Aston Martin Db3s

Aston Martin Db3s

Une DB3 profondément remaniée pour la compétition

Lancée en 1953, l’Aston Martin DB3S est une voiture de sport prototype conçue pour améliorer les performances de la Aston Martin DB3 en endurance. La DB3 avait souffert de son poids élevé et de performances insuffisantes face à une concurrence internationale de plus en plus forte. La DB3S reprend son six cylindres Lagonda de près de 3 litres, mais son châssis est raccourci et profondément modifié afin de réduire le poids et d’améliorer la tenue de route.

Le développement est notamment mené par Willie Watson, tandis que Frank Feeley signe la carrosserie en aluminium. John Wyer dirige alors le programme sportif d’Aston Martin sous l’impulsion de David Brown. La voiture conserve une architecture classique de compétition avec moteur avant et propulsion arrière, mais son dessin beaucoup plus compact lui permet de devenir une machine nettement plus efficace que la DB3.

La première DB3S apparaît en compétition en 1953. Aston Martin en engage rapidement plusieurs exemplaires dans les grandes épreuves internationales, avec une première saison déjà marquée par des résultats significatifs au Tourist Trophy et aux 9 Heures de Goodwood. Le Mans reste cependant beaucoup plus difficile, et la marque doit encore poursuivre le développement de la voiture.

Une évolution continue entre 1953 et 1956

La carrière de la DB3S est caractérisée par une succession d’améliorations techniques. Les premières voitures disposent d’un moteur d’environ 182 ch, tandis que les évolutions destinées à l’équipe officielle atteignent progressivement environ 225 ch. Les voitures clientes utilisent notamment une configuration développant autour de 210 ch, avec des différences de préparation entre les exemplaires.

En 1954, Aston Martin tente d’améliorer la vitesse de pointe au Mans avec deux carrosseries coupé à toit fixe, appliquées aux DB3S/6 et DB3S/7. Leur comportement à haute vitesse se révèle problématique et les deux voitures sont accidentées au Mans. Elles sont ensuite reconstruites en barquettes ouvertes, configuration qui correspond mieux aux qualités dynamiques de la DB3S.

La saison 1955 confirme le potentiel de la voiture. Les évolutions du moteur et du freinage permettent à Aston Martin de se rapprocher des meilleurs prototypes. Des freins à disque avant Girling apparaissent notamment sur certaines voitures d’usine, tandis que les versions les plus développées du six cylindres atteignent environ 225 ch.

En 1956, les voitures d’usine bénéficient de nouvelles évolutions, parmi lesquelles une lubrification à carter sec et une carrosserie avant plus aérodynamique. Les nouveaux exemplaires reçoivent également un appuie-tête profilé. La DB3S termine notamment deuxième des 24 Heures du Mans avec Stirling Moss et Peter Collins, après avoir déjà obtenu la même position en 1955 avec Peter Collins et Paul Frère.

La DB3S reste encore engagée après l’arrivée de sa remplaçante. Une voiture cliente termine notamment deuxième au Mans en 1958 avec Peter et Graham Whitehead, ce qui illustre la longévité exceptionnelle du modèle dans les courses d’endurance.

Fiche technique de l’Aston Martin Db3s

CaractéristiqueDonnée
Moteur6 cylindres en ligne Lagonda, double arbre à cames en tête
Cylindrée2 922 cm³
Alésage x course83 x 90 mm
AlimentationTrois carburateurs Weber double corps
PuissanceEnviron 182 à 225 ch selon la configuration et l’évolution
ImplantationMoteur avant longitudinal
TransmissionPropulsion
Boîte de vitessesManuelle David Brown à 4 rapports
ChâssisStructure tubulaire allégée, dérivée de la DB3
CarrosserieAluminium, principalement barquette biplace
Suspension avantBras tirés et barres de torsion
Suspension arrièreEssieu De Dion, bras tirés et barres de torsion
DirectionÀ crémaillère
FreinsTambours hydrauliques Girling à l’origine, puis disques avant sur certaines voitures d’usine
Roues16 pouces
LongueurEnviron 3,91 m
LargeurEnviron 1,50 m
HauteurEnviron 1,04 m
EmpattementEnviron 2,21 m
PoidsEnviron 840 à 890 kg selon configuration
Vitesse maximaleEnviron 225 à 235 km/h selon configuration
Production31 châssis si la DB3S/11 est incluse, contre 30 selon certaines sources historiques

Une carrosserie conçue pour reconnaître la DB3S

Le dessin de Frank Feeley distingue immédiatement la DB3S de la DB3. La voiture adopte une silhouette très basse, un cockpit ouvert biplace et des ailes intégrées à une carrosserie en aluminium. Le nez est court et profilé, tandis que la calandre basse reprend une forme qui deviendra progressivement caractéristique des Aston Martin.

