Présentée au Salon de Genève en mars 2007, la Lotus 2-Eleven pousse la philosophie de Colin Chapman vers une forme particulièrement radicale. Pas de toit, pas de portes conventionnelles et presque aucun équipement superflu : cette barquette biplace développée par Lotus Sport est conçue en priorité pour le