Présentée en 2020, l’Aston Martin Speedster est une barquette biplace à moteur V12 conçue par Q by Aston Martin et produite en série très limitée. Son appellation officielle complète, Aston Martin V12 Speedster, résume sa formule : un V12 biturbo installé à l’avant, deux places séparées visuellement et une carrosserie entièrement ouverte, dépourvue de toit comme de pare-brise conventionnel. Limitée à 88 exemplaires, elle appartient aux projets les plus exclusifs de la marque britannique.
La Speedster ne doit pas être confondue avec le concept CC100 Speedster de 2013, ni avec la Vanquish Zagato Speedster. Le modèle de 2020 constitue un programme spécifique, doté de sa propre carrosserie en fibre de carbone et d’une architecture combinant des éléments techniques provenant de plusieurs Aston Martin contemporaines. Sa conception associe ainsi références historiques, mécanique moderne et possibilités de personnalisation offertes par le département Q.
Un speedster moderne inspiré des Aston Martin de course
Aston Martin annonce le projet en janvier 2020, avant de dévoiler la voiture le 4 mars de la même année à Gaydon. Le développement est particulièrement rapide : la marque indique que le programme a été mené en un peu plus de douze mois. L’objectif n’est pas de transformer un cabriolet existant en speedster, mais de créer une automobile spécifique autour d’une expérience de conduite très exposée, dans laquelle conducteur et passager se trouvent directement confrontés à l’air extérieur.
Cette philosophie s’appuie sur plusieurs références historiques. L’Aston Martin DBR1, victorieuse aux 24 Heures du Mans en 1959, constitue la plus évidente. Aston Martin cite également la DB3S et le CC100 de 2013. La Aston Martin DB3S est particulièrement intéressante pour comprendre la filiation visuelle : ses formes ouvertes et ses volumes dédiés aux occupants appartiennent au même imaginaire de voiture de sport légère et dépouillée.
Le dessin est développé par les équipes d’Aston Martin Design et de Q by Aston Martin. Miles Nurnberger, alors directeur du design, fait partie des responsables associés au projet, tandis que Marek Reichman supervise l’identité stylistique de la marque. Le résultat évite de reproduire littéralement une voiture des années 1950. La Speedster reprend plutôt leurs principes, avec une silhouette très basse, un long capot et un habitacle ouvert, puis les transpose dans le langage technique et aérodynamique d’une Aston Martin du XXIe siècle.
Une carrosserie sans toit ni pare-brise
L’absence de pare-brise conventionnel détermine immédiatement la personnalité de la Speedster. Les deux occupants disposent de petits déflecteurs, mais restent largement exposés au flux d’air. Une longue structure centrale traverse visuellement l’habitacle et sépare les deux places, tandis que deux bossages prolongent les sièges vers l’arrière. Cette organisation donne presque l’impression de deux cockpits individuels réunis au sein d’une même carrosserie.
La carrosserie est réalisée presque entièrement en fibre de carbone. À l’avant, la large calandre Aston Martin est associée à des projecteurs très fins et à une ouverture caractéristique sur le capot. À l’arrière, les volumes descendent vers une poupe particulièrement basse, complétée par un diffuseur au sein duquel prend place l’échappement en acier inoxydable. Les jantes forgées de 21 pouces à fixation centrale renforcent encore l’apparence de prototype de compétition homologué pour la route.
La voiture dévoilée en 2020 reçoit une présentation inspirée du F/A-18, développée avec une influence aéronautique assumée et une teinte Skyfall Silver. Aston Martin propose ensuite une DBR1 Specification, qui transpose les couleurs et certains détails de la célèbre voiture de course sur la Speedster. Cette déclinaison reste une configuration esthétique et de personnalisation : elle ne constitue pas une nouvelle génération mécanique du modèle.
Un V12 biturbo de 700 ch et une architecture spécifique
Sous le long capot prend place le V12 Aston Martin de 5,2 litres à double turbocompresseur. Il développe 700 ch et 753 Nm et transmet sa puissance aux roues arrière par une boîte automatique ZF à huit rapports et un différentiel à glissement limité. La disposition centrale avant du moteur contribue à repousser la masse mécanique vers le centre de la voiture plutôt que de concentrer le V12 complètement en avant du train antérieur.
La Speedster n’utilise pourtant pas simplement le châssis d’un modèle de série débarrassé de son toit. Aston Martin a conçu une architecture en aluminium collé spécifique en combinant des éléments issus notamment de la Vantage et de l’Aston Martin DBS Superleggera. Cette base reçoit ensuite la carrosserie en carbone propre au speedster.
Le train avant repose sur des doubles triangles indépendants et l’arrière sur une architecture multibras. L’amortissement adaptatif propose trois calibrages, Sport, Sport+ et Track. Le freinage carbone-céramique est monté de série, avec des disques de 410 mm à l’avant et de 360 mm à l’arrière. Les roues de 21 pouces sont chaussées de pneumatiques de 265/35 à l’avant et 305/30 à l’arrière.
