Présenté en 2010, le Renault DeZir est un concept-car électrique biplace conçu pour matérialiser le nouveau langage stylistique de Renault. Avec sa carrosserie rouge très basse, ses portes en élytre et sa silhouette de coupé sportif, il ne préfigurait pas un modèle destiné à être commercialisé tel quel. Son rôle était plus large : montrer la direction esthétique prise par la marque et associer cette nouvelle identité à la technologie électrique Renault Z.E.
Le DeZir marque surtout le début de l’ère Laurens van den Acker à la tête du design Renault. Il inaugure une stratégie fondée sur les différentes étapes du cycle de la vie, chaque concept-car incarnant un thème particulier. DeZir représente le premier de ces thèmes, celui de l’amour et du coup de foudre. Cette dimension explique un dessin volontairement spectaculaire, davantage tourné vers l’émotion que vers les contraintes d’une voiture de série.
Un concept-car fondateur pour le design Renault
Le DeZir est dévoilé durant l’été 2010 avant sa présentation au Mondial de l’Automobile de Paris. Le projet est développé sous la direction de Laurens van den Acker, arrivé chez Renault après avoir travaillé notamment pour Mazda. Axel Breun supervise alors l’activité consacrée aux concept-cars et show cars, tandis que Yann Jarsalle est crédité pour le dessin extérieur.
La rupture avec les Renault de série de la fin des années 2000 est immédiate. Le DeZir adopte des volumes très fluides, des ailes fortement sculptées et surtout un grand losange Renault installé au centre de la face avant. Ce traitement du logo devient rapidement l’un des signes distinctifs de la nouvelle identité de la marque. Quelques années plus tard, la Renault Clio 4 transpose directement plusieurs de ces principes dans une automobile de grande série, avec une calandre recentrée autour du losange et des formes plus sensuelles.
Le nom DeZir joue lui-même sur deux idées. Il évoque le mot « désir », en cohérence avec le thème de l’amour, tandis que la lettre Z renvoie à l’univers Z.E. développé par Renault pour ses véhicules électriques. Le concept apparaît ainsi à une période où le constructeur prépare une offensive électrique beaucoup plus concrète, qui conduira notamment à la commercialisation de la Renault Zoe.
Une sportive électrique légère et réellement roulante
Contrairement à de nombreux show cars purement statiques, le DeZir est conçu comme un prototype roulant. Sa structure repose sur un châssis tubulaire en acier, associé à une carrosserie légère réalisée en Kevlar. Renault indique que certains principes et éléments de suspension sont proches de ceux employés sur la Mégane Trophy de compétition. Cela ne signifie pas pour autant que le DeZir dérive mécaniquement d’une Renault Megane 3 de série : le concept utilise une architecture spécifique de prototype.
Le moteur électrique est implanté à l’arrière et entraîne les roues arrière. Il développe 110 kW, soit 150 ch dans les données Renault, pour un couple maximal de 226 Nm. Certaines fiches publiées par la suite ont mentionné 160 ch, mais cette valeur ne correspond pas aux caractéristiques constructeur diffusées lors de la présentation. La transmission se fait par un réducteur, sans boîte de vitesses conventionnelle à plusieurs rapports.
La batterie lithium-ion affiche une capacité de 24 kWh et est placée derrière les occupants. Renault annonce une autonomie de 160 km, sans rattacher explicitement cette valeur à un cycle d’homologation comparable aux normes actuelles. Plusieurs modes de recharge sont prévus, dont une recharge complète sur prise domestique et une recharge rapide permettant d’atteindre environ 80 % de capacité en une vingtaine de minutes sur une alimentation adaptée.
Le DeZir expérimente aussi le principe Quick Drop, imaginé à cette époque pour remplacer rapidement un pack de batteries déchargé par un pack chargé. Renault envisage alors plusieurs solutions pour rendre la mobilité électrique viable, une démarche également visible sur des véhicules très différents comme le Renault Twizy. Le changement automatisé de batterie ne deviendra finalement pas le standard retenu par la marque.
Fiche technique de la Renault DeZir
| Caractéristique | Renault DeZir |
|---|---|
| Type | Concept-car électrique biplace |
| Année de présentation | 2010 |
| Carrosserie | Coupé 2 places, panneaux extérieurs en Kevlar |
| Structure | Châssis tubulaire en acier |
| Moteur | Électrique synchrone à rotor bobiné |
| Implantation | Arrière |
| Puissance maximale | 110 kW, soit 150 ch |
| Couple maximal | 226 Nm |
| Transmission | Propulsion |
| Boîte | Transmission directe avec réducteur |
| Batterie | Lithium-ion, 24 kWh |
| Autonomie annoncée | 160 km |
| Recharge domestique | Environ 8 heures |
| Recharge rapide | Environ 80 % en 20 minutes sur alimentation triphasée 400 V |
| Système d’échange de batterie | Quick Drop, environ 3 minutes annoncé |
| 0 à 50 km/h | 2,0 s |
| 0 à 100 km/h | 5,0 s |
| Vitesse maximale | 180 km/h |
| Poids à vide | 830 kg |
| Longueur | 4 225 mm |
| Largeur | 1 968 à 1 986 mm selon les documents diffusés |
| Hauteur | 1 163 mm |
| Empattement | 2 582 mm |
| Voie avant | 1 600 mm |
| Voie arrière | 1 705 mm |
| Garde au sol en charge | 110 mm |
| Suspension | Doubles triangles |
| Freins | Disques ventilés de 356 mm |
| Roues | 21 pouces |
| Pneus | Michelin 245/35 R21 |
| Coefficient aérodynamique Cx | 0,25 |
Un dessin spectaculaire dicté par l’aérodynamique
Le DeZir mesure à peine 1,16 m de haut, ce qui lui donne des proportions très éloignées de celles d’une Renault de série. La carrosserie rouge enveloppe de grandes roues de 21 pouces tandis que le pavillon dessine une arche continue jusqu’à l’arrière. Les surfaces latérales sont marquées par des panneaux perforés et par de fortes variations de volume autour des passages de roues.
