La Ford Escort Mk1 apparaît au tournant de 1967 et 1968 pour remplacer la Ford Anglia. Produite d’abord à Halewood en Angleterre, cette compacte à moteur avant et propulsion devient rapidement l’un des piliers de Ford en Europe. Sa carrière ne se résume pourtant pas à ses célèbres versions de rallye : la Mk1 est avant tout une automobile familiale simple, légère et déclinée en de nombreuses carrosseries et motorisations.
La production commence à la fin de 1967, mais 1968 constitue l’année de référence de la première génération, notamment avec sa présentation au Salon de Bruxelles en janvier. Le nom Mk1, ou Mark I, sert surtout rétrospectivement à distinguer cette première Ford Escort des générations suivantes. À son lancement, elle est simplement commercialisée sous le nom Escort.
Une nouvelle compacte pour Ford Europe
L’Escort naît dans une période de profonde réorganisation de Ford sur le continent. Ford of Europe est constitué en 1967 afin de rapprocher les activités britanniques et allemandes du constructeur. La nouvelle compacte doit ainsi pouvoir séduire au-delà du seul marché britannique, contrairement à certaines Ford européennes antérieures dont les gammes différaient fortement d’un pays à l’autre.
La recette reste volontairement classique. La carrosserie repose sur une coque autoporteuse, le quatre-cylindres est installé longitudinalement à l’avant et entraîne les roues arrière. La suspension avant adopte des jambes de force MacPherson, tandis que l’arrière conserve un essieu rigide avec ressorts à lames. Une direction à crémaillère et une boîte manuelle à quatre rapports complètent cette architecture robuste et relativement légère.
La berline deux portes constitue la silhouette emblématique de la Mk1, mais Ford élargit rapidement l’offre avec une quatre portes, un break et une variante utilitaire tôlée. Selon les marchés, les niveaux de finition et appellations diffèrent également. Cette diversité explique pourquoi il est impossible de réduire toute la génération à une seule configuration technique.
L’Escort prend place sous la Ford Cortina dans la hiérarchie du constructeur. Elle répond à une vocation plus accessible et compacte, tout en offrant suffisamment de polyvalence pour devenir aussi bien une voiture familiale qu’une base de compétition.
Un style immédiatement reconnaissable
Avec un peu plus de quatre mètres de longueur dans ses configurations courantes, l’Escort Mk1 conserve des proportions compactes. Son moteur longitudinal lui impose néanmoins un capot assez long, associé à un habitacle relativement droit et à une poupe courte. La carrosserie reste plus conventionnelle que celle de l’Anglia qu’elle remplace, notamment par l’abandon de la spectaculaire lunette arrière inversée de cette dernière.
La face avant constitue son signe distinctif le plus évident. La forme de la calandre et de son encadrement a notamment valu à l’Escort de première génération le surnom allemand de Hundeknochen, littéralement « os de chien ». Les détails de calandre, les phares, les enjoliveurs et les ornements évoluent cependant suivant les années, les finitions et les pays.
Cette silhouette ne doit pas être confondue avec celle de la Ford Escort Mk2. Sa remplaçante conserve une partie importante de l’architecture mécanique de la première génération, mais reçoit une carrosserie beaucoup plus rectiligne. La Mk1 reste reconnaissable à ses volumes plus arrondis et à sa proue caractéristique.
Des moteurs Kent aux Escort sportives
Les Escort de grande série utilisent principalement des quatre-cylindres Ford Kent Crossflow à soupapes en tête. Les cylindrées de 1 098 et 1 298 cm³ occupent une place centrale dans la gamme initiale. La puissance dépend du marché, de la finition et surtout de la norme employée pour la mesurer : les valeurs SAE rencontrées dans certaines documentations sont sensiblement supérieures aux chiffres DIN européens. Le 1300 GT constitue déjà une variante plus dynamique sans appartenir aux développements les plus radicaux.
La simplicité de la propulsion et le faible poids de la voiture offrent cependant à Ford une excellente base sportive. L’Escort Twin Cam associe ainsi la nouvelle coque au moteur Lotus Twin Cam de 1 558 cm³ et à plusieurs solutions issues de l’expérience acquise avec la Cortina Lotus. Elle ouvre la voie aux Escort les plus recherchées de cette première génération.
Ford développe ensuite les Mexico, RS1600 et RS2000. La Mexico est liée au succès de l’Escort dans le marathon Londres-Mexico de 1970, tandis que la RS1600 reçoit le quatre-cylindres BDA à double arbre à cames développé avec Cosworth. La RS2000, apparue plus tard, adopte le 2,0 litres Pinto. Ces modèles appartiennent bien à la famille Mk1, mais leurs caractéristiques ne doivent pas être attribuées à une Escort standard.