Lors de la présentation de 2020, Aston Martin annonçait un 0 à 100 km/h en 3,5 secondes et une vitesse maximale limitée à 300 km/h, en précisant alors qu’il s’agissait de performances estimées. La communication ultérieure consacrée à la DBR1 Specification mentionne environ 3,4 secondes et 198 mph, soit près de 319 km/h. Aucune évolution mécanique clairement documentée ne permettant d’expliquer cet écart, les chiffres de 2020 restent les spécifications de lancement à distinguer de ces données publiées ultérieurement.
Fiche technique de l’Aston Martin Speedster
| Caractéristique | Aston Martin Speedster |
|---|---|
| Année de présentation | 2020 |
| Carrosserie | Speedster biplace sans toit ni pare-brise conventionnel |
| Structure | Architecture spécifique en aluminium collé, carrosserie presque entièrement en fibre de carbone |
| Moteur | V12 essence biturbo, 48 soupapes |
| Cylindrée | 5 204 cm3 |
| Puissance | 700 ch |
| Couple | 753 Nm |
| Implantation | Moteur longitudinal en position centrale avant |
| Transmission | Propulsion |
| Boîte de vitesses | Automatique ZF à 8 rapports |
| Différentiel | À glissement limité |
| Suspension avant | Doubles triangles indépendants |
| Suspension arrière | Multibras |
| Amortissement | Adaptatif, modes Sport, Sport+ et Track |
| Freins avant | Carbone-céramique, disques de 410 mm |
| Freins arrière | Carbone-céramique, disques de 360 mm |
| Jantes | 21 pouces forgées à fixation centrale |
| Pneus avant | 265/35 ZR21 |
| Pneus arrière | 305/30 ZR21 |
| Longueur | 4 525 mm |
| Largeur hors rétroviseurs | 1 990 mm |
| Largeur avec rétroviseurs | Environ 2 155 mm |
| Hauteur | 1 195 mm |
| Empattement | 2 705 mm |
| Voie avant | Environ 1 660 mm |
| Voie arrière | Environ 1 645 mm |
| Garde au sol | 125 mm |
| Poids en ordre de marche | 1 765 kg |
| 0 à 100 km/h | 3,5 s annoncées au lancement |
| Vitesse maximale | 300 km/h annoncés au lancement |
| Production prévue | 88 exemplaires |
88 exemplaires assemblés à la main
Aston Martin limite dès l’origine la production à 88 voitures, assemblées à la main à Gaydon au Royaume-Uni. Lors de la présentation de mars 2020, le prix de départ britannique est fixé à 765 000 livres TTC et les premières livraisons sont annoncées pour le premier trimestre 2021. Le programme appartient donc davantage à l’univers des commandes spéciales qu’à celui d’un modèle produit selon les volumes habituels de la marque.
L’habitacle traduit cette logique artisanale. Fibre de carbone, cuir, chrome, aluminium et éléments réalisés par impression 3D sont associés dans un environnement minimaliste. L’absence de boîte à gants traditionnelle est compensée par un sac amovible placé devant le passager, tandis que des espaces de rangement sont aménagés sous les structures arrière. L’approche n’est donc pas celle d’une voiture de course dépouillée jusqu’à supprimer tout usage routier, mais celle d’un grand tourisme radical dont les fonctions ont été réorganisées autour de la carrosserie ouverte.
La Speedster s’inscrit en parallèle dans une période où Aston Martin multiplie les projets à très faible diffusion. L’Aston Martin Victor, également révélé en 2020, illustre cette stratégie sous une forme différente : exemplaire unique, boîte manuelle et esthétique inspirée des Aston Martin des années 1970 et 1980. Le Speedster conserve pour sa part une mécanique et une transmission contemporaines, tout en puisant beaucoup plus loin dans l’histoire sportive de la marque.
Une Aston Martin ouverte à part dans la gamme
La Speedster occupe une position particulière parce qu’elle n’est ni la déclinaison découvrable d’un coupé ni une voiture de compétition transformée pour la route. Sa structure, sa carrosserie et son habitacle ont été pensés autour de l’absence de toit et de pare-brise. Cette caractéristique la sépare aussi des Volante traditionnelles d’Aston Martin, qui restent de véritables cabriolets utilisables avec une capote et un pare-brise classique.
Elle diffère également des autres modèles portant le terme Speedster dans l’histoire récente de la marque. Le CC100 de 2013 était un concept créé pour le centenaire d’Aston Martin, avec une génération antérieure de mécanique V12. La Vanquish Zagato Speedster appartient quant à elle à la famille des réalisations Zagato dérivées de la Vanquish. Employer simplement le nom Aston Martin Speedster pour le modèle de 2020 renvoie donc, dans ce contexte, au V12 Speedster et à son programme de 88 exemplaires.
La comparaison avec l’Aston Martin Valkyrie Spider montre enfin deux interprétations très différentes de l’Aston Martin moderne à ciel ouvert. La Valkyrie repose sur une conception d’hypercar à moteur central et sur une recherche aérodynamique extrême, tandis que la Speedster conserve un long capot, un V12 central avant et des proportions volontairement évocatrices des barquettes de course historiques. La DBR1 Specification pousse cette filiation jusqu’à reprendre une présentation directement inspirée de la voiture qui donna à Aston Martin sa victoire absolue au Mans en 1959.




