Dévoilée en 2020, l’Aston Martin Victor est une création unique réalisée par Q by Aston Martin pour un client privé. Elle associe une monocoque provenant d’un prototype de One-77, un V12 atmosphérique de 7,3 litres retravaillé par Cosworth et une boîte manuelle à six rapports. Cette combinaison inhabituelle donne naissance à une Aston Martin à part, conçue à une époque où les modèles les plus performants de la marque adoptaient déjà des transmissions automatisées.
La Victor n’est ni un concept-car annonçant une future gamme ni une série limitée. Un seul exemplaire a été construit. Son intérêt tient aussi à sa manière de réunir plusieurs périodes de l’histoire d’Aston Martin: une mécanique issue des années 2000, des solutions développées pour des voitures beaucoup plus récentes et une silhouette directement inspirée des puissantes GT britanniques des années 1970 et 1980.
Une Aston Martin unique née d’un prototype de One-77
Le projet est développé par les activités spéciales d’Aston Martin dans le cadre d’une commande Q. Son point de départ est un prototype de l’Aston Martin One-77. Plutôt que de produire une One-77 supplémentaire après les 77 exemplaires prévus pour le modèle de série, Aston Martin utilise cette base pour créer une automobile profondément différente.
La transformation va bien au-delà d’un simple changement de carrosserie. La structure en fibre de carbone sert de fondation à une nouvelle voiture, dotée d’une carrosserie spécifique elle aussi réalisée en carbone, d’une aérodynamique propre et d’une chaîne cinématique remaniée. Le développement aurait demandé environ dix-huit mois.
La Victor est présentée publiquement en septembre 2020 au Concours of Elegance de Hampton Court Palace, au Royaume-Uni. Elle y remporte la catégorie Future Classics. Son nom rend hommage à Victor Gauntlett, dirigeant qui joua un rôle majeur dans l’histoire d’Aston Martin au cours des années 1980.
Un V12 7,3 litres Cosworth associé à une boîte manuelle
Le moteur provient de la One-77, mais ses caractéristiques évoluent sensiblement. Ce V12 atmosphérique de 7,3 litres est envoyé chez Cosworth pour être démonté, reconstruit et optimisé. Dans la Victor, il développe 836 bhp, soit environ 847 ch en unités métriques, pour un couple de 821 Nm. Les valeurs de 836 et 847 ou 848 chevaux rencontrées dans les descriptions du modèle correspondent donc essentiellement à des unités et arrondis différents.
La particularité la plus spectaculaire se trouve derrière le moteur. Au lieu de conserver la transmission automatisée de la One-77, Aston Martin installe une boîte manuelle Graziano à six rapports. Elle est adaptée au couple du V12 avec un embrayage renforcé et un dispositif de refroidissement spécifique. La puissance est exclusivement transmise aux roues arrière.
Cette architecture donne à la Victor une personnalité mécanique très différente de celle des hypercars contemporaines. Lors de son apparition, Aston Martin la présente comme sa voiture routière à boîte manuelle la plus puissante. Elle reste pourtant homologuée pour la circulation, malgré une conception faisant largement appel à des composants issus de programmes beaucoup plus radicaux.
Un châssis entre One-77 et Vulcan
La monocoque carbone héritée de la One-77 est associée à des éléments de suspension inspirés de l’Aston Martin Vulcan. Les ressorts et amortisseurs montés en position intérieure sont réglables, mais leur calibration est adaptée à l’utilisation routière. La Victor combine ainsi une architecture de grande GT à moteur avant avec des solutions développées pour une Aston Martin destinée à la piste.
Le freinage suit la même logique. La voiture reçoit des disques carbone-céramique Brembo CMM-R d’environ 380 mm à l’avant et 360 mm à l’arrière. Aston Martin annonçait à sa présentation des capacités de décélération comparables à celles d’une GT3 de compétition.
L’aérodynamique n’est pas uniquement décorative. Le développement par simulation numérique a permis de générer 842 N d’appui à 100 mph, soit environ 161 km/h. Le grand spoiler arrière intégré, le diffuseur, le soubassement et le splitter avant participent à ce résultat. Malgré ses références esthétiques anciennes, la Victor est donc conçue comme une automobile moderne sur le plan aérodynamique.
Aston Martin n’a pas communiqué de chiffres officiels suffisamment établis pour le 0 à 100 km/h ou la vitesse maximale. Les performances théoriques parfois attribuées au modèle ne constituent donc pas des valeurs constructeur à retenir comme caractéristiques de référence.
