports placée à l’arrière avec le différentiel. Cette disposition en boîte-pont permet de mieux répartir les masses entre les deux essieux qu’une boîte installée directement derrière le moteur.
Le moteur et la transmission sont reliés par un tube de poussée rigide. Cette solution améliore l’alignement de l’ensemble mécanique et contribue à réduire les problèmes de vibrations observés sur certaines premières 275 GTB, dont la liaison entre le moteur et la boîte arrière était moins rigide.
Le châssis tubulaire est réalisé en acier. Les quatre roues reçoivent une suspension indépendante à triangles superposés, avec ressorts hélicoïdaux et amortisseurs télescopiques. Cette architecture permet à chaque roue de réagir séparément aux irrégularités de la route, au bénéfice de la motricité et de la précision de conduite.
Le freinage est confié à quatre disques. Associé à la suspension indépendante et à la répartition des masses favorisée par la boîte-pont, ce dispositif correspond aux performances annoncées par Ferrari, avec une vitesse maximale de 268 km/h.
Caractéristiques techniques de la Ferrari 275 GTB/4
| Caractéristique | Valeur |
|---|---|
| Période de production | 1966 à mars 1968 |
| Production totale | 330 exemplaires |
| Moteur | V12 à 60 degrés, Tipo 226 |
| Cylindrée | 3 285,72 cm³ |
| Distribution | Quatre arbres à cames en tête, deux soupapes par cylindre |
| Alimentation | Six carburateurs Weber 40 DCN 9 |
| Puissance | 300 ch à 8 000 tr/min |
| Boîte de vitesses | Manuelle à cinq rapports, montée à l’arrière |
| Vitesse maximale annoncée | 268 km/h |
| Empattement | 2 400 mm |
| Poids à sec | 1 100 kg |
| Capacité du réservoir | 94 litres |
| Pneumatiques | 205 × 14 |
Le poids de 1 100 kg correspond à une valeur à sec. Il ne comprend donc pas nécessairement les fluides, le carburant et les autres éléments pris en compte dans une mesure en ordre de marche. Cette précision est importante lorsqu’il s’agit de comparer la GTB/4 à une automobile plus récente ou à une valeur publiée selon une autre méthode.
Une carrosserie Pininfarina réalisée par Scaglietti
La ligne de la 275 GTB/4 est dessinée par Pininfarina, tandis que la fabrication de la carrosserie est confiée à Scaglietti. Elle conserve les proportions caractéristiques de la 275 GTB à long nez, avec un capot étiré, un habitacle reculé et un arrière court.
Le renflement central du capot constitue l’un de ses signes distinctifs. Il répond à une nécessité mécanique, le nouveau V12 à quatre arbres demandant davantage d’espace sous le capot. Cette modification reste suffisamment discrète pour ne pas rompre l’équilibre général de la silhouette.
La GTB/4 se distingue nettement de la Ferrari 275 GTS. Cette dernière adopte une carrosserie ouverte et une orientation plus directement tournée vers le grand tourisme, tandis que la berlinette privilégie une structure fermée, une aérodynamique plus favorable et une présentation plus sportive.
Une production limitée et quelques carrosseries en aluminium
Ferrari a produit 330 exemplaires de la 275 GTB/4 entre 1966 et mars 1968. Ce volume réduit s’explique par une fabrication encore largement artisanale, par le positionnement très haut de gamme du modèle et par une période de commercialisation relativement courte.
Parmi ces voitures, seulement 16 auraient reçu une carrosserie en aluminium. Ce nombre doit être présenté avec prudence, car l’identification précise des configurations anciennes peut varier selon les archives et les critères retenus. Ces exemplaires se distinguent néanmoins des carrosseries en acier produites en plus grand nombre et figurent parmi les versions les plus rares de la série.
La place de la GTB/4 dans l’héritage sportif des 275
La 275 GTB/4 est avant tout une voiture de route, mais sa conception reste étroitement liée à l’expérience acquise par Ferrari en compétition. Son moteur à quatre arbres, son carter sec, sa boîte-pont et ses suspensions indépendantes illustrent le transfert de solutions techniques depuis les prototypes vers les modèles de grand tourisme.
La FIA a homologué la 275 GTB/4 en Groupe 4 le 2 avril 1967, sous le numéro 234. Cette homologation permettait au modèle d’être engagé dans la catégorie correspondante, même si son histoire sportive doit être distinguée de celle de la Ferrari 275 GTB Competizione, développée plus spécifiquement pour la course.
La GTB/4 reste ainsi importante moins par un palmarès propre que par la synthèse technique qu’elle propose. Elle combine les qualités d’une berlinette de route, une mécanique directement inspirée des prototypes et une architecture capable d’exploiter les 300 ch de son V12 sans renoncer à l’usage sur longue distance.
Une transition vers une nouvelle génération de berlinettes
La Ferrari 275 GTB/4 clôt la famille des 275 en portant son architecture à son niveau de développement le plus avancé. Sa production s’achève en mars 1968, au moment où Ferrari prépare une berlinette plus puissante et dotée d’un V12 de plus forte cylindrée.
La Ferrari 365 GTB/4 prend alors le relais dans la gamme. La 275 GTB/4 demeure toutefois un jalon technique essentiel, puisqu’elle a introduit sur une Ferrari de série le V12 à quatre arbres à cames qui définit encore aujourd’hui son identité mécanique.