Les ailes avant fortement sculptées et les flancs creusés participent à la gestion des flux d’air autour du compartiment moteur. Les roues à rayons et les proportions particulièrement compactes renforcent son apparence de véritable prototype d’endurance plutôt que de voiture de route adaptée à la compétition.

Les évolutions de carrosserie permettent également de distinguer les différentes phases du modèle. Les coupés de 1954 constituent une tentative particulière d’amélioration de l’aérodynamique, alors que les dernières voitures d’usine adoptent une face avant plus profilée et un appuie-tête aérodynamique. Ces modifications accompagnent l’augmentation des performances du moteur et les exigences des circuits rapides.

Production limitée et voitures d’usine ou clientes

La DB3S est produite en très faible quantité. La numérotation distingue les voitures d’usine, DB3S/1 à DB3S/11, des voitures clientes DB3S/101 à DB3S/120. Le décompte généralement retenu est de 31 châssis lorsque la DB3S/11 est incluse. Certaines sources retiennent 30 exemplaires, en considérant différemment cette dernière voiture construite pour la saison 1957 mais jamais engagée par l’équipe officielle.

Cette distinction est importante car les DB3S clientes ne correspondent pas nécessairement aux spécifications les plus poussées des voitures d’usine. Les préparations moteur, le freinage et certains équipements peuvent différer selon le châssis et la période de compétition. La DB3S/121, assemblée ultérieurement à partir de composants d’origine, ne doit pas être assimilée à une voiture de production historique supplémentaire.

Lors de sa commercialisation aux pilotes privés, la DB3S est proposée à un tarif particulièrement élevé pour l’époque. Son prix neuf britannique est documenté à environ 3 684 livres toutes taxes comprises, tandis que la version coupé était annoncée autour de 4 800 livres. Sa rareté et l’importance de certains châssis dans l’histoire de la marque en font aujourd’hui une voiture de collection extrêmement recherchée.

La DB3S au Mans et en endurance

Le Mans constitue l’objectif majeur du programme Aston Martin, mais la DB3S n’y obtient jamais la victoire absolue. Son premier engagement en 1953 se solde par un échec collectif. L’expérience acquise permet cependant à l’équipe d’affiner progressivement la voiture et de combler une partie de son retard sur les meilleurs prototypes européens.

La deuxième place obtenue en 1955 avec Peter Collins et Paul Frère représente un tournant. Une nouvelle deuxième place est obtenue en 1956 avec Stirling Moss et Peter Collins. Ces résultats montrent la compétitivité atteinte par la DB3S, même si elle doit encore composer avec des adversaires plus rapides dans certaines conditions.

La voiture s’illustre également dans d’autres grandes épreuves. Elle remporte notamment les 9 Heures de Goodwood en 1953 et obtient de solides résultats au Tourist Trophy, à Sebring et au Nürburgring. Son palmarès ne se limite pas à l’équipe officielle, puisque les voitures clientes poursuivent leur carrière dans de nombreuses compétitions britanniques et internationales.

À partir de 1956, Aston Martin prépare une nouvelle génération de prototype. La Aston Martin DBR1 adopte un châssis multitubulaire plus moderne et prend progressivement le relais de la DB3S. La transition devient particulièrement importante en 1957, lorsque la DBR1 s’impose comme la principale voiture d’endurance de la marque.

Une étape essentielle avant la DBR1

La DB3S occupe ainsi une position particulière dans l’histoire sportive d’Aston Martin. Elle n’a pas remporté les 24 Heures du Mans, mais elle a transformé l’expérience accumulée avec la DB3 en une voiture nettement plus compacte et compétitive. Ses succès britanniques, ses trois deuxièmes places au Mans en 1955, 1956 et 1958 et son développement technique ont constitué une étape directe vers les prototypes suivants.

La DB3S est surtout le résultat d’une évolution méthodique : allègement du châssis, optimisation de la carrosserie, développement du six cylindres Lagonda, amélioration du freinage et adaptation constante aux exigences de l’endurance. Cette progression permet à Aston Martin d’aborder la seconde moitié des années 1950 avec une expérience suffisamment solide pour viser la victoire absolue avec la DBR1.