Fiche technique de l’Aston Martin Victor
| Caractéristique | Aston Martin Victor |
|---|---|
| Année de présentation | 2020 |
| Production | 1 exemplaire |
| Carrosserie | Coupé 2 places en fibre de carbone |
| Structure | Monocoque en fibre de carbone dérivée d’un prototype de One-77 |
| Moteur | V12 atmosphérique essence |
| Cylindrée | 7,3 litres |
| Préparation moteur | Cosworth |
| Puissance | 836 bhp, environ 847 ch |
| Couple maximal | 821 Nm |
| Implantation | Moteur longitudinal avant |
| Transmission | Propulsion |
| Boîte de vitesses | Manuelle Graziano à 6 rapports |
| Suspension | Ensembles ressorts-amortisseurs inboard réglables, technologie dérivée de la Vulcan |
| Freins avant | Carbone-céramique Brembo CMM-R, environ 380 mm |
| Freins arrière | Carbone-céramique Brembo CMM-R, environ 360 mm |
| Roues | Jantes à fixation centrale |
| Carrosserie | Fibre de carbone spécifique |
| Appui aérodynamique annoncé | 842 N à 100 mph, environ 161 km/h |
Un design inspiré des Aston Martin V8 des années 1970
La silhouette de la Victor rompt volontairement avec celle de la One-77. Le très long capot, les ailes épaisses, les projecteurs ronds et la calandre basse évoquent notamment l’Aston Martin V8 Vantage et les coupés musclés de la marque des années 1970 et 1980. L’objectif n’est toutefois pas de reproduire une ancienne Aston Martin: les proportions historiques sont combinées à une aérodynamique contemporaine.
Une autre référence importante est la DBS V8 RHAM/1 de compétition, surnommée The Muncher. Cette filiation explique une partie de l’allure particulièrement massive de la Victor. La Aston Martin DBS V8 permet de replacer cette inspiration dans la famille des modèles V8 qui ont précédé les Vantage des années 1980.
À l’avant, le capot reçoit un imposant relief central et de nombreuses ouvertures fonctionnelles. De profil, les roues à fixation centrale et les sorties d’échappement latérales renforcent l’aspect de voiture de course adaptée à la route. À l’arrière, la carrosserie se termine par un spoiler de type ducktail particulièrement prononcé, placé au-dessus d’un vaste diffuseur.
La peinture Pentland Green accentue les références historiques. Cette teinte sombre est associée à des surfaces de carbone et à des détails contemporains qui empêchent la Victor de basculer dans le simple exercice rétro. Certains éléments, notamment le traitement des feux arrière, la rapprochent visuellement de l’univers de l’Aston Martin Valkyrie, sans qu’il existe pour autant de filiation structurelle entre les deux voitures.
Un habitacle où la compétition rencontre le grand tourisme
L’intérieur reprend la même opposition entre technologie moderne et tradition britannique. La fibre de carbone est largement visible et le poste de conduite reçoit un volant inspiré de la Vulcan. Les sièges et les commandes rappellent davantage une voiture de compétition que les grandes GT habituelles de la marque.
Aston Martin conserve pourtant des matériaux associés au luxe traditionnel. Le cuir, le cachemire, l’aluminium anodisé et le titane côtoient ainsi le carbone. Le détail le plus caractéristique reste le pommeau de la boîte manuelle, réalisé en noyer massif. Sa présence met volontairement en valeur une commande mécanique devenue rare sur une automobile de cette puissance.
Cette combinaison résume le positionnement particulier de la Victor. Contrairement à une pistarde convertie sommairement pour la route, elle conserve une présentation travaillée et des matériaux luxueux. À l’inverse, elle ne cherche pas non plus le raffinement discret d’une GT classique: échappements latéraux, suspension dérivée de la compétition et commandes exposées rappellent constamment le caractère radical du projet.
Un exemplaire unique plutôt qu’une série limitée
La Victor n’a jamais rejoint le catalogue Aston Martin sous la forme d’une série commercialisée. Le constructeur a réalisé un seul exemplaire dans le cadre d’une commande privée. Aucun tarif catalogue officiel n’a été publié, ce qui rend les estimations de plusieurs millions régulièrement associées à la voiture impropres à servir de prix neuf de référence.
Son statut diffère ainsi de celui de la One-77, produite à 77 exemplaires, mais aussi des séries spéciales ultérieures. La Victor appartient davantage à la tradition des projets exceptionnels d’Aston Martin, dans laquelle peut également être replacée l’Aston Martin Bulldog, même si les deux automobiles n’ont aucune filiation technique directe.
Cette absence de série explique aussi pourquoi certaines données normalement disponibles pour un modèle de production, notamment les performances chronométrées officielles et les dimensions homologuées publiées, ne constituent pas le coeur de la documentation de la Victor. Aston Martin a surtout défini la voiture par son architecture: un châssis de One-77 profondément transformé, des composants de Vulcan, une carrosserie entièrement spécifique, un V12 atmosphérique Cosworth et une boîte manuelle. Le résultat n’a été reproduit sur aucun autre exemplaire.