Les portes constituent l’un de ses éléments visuels les plus reconnaissables. Elles s’ouvrent en élytre dans des directions opposées, donnant au véhicule une allure particulièrement théâtrale lorsqu’il est à l’arrêt. Cette solution relève avant tout du show car et n’a pas été conçue comme un système destiné à une industrialisation directe.
L’arrière se passe de lunette traditionnelle. Deux caméras assurent la rétrovision et permettent de préserver une poupe très enveloppante. Le soubassement est entièrement caréné et un diffuseur travaille le flux d’air sous la voiture. Renault annonce ainsi un coefficient de traînée Cx de 0,25, valeur remarquable pour un concept aux pneus très larges.
L’habitacle reprend la même opposition entre rouge et blanc. Les deux sièges semblent se rejoindre au centre dans une composition presque continue, tandis que l’instrumentation reste concentrée devant le conducteur. L’ensemble privilégie la mise en scène et la simplicité visuelle plutôt qu’une reproduction réaliste d’un poste de conduite destiné à la série.
Récupération d’énergie et solutions expérimentales
Le DeZir utilise la récupération d’énergie au freinage et à la décélération. Renault rapproche alors ce fonctionnement du principe du KERS employé en Formule 1 : une partie de l’énergie récupérée peut être réutilisée temporairement pour fournir un supplément de puissance. Sur le concept, cette fonction est commandée depuis le volant, renforçant la dimension sportive du prototype.
Le refroidissement du pack de batteries est intégré au travail aérodynamique. L’air est canalisé vers la zone arrière afin de participer à la gestion thermique sans multiplier les éléments visibles sur la carrosserie. Cette recherche d’intégration reflète l’objectif du DeZir : montrer qu’une voiture électrique peut être pensée comme une sportive légère et émotionnelle plutôt que comme un véhicule essentiellement guidé par l’efficience.
La masse annoncée de 830 kg illustre cette philosophie. Elle est extrêmement basse pour une automobile électrique équipée d’une batterie de 24 kWh, grâce à la structure tubulaire, à la carrosserie en matériaux légers et au caractère très dépouillé du prototype. Les performances annoncées, notamment le 0 à 100 km/h en 5 secondes, s’expliquent autant par cette légèreté que par la puissance du moteur.
Du DeZir aux Renault de série
Le DeZir n’a jamais été commercialisé et n’a pas donné naissance à une sportive électrique produite en petite série. Sa principale influence est esthétique. Le grand losange frontal, la simplification de la calandre et le travail des volumes latéraux ont progressivement été adaptés aux contraintes industrielles sur les Renault lancées dans les années suivantes.
Il ouvre aussi une série de concept-cars conçus autour du « cycle de la vie ». Captur, R-Space puis Frendzy développent d’autres thèmes, mais c’est DeZir qui fixe la première grammaire visuelle de cette période. Cette démarche permet à Renault de relier progressivement ses prototypes très expressifs à ses futurs véhicules de série sans chercher à reproduire littéralement leurs proportions ou leurs solutions techniques.
En 2016, le Renault Trezor reprend symboliquement la place occupée six ans plus tôt par le DeZir. Lui aussi est un grand coupé électrique spectaculaire associé au thème de l’amour, mais il appartient à une nouvelle phase du design Renault et développe un vocabulaire différent. Le rapprochement est donc conceptuel et stylistique, pas celui d’une succession de modèles de production.
Un prototype unique, pas une Renault de série
Le statut du DeZir explique l’absence de prix catalogue, de gamme ou de véritable période de production. Il s’agit d’un show car fonctionnel développé pour les salons et les démonstrations, et non d’un véhicule homologué pour une commercialisation. Les informations disponibles font état d’un exemplaire roulant utilisé notamment pour des présentations et des essais presse.
Cette distinction est importante car plusieurs bases automobiles ont parfois attribué au DeZir des caractéristiques typiques d’un modèle de série, comme une boîte automatique à plusieurs rapports ou des chiffres techniques divergents. Les données Renault décrivent au contraire une architecture électrique simple avec moteur arrière, réducteur et batterie de 24 kWh. De même, la longueur correcte diffusée lors de la présentation est de 4 225 mm, et non 4 425 mm comme on peut encore le lire dans certaines fiches.
Le DeZir reste ainsi un objet à part dans l’histoire récente de Renault : non par un volume de production ou une carrière commerciale, mais parce qu’il matérialise en une seule voiture le changement de direction stylistique de la marque au début des années 2010.
