La Ford Escort Mk3 apparaît en Europe en 1980 et transforme profondément une lignée née à la fin des années 1960. Cette troisième génération de la Ford Escort abandonne l’architecture classique à moteur longitudinal et roues arrière motrices au profit d’un moteur transversal et de la traction avant. Elle adopte aussi une carrosserie à hayon, une suspension à quatre roues indépendantes et les nouveaux moteurs CVH. Plus qu’une évolution, la Mk3 constitue donc une rupture technique avec ses devancières.
Une Escort entièrement repensée pour les années 1980
Au cours des années 1970, le marché européen des compactes évolue rapidement. Les voitures à moteur transversal, traction avant et hayon s’imposent progressivement comme la nouvelle référence du segment. Ford doit alors renouveler une Escort dont la conception demeure traditionnelle. La Ford Escort Mk2, lancée en 1975, conserve en effet le moteur longitudinal et la propulsion déjà employés sur la première génération.
Le programme de remplacement, connu sous le nom de code Erika, débouche sur une voiture presque entièrement nouvelle. Le développement est mené par Ford Europe, avec une implication des équipes britanniques et allemandes. Le style est conçu sous la direction d’Uwe Bahnsen, tandis que Patrick Le Quément figure parmi les designers associés au projet. L’aérodynamique reçoit une attention particulière, notamment au niveau de la poupe et de son petit décrochement caractéristique.
Présentée en 1980 et commercialisée à partir de septembre, l’Escort Mk3 est immédiatement proposée en berline à hayon trois ou cinq portes, tandis qu’un break complète la famille. Elle rencontre rapidement une reconnaissance institutionnelle importante puisqu’elle remporte le titre européen de Voiture de l’année 1981 avec 326 points, devant la Fiat Panda et l’Austin Metro.
Traction avant, moteurs CVH et quatre roues indépendantes
Le passage à la traction avant constitue le changement mécanique le plus important. Alors que la Ford Escort Mk1 et la Mk2 transmettaient leur puissance aux roues arrière, la Mk3 place son quatre cylindres transversalement et entraîne les roues avant. Cette disposition libère davantage d’espace dans l’habitacle et rapproche l’Escort des standards qui dominent désormais la catégorie.
Ford introduit parallèlement la famille de moteurs CVH, acronyme de Compound Valve angle Hemispherical. Les blocs de 1,3 et 1,6 litre constituent une part essentielle de la gamme, tandis que des moteurs 1,1 litre assurent l’entrée de gamme selon les marchés. Un diesel 1,6 litre d’environ 54 ch rejoint ensuite le catalogue en 1984. Les puissances diffèrent sensiblement suivant les pays, les années, l’alimentation et les niveaux de finition.
La transformation ne se limite pas au groupe motopropulseur. La coque autoporteuse est conçue pour combiner légèreté et rigidité, tandis que les quatre roues deviennent indépendantes. L’avant repose sur des jambes de force de type MacPherson et l’arrière abandonne l’essieu rigide des générations précédentes. La direction à crémaillère et les réglages de suspension évoluent encore au cours de la carrière du modèle.
Fiche technique de la Ford Escort Mk3
| Caractéristique | Données |
|---|---|
| Production | 1980 à début 1986 |
| Segment | Compacte, segment C |
| Carrosseries | Hayon 3 ou 5 portes, break, fourgonnette, cabriolet selon période et marché |
| Architecture | Moteur avant transversal, traction avant |
| Moteurs essence | 4 cylindres en ligne, notamment 1 117 cm3, 1 296 cm3 et environ 1 597 cm3 selon version |
| Moteur diesel | 4 cylindres 1 608 cm3, environ 54 ch |
| Puissance | Environ 50 ch à 132 ch selon moteur et version |
| XR3 | 1,6 litre à carburateur, environ 96 ch |
| XR3i | 1,6 litre à injection, environ 105 ch |
| RS1600i | 1,6 litre à injection, environ 115 ch |
| RS Turbo | 1,6 litre turbo, environ 130 à 132 ch |
| Alimentation | Carburateur ou injection selon version, injection Bosch K-Jetronic sur plusieurs variantes sportives |
| Boîtes de vitesses | Manuelle 4 rapports, manuelle 5 rapports selon version et période, automatique 3 rapports sur certaines configurations |
| Structure | Coque autoporteuse en acier |
| Suspension avant | Indépendante, jambes de force de type MacPherson |
| Suspension arrière | Roues indépendantes, ressorts hélicoïdaux |
| Direction | À crémaillère |
| Freins | Disques avant et tambours arrière sur de nombreuses versions, équipement renforcé sur les variantes sportives |
| Empattement | Environ 2 393 mm |
| Largeur | Environ 1 640 mm |
| Longueur | Environ 3,91 à 3,97 m pour les berlines courantes, davantage selon version et carrosserie |
| Poids à vide | Environ 765 kg pour certaines 1.1 à près de 990 kg pour la RS Turbo, selon spécification |
| Vitesse maximale | Environ 146 km/h sur certaines 1.1, jusqu’à environ 205 km/h pour la RS Turbo |
| 0 à 100 km/h | Environ 15,8 s pour certaines 1.1, environ 9,7 s pour la XR3 et environ 8,9 s pour la RS Turbo |
| Coefficient aérodynamique | Environ 0,38 à 0,389 pour certaines versions standard, valeur différente suivant la configuration |
XR3, XR3i, RS1600i et RS Turbo
La gamme sportive joue un rôle majeur dans l’identité de cette génération. Dès 1980, la XR3 coiffe une partie du catalogue avec son moteur 1,6 litre à carburateur développant environ 96 ch. Son équipement extérieur spécifique, ses roues plus larges et ses réglages de châssis lui donnent une personnalité nettement différente de celle des Escort courantes. Elle devient rapidement l’une des versions emblématiques de la Mk3.
