Bugatti Type 57s

Bugatti Type 57s

Apparue en 1936, la Bugatti Type 57S transpose la grande routière Type 57 dans une architecture beaucoup plus sportive. Sa lettre S signifie « surbaissé » : le châssis est raccourci, considérablement abaissé et associé à une évolution plus performante du huit cylindres de 3,3 litres. Produite jusqu’en 1938 en très petite série, elle sert de base à quelques-unes des carrosseries les plus recherchées de l’histoire de Bugatti.

Une Type 57 raccourcie et surbaissée

La Bugatti Type 57, lancée en 1934, constitue le point de départ. Elle doit concilier confort, vitesse et prestige, alors que la Type 57S pousse nettement le curseur vers les performances. Son empattement est ramené d’environ 3,30 m à 2,98 m et son architecture est profondément revue pour rapprocher la carrosserie du sol. Il ne s’agit donc pas simplement d’une Type 57 dotée d’un moteur plus puissant.

La 57S prend aussi la relève de la Bugatti Type 55 dans le rôle de la grande sportive routière de Molsheim. Jean Bugatti occupe une place centrale dans cette évolution de la gamme. La nouvelle voiture conserve le raffinement mécanique attendu d’une Bugatti, mais l’associe à des proportions plus compactes et à une silhouette sensiblement plus basse.

Les premiers exemplaires apparaissent durant l’été 1936. Le châssis 57384, achevé le 27 août, est notamment identifié comme la première voiture sortie de Molsheim avec un moteur répondant à la spécification S. Quelques jours plus tard, le roadster Corsica 57375 destiné à Nicholas Embiricos est livré et participe au Tourist Trophy. Ces automobiles illustrent immédiatement la double vocation de la 57S : grand tourisme rapide et utilisation sportive.

Un châssis spécifique conçu pour rouler plus bas

La transformation la plus importante concerne le châssis. Pour obtenir une assiette particulièrement basse, Bugatti fait passer l’essieu arrière à travers de grandes ouvertures pratiquées dans les longerons plutôt que sous ceux-ci. Cette solution devient l’un des signes techniques caractéristiques de la Type 57S. À l’arrière, l’essieu rigide travaille avec des ressorts quart-elliptiques inversés.

L’avant reçoit un essieu divisé en son milieu, dispositif inhabituel que Bugatti présente comme annonçant le principe d’une suspension avant indépendante. Il ne faut cependant pas l’assimiler à une suspension indépendante moderne. Les freins restent constitués de grands tambours à commande mécanique, d’environ 350 mm de diamètre, tandis que les roues à rayons participent à l’allure très légère de l’ensemble.

Cette architecture rapproche la 57S de l’univers de la compétition. Son développement bénéficie de l’expérience accumulée sur des Bugatti de course telles que la Bugatti Type 59. La carrosserie placée très bas entre les roues, le long capot et la réduction de l’empattement donnent ainsi à la 57S des proportions nettement différentes de celles d’une Type 57 conventionnelle.

Un huit cylindres 3,3 litres porté à environ 170 ch

Sous le long capot demeure l’architecture emblématique de la Type 57 : un huit cylindres en ligne de 3 257 cm3, avec un alésage de 72 mm et une course de 100 mm. Il dispose de deux arbres à cames en tête et de deux soupapes par cylindre. Dans la spécification S, le taux de compression est augmenté et la lubrification fait appel à un carter sec, mieux adapté aux contraintes d’une utilisation rapide.

La puissance de référence est d’environ 170 ch à 5 500 tr/min, certaines documentations historiques donnant des valeurs légèrement supérieures. Associé à une boîte manuelle à quatre rapports et à la propulsion arrière, ce moteur permet à la 57S d’approcher 200 km/h dans certaines configurations. Une telle vitesse place la Bugatti parmi les automobiles routières les plus rapides de la seconde moitié des années 1930.

La désignation demande toutefois une distinction importante. La Bugatti Type 57C correspond à une Type 57 équipée d’un compresseur, alors que la Type 57S se définit d’abord par son châssis surbaissé. Lorsque cette dernière reçoit à son tour un compresseur, elle devient une Type 57SC. Plusieurs 57S ont été converties ultérieurement en configuration SC, ce qui explique que l’état actuel d’un exemplaire ne corresponde pas nécessairement à sa configuration de livraison.