Cette diversification sportive accompagne une autre nouveauté européenne de la même période, la Ford Capri. Les deux modèles suivent toutefois des logiques différentes : la Capri privilégie dès l’origine l’image du coupé sportif, alors que l’Escort demeure une familiale populaire dont Ford exploite exceptionnellement bien le potentiel en compétition.
Fiche technique de la Ford Escort Mk1
| Caractéristique | Ford Escort Mk1 |
|---|---|
| Période | Production commencée fin 1967, lancement public en 1968, remplacement progressif en 1974-1975 selon les marchés |
| Architecture | Moteur avant longitudinal, propulsion |
| Structure | Coque autoporteuse en acier |
| Carrosseries | Berline 2 portes, berline 4 portes, break, utilitaire tôlé |
| Moteurs de grande série | 4 cylindres Ford Kent Crossflow, notamment 1 098 et 1 298 cm³ |
| Versions sportives principales | 1300 GT, Twin Cam, Mexico, RS1600, RS2000 |
| Boîte principale | Manuelle à 4 rapports |
| Boîte automatique | 3 rapports sur certaines versions et certains marchés |
| Suspension avant | Indépendante, jambes de force MacPherson et ressorts hélicoïdaux |
| Suspension arrière | Essieu rigide, ressorts à lames semi-elliptiques |
| Direction | À crémaillère |
| Freinage | Variable selon moteur et finition, tambours et/ou disques avant selon version |
| Empattement | Environ 2 400 mm |
| Longueur | Environ 4 045 à 4 052 mm pour la berline selon version et source |
| Largeur | Environ 1 572 mm |
| Hauteur | Environ 1 402 mm pour certaines berlines |
| Poids | Environ 770 à 850 kg pour de nombreuses berlines de grande série, selon équipement et moteur |
| Vitesse maximale | Environ 127 km/h pour certaines 1100, 134 km/h pour certaines 1300 et près de 147 km/h pour une 1300 GT, selon spécification |
| Réservoir | Environ 41 litres sur certaines versions standard |
| Principaux sites européens | Halewood, Genk, puis Saarlouis |
Une production européenne à grande échelle
La Mk1 débute sa carrière industrielle à Halewood. Ford ajoute rapidement Genk en Belgique pour alimenter notamment les marchés à conduite à gauche, puis Saarlouis en Allemagne de l’Ouest. Le 16 janvier 1970, la première automobile sortie de la nouvelle usine de Saarlouis est justement une Escort. D’autres marchés disposent également d’une production ou d’un assemblage local.
La réussite commerciale est considérable. Les données historiques disponibles placent la production européenne totale autour de 2,14 millions d’exemplaires, avec environ 1,30 million de voitures relevant de la production britannique et près de 850 000 de la branche allemande. Derrière ce total se cachent cependant des configurations très différentes, depuis les modestes berlines 1100 jusqu’aux sportives produites en quantités bien plus réduites.
À partir de 1974-1975, la Mk2 prend progressivement le relais. L’histoire technique de l’Escort connaît une rupture beaucoup plus profonde quelques années plus tard avec la Ford Escort Mk3, qui abandonne la traditionnelle propulsion au profit d’un moteur transversal et de la traction avant.
La compétition au coeur de la réputation de la Mk1
Ford engage très tôt l’Escort en compétition par l’intermédiaire de son département de Boreham. La Twin Cam permet de transformer rapidement la nouvelle familiale en véritable voiture de rallye, avant que les développements RS n’élèvent encore son potentiel. Sa coque compacte, son poids contenu et sa mécanique longitudinale facilitent les préparations, tandis que la propulsion convient particulièrement aux rallyes de l’époque.
Le marathon Londres-Mexico de 1970 devient l’un de ses épisodes fondateurs. Hannu Mikkola et Gunnar Palm remportent l’épreuve sur une Escort préparée, succès suffisamment important pour que Ford baptise Mexico une version routière. Deux ans plus tard, Mikkola et Palm remportent également l’East African Safari sur Escort RS1600. Roger Clark et Tony Mason s’imposent au RAC Rally 1972, au début d’une longue domination de l’Escort dans cette épreuve qui se poursuivra avec la génération suivante.
Cette carrière sportive a profondément modifié l’image d’une automobile conçue à l’origine pour le marché familial. Elle explique aussi les écarts considérables de valeur entre une Escort 1100 ou 1300 ordinaire et une authentique Twin Cam, Mexico ou RS. Les transformations réalisées au fil des décennies rendent en outre l’identification précise des sportives d’origine particulièrement importante sur le marché de collection.
Le nom Escort restera durablement associé aux performances chez Ford. Bien plus tard, l’Ford Escort RS Cosworth renouera avec cette association entre Escort, compétition et hautes performances, même si elle appartient techniquement à une époque et à une conception très différentes de la légère propulsion apparue en 1968.