L’XR3i lui succède avec une injection Bosch K-Jetronic et une puissance portée à environ 105 ch. Plus spécialisée, la RS1600i développe approximativement 115 ch et reçoit des adaptations destinées à l’homologation en Groupe A. Elle illustre la volonté de Ford de conserver un lien entre l’Escort et la compétition malgré le passage à une architecture très différente des anciennes Escort à propulsion.
La RS Turbo pousse le concept plus loin. Présentée en 1984 puis commercialisée en 1985 sur les principaux marchés européens, elle associe le quatre cylindres CVH 1,6 litre à un turbocompresseur Garrett T3, une injection Bosch et un échangeur. Avec environ 130 à 132 ch pour une masse proche d’une tonne, elle atteint approximativement 205 km/h. Cette première Escort RS Turbo appartient bien à la génération Mk3 et ne doit pas être confondue avec la beaucoup plus tardive Ford Escort RS Cosworth.
Ford travaille également sur la spectaculaire RS1700T destinée au Groupe B. Malgré une carrosserie évoquant la Mk3, ce prototype de compétition adopte une architecture à moteur longitudinal et propulsion radicalement différente de celle de l’Escort de série. Le projet est finalement abandonné, Ford privilégiant ensuite la RS200 pour son programme Groupe B.
Une gamme plus vaste que la berline à hayon
La Mk3 est reconnaissable à ses lignes tendues, ses phares rectangulaires, sa calandre sombre et sa poupe particulière. Le hayon est associé à un léger décrochement qui donne à l’arrière un profil intermédiaire entre une compacte classique et une petite carrosserie à trois volumes. Ce dessin, parfois associé au terme Aeroback, contribue aussi au travail aérodynamique réalisé pendant le développement.
Ford multiplie les déclinaisons autour de cette base. Aux versions trois et cinq portes s’ajoutent le break, proposé ensuite avec cinq portes, ainsi qu’une variante utilitaire. Un cabriolet réalisé en coopération avec Karmann apparaît également au cours de la carrière. Les finitions et appellations varient suivant les marchés, avec notamment des niveaux L, GL ou Ghia.
À partir de 1983, Ford exploite la même base pour créer la Ford Orion. Celle-ci reçoit une véritable malle arrière et un positionnement plus statutaire. Ford peut ainsi proposer une berline tricorps sans renoncer au hayon qui caractérise l’Escort Mk3. Dans la gamme européenne de l’époque, la Ford Fiesta 2, lancée en 1983, occupe pour sa part le segment inférieur.
De la Mk3 à la nouvelle génération d’Escort
La carrière de la Mk3 s’étend jusqu’au début de 1986. Les dates exactes de transition diffèrent suivant les marchés et les sites de fabrication, ce qui explique que la génération soit parfois décrite comme une 1980-1985 et parfois comme une 1980-1986. La production européenne est notamment assurée dans les usines de Saarlouis en Allemagne, Halewood au Royaume-Uni et Almussafes en Espagne.
En 1986, Ford lance celle qui est généralement désignée comme l’Escort Mk4. Contrairement au bouleversement intervenu en 1980, cette nouvelle étape conserve une grande partie de l’architecture technique de la Mk3 et modernise surtout sa présentation, son aérodynamique et ses équipements. La base inaugurée par le projet Erika possède donc une durée de vie plus longue que la seule période commerciale attribuée à la troisième génération.
L’Escort poursuit ensuite sa carrière européenne pendant les années 1990 avec de nouvelles générations et de nombreuses déclinaisons. Elle disparaît finalement du catalogue au profit de la Ford Focus, lancée en Europe en 1998. La transformation opérée par la Mk3 en 1980 avait toutefois fixé, près de deux décennies auparavant, l’architecture moderne de la compacte Ford à moteur transversal et traction avant.




