Présentée au Salon de Paris en 1973, la Ferrari Dino 308 GT4 occupe une place singulière dans l’histoire de Maranello. Elle inaugure le V8 sur une Ferrari de route produite en série, adopte une architecture 2+2 à moteur central arrière et rompt avec les lignes habituelles de la marque en confiant son dessin à Bertone. Derrière son appellation Dino et sa silhouette anguleuse se trouve donc un modèle de transition, déterminant pour les Ferrari sportives des décennies suivantes.
Une nouvelle direction après la Dino 246 GT
La 308 GT4 succède à la Ferrari Dino 246 GT, dont elle conserve l’idée d’une sportive plus compacte que les grandes Ferrari à douze cylindres. La filiation s’arrête toutefois en grande partie à ce positionnement. Le nouveau modèle abandonne le moteur V6 et la carrosserie très fluide de sa devancière pour adopter un V8, quatre places d’appoint et un style nettement plus géométrique.
Cette évolution répond à un objectif précis : proposer une voiture à moteur central capable d’accueillir deux passagers supplémentaires sans perdre les proportions d’une sportive. La Dino 308 GT4 mesure 4 300 mm de long, 1 800 mm de large et seulement 1 180 mm de haut. Son empattement de 2 550 mm permet d’intégrer une banquette arrière tout en conservant un gabarit relativement compact.
La première Ferrari de série dessinée par Bertone
Ferrari confie la carrosserie à Bertone, une décision qui marque une rupture après deux décennies de collaboration stylistique presque exclusive avec Pininfarina. La 308 GT4 devient ainsi la première Ferrari de série dessinée par Bertone depuis 1953.
Son style privilégie les surfaces planes, les lignes tendues et une silhouette en coin caractéristique des années 1970. Le pare-brise fortement incliné, le capot avant bas et les montants arrière épais donnent à la voiture une allure très différente de celle des coupés Ferrari contemporains. Cette conception ne cherche pas uniquement l’effet visuel : elle doit aussi dégager suffisamment d’espace pour les deux places arrière et pour le V8 installé transversalement derrière l’habitacle.
Cette carrosserie explique en partie pourquoi la 308 GT4 a longtemps divisé les amateurs. Elle s’éloigne des courbes traditionnellement associées à Ferrari, mais son architecture et son traitement formel traduisent avec cohérence les contraintes d’une sportive 2+2 à moteur central.
Un V8 central qui transforme la gamme Ferrari
La Dino 308 GT4 est la première voiture de route Ferrari produite en série à recevoir un moteur V8. Le bloc, monté transversalement en position centrale arrière, affiche une cylindrée exacte de 2 926,90 cm³. Dans sa configuration européenne, il développe 255 ch à 7 700 tr/min.
Ce V8 à 90 degrés reçoit quatre arbres à cames en tête, deux soupapes par cylindre et quatre carburateurs Weber 40 DCNF. Il est associé à une boîte manuelle à cinq rapports, complétée par une marche arrière. La lubrification fait appel à un carter humide, une solution plus simple que le carter sec utilisé sur certaines Ferrari plus radicales.
Selon les données historiques publiées par Ferrari, la 308 GT4 européenne peut atteindre 250 km/h. Le constructeur indique également un poids à sec de 1 150 kg et un réservoir de carburant de 80 litres. Ferrari ne fournit cependant pas de valeur officielle pour l’accélération de 0 à 100 km/h sur cette fiche, ce qui invite à considérer avec prudence les chiffres parfois avancés par des sources secondaires.
| Caractéristique | Donnée |
|---|---|
| Architecture | V8 central arrière transversal, 2+2 |
| Cylindrée | 2 926,90 cm³ |
| Puissance européenne | 255 ch à 7 700 tr/min |
| Alimentation | Quatre carburateurs Weber 40 DCNF |
| Transmission | Boîte manuelle à cinq rapports |
| Vitesse maximale annoncée | 250 km/h |
| Poids à sec | 1 150 kg |
| Empattement | 2 550 mm |
Une sportive 2+2 à moteur central arrière
La disposition mécanique constitue l’une des principales originalités du modèle. Contrairement à une grande routière 2+2 à moteur avant, la 308 GT4 place son groupe motopropulseur derrière les occupants. Les deux places arrière sont donc installées entre les sièges avant et le compartiment moteur.