Fiche technique de la Bugatti Type 57s

CaractéristiqueBugatti Type 57S
Période de production1936 à 1938
ArchitectureMoteur longitudinal avant, propulsion
Moteur8 cylindres en ligne, double arbre à cames en tête, 2 soupapes par cylindre
Cylindrée3 257 cm3
Alésage x course72 x 100 mm
Taux de compression8,5:1
AlimentationCarburateur
LubrificationCarter sec
PuissanceEnviron 170 ch à 5 500 tr/min
Boîte de vitessesManuelle à 4 rapports et marche arrière
EmbrayageDouble disque à sec
Suspension arrièreEssieu rigide, ressorts quart-elliptiques inversés
FreinsTambours mécaniques aux quatre roues, environ 350 mm
RouesRoues à rayons
Pneumatiques18 x 5.50 avant, 18 x 6.00 arrière
EmpattementEnviron 2,98 m
VoieEnviron 1,35 m
Poids du châssisEnviron 950 kg
Vitesse maximaleJusqu’à environ 200 km/h selon carrosserie et configuration

Atlantic, Atalante et carrosseries sur mesure

La Type 57S ne correspond pas à une carrosserie unique. Bugatti pouvait fournir un châssis destiné à recevoir une réalisation maison ou le travail d’un carrossier indépendant. Cette diversité explique les différences importantes de dimensions, de masse et même d’apparence entre les exemplaires survivants. Corsica, Vanvooren et Vanden Plas comptent parmi les maisons ayant habillé des châssis de cette famille.

La Bugatti Type 57 Atlantic en constitue l’expression la plus spectaculaire. Sa carrosserie extrêmement basse, inspirée de l’Aérolithe, se distingue notamment par sa ligne dorsale rivetée et ses ailes très enveloppantes. Elle a contribué à associer durablement le châssis 57S aux créations les plus audacieuses de Jean Bugatti, sans pour autant résumer à elle seule toute la production.

La Bugatti Type 57 Atalante offre une interprétation différente du coupé sportif. Sa ligne reste très basse mais adopte une architecture plus conventionnelle que celle de l’Atlantic, avec un habitacle compact placé derrière un long capot. D’autres 57S prennent la forme de roadsters, cabriolets ou sports tourers, ce qui rend l’identification du châssis et de sa configuration d’origine plus importante que la seule silhouette extérieure.

Une production minuscule et des exemplaires très individualisés

Le nombre exact de Type 57S fait l’objet de décomptes divergents. La documentation historique publiée par Bugatti a avancé 43 exemplaires, tandis que d’autres documents de la marque évoquent 42 châssis et que le Bugatti Trust en recense 40. La formulation la plus rigoureuse consiste donc à retenir une production de l’ordre d’une quarantaine de voitures, généralement située entre 40 et 43 selon la méthode de comptage.

Cette faible production est encore compliquée par les transformations réalisées au cours de la vie des voitures. Certaines ont changé de carrosserie, d’autres ont reçu un compresseur et sont aujourd’hui présentées dans une spécification 57SC. Pour les exemplaires historiques, le numéro de châssis, le moteur, la carrosserie d’origine et les modifications successives sont donc essentiels pour établir précisément l’identité de la voiture.

Plusieurs châssis possèdent une histoire particulièrement documentée. Le 57375 de Nicholas Embiricos est associé aux débuts sportifs du modèle. Le 57502, une Atalante commandée par Francis Curzon, cinquième Earl Howe, est devenu célèbre après avoir passé plusieurs décennies à l’abri des regards avant sa redécouverte. Vendu une première fois en 2009, il a atteint 10,44 millions d’euros lors d’une vente en 2020, résultat propre à cet exemplaire et non cote générale de la Type 57S.

De la route à la compétition Bugatti

La Type 57S entretient des rapports étroits avec le programme sportif de Bugatti sans devoir être confondue avec les prototypes de course de la marque. Les Type 57G « Tank » exploitent des développements issus de la même famille technique, mais constituent des voitures de compétition distinctes. Les succès obtenus par ces machines dans les grandes épreuves des années 1930 ne doivent donc pas être attribués directement aux 57S routières.

La carrière de la Type 57S elle-même s’arrête dès 1938. Son coût, sa fabrication presque artisanale et la variété de ses carrosseries en font un modèle à part au sein d’une gamme Type 57 produite beaucoup plus largement. Sa disparition intervient aussi dans une période où Jean Bugatti travaille déjà sur de nouvelles solutions stylistiques et techniques.

Parmi ces projets figure la Bugatti Type 64, développée à la veille de la Seconde Guerre mondiale et restée au stade expérimental. La mort de Jean Bugatti en août 1939 puis le conflit interrompent cette évolution, laissant la Type 57S comme l’une des dernières Bugatti routières de haute performance entièrement développées durant l’âge d’or de Molsheim.