Cette organisation impose un compromis d’habitabilité. Les sièges arrière conviennent davantage à des enfants, à de courts trajets ou à un usage comme espace de rangement complémentaire. Leur présence distingue néanmoins nettement la 308 GT4 des berlinettes strictement biplaces et permet à Ferrari d’élargir l’usage possible d’une sportive à moteur central.
La voiture ne doit donc pas être envisagée comme une simple 308 dotée de deux sièges supplémentaires. Son empattement, ses proportions et son dessin ont été pensés autour de cette configuration particulière, qui sera ensuite reprise sur d’autres Ferrari 2+2 à moteur central.
Pourquoi le nom Dino disparaît progressivement
Lors de son lancement, la 308 GT4 est commercialisée sous la marque Dino. Ferrari utilise alors cette appellation pour ses modèles dépourvus de moteur V12, afin de les distinguer des voitures portant directement l’écusson Ferrari.
La situation évolue en 1976, lorsque la marque Dino est abandonnée. Les 308 GT4 sont alors progressivement présentées comme de véritables Ferrari et reçoivent les emblèmes correspondants. Cette transition ne s’effectue pas nécessairement de manière parfaitement uniforme, ce qui explique l’existence de voitures associant, selon leur date de production ou leur configuration, différents badges et éléments d’identification.
La double désignation couramment employée aujourd’hui, Ferrari Dino 308 GT4, reflète cette histoire commerciale. Elle permet d’identifier clairement le modèle tout en rappelant qu’il a été lancé sous le seul nom Dino.
La Dino 208 GT4 et le seuil fiscal italien
Ferrari complète la gamme en 1975 avec la Ferrari Dino 208 GT4. Cette version est principalement destinée au marché italien, où les voitures dépassant deux litres de cylindrée sont soumises à une fiscalité défavorable.
Son V8 est donc ramené à 1 990,64 cm³. Il développe 125 kW et permet une vitesse maximale annoncée de 220 km/h. La 208 GT4 reprend l’architecture, la carrosserie et l’essentiel de la conception de la 308 GT4, mais ses performances sont logiquement moins élevées.
Ferrari a produit 840 exemplaires de la 208 GT4, contre 2 826 exemplaires de la 308 GT4. Les deux modèles doivent être distingués avec précision, notamment lors de l’identification d’une voiture ou de la lecture d’une annonce, car leur apparence générale est très proche.
La place de la 308 GT4 dans la famille des Ferrari V8
La 308 GT4 ne constitue pas seulement une curiosité stylistique. Son V8 transversal et son implantation centrale posent les bases d’une lignée appelée à devenir essentielle dans la gamme Ferrari. La Ferrari 308 GTB, dévoilée après elle, reprend le principe du V8 central dans une berlinette strictement biplace, avec une carrosserie plus conforme aux attentes traditionnelles de la clientèle Ferrari.
La famille s’élargit ensuite avec la Ferrari 308 GTS, dont le toit amovible ajoute une dimension découvrable sans modifier profondément l’architecture mécanique. Ces modèles bénéficient d’une image plus immédiatement identifiable à Ferrari, mais ils doivent une partie de leur base technique au chemin ouvert par la 308 GT4.
Au début des années 1980, l’alimentation par carburateurs laisse progressivement place à l’injection, notamment sur la Ferrari 308 GTBi. Cette évolution répond aux nouvelles contraintes de consommation et d’émissions, tout en modifiant le caractère et les performances des premières versions injectées.
Production, identification et importance historique
Avec 2 826 exemplaires construits, la 308 GT4 reste moins rare que certaines Ferrari contemporaines produites en très petites séries. Sa production limitée à quelques milliers d’unités, son statut de premier V8 Ferrari de route en série et sa carrosserie Bertone lui donnent néanmoins une identité historique très forte.
L’identification d’un exemplaire demande de tenir compte de plusieurs éléments : son année de fabrication, son marché de destination, sa cylindrée, ses emblèmes et les éventuelles transformations réalisées au fil du temps. Les différences de puissance entre marchés, notamment en raison des normes antipollution, rendent également nécessaire la distinction entre une version européenne et certaines configurations d’exportation.
La 308 GT4 est remplacée en 1980 par la Mondial 8. Cette dernière conserve le principe d’un coupé 2+2 à V8 central arrière, mais adopte un empattement allongé de 10 cm afin d’améliorer l’espace réservé aux passagers arrière. La continuité technique entre les deux modèles confirme le rôle fondateur de la Dino 308 GT4 dans le développement des Ferrari V8 à quatre places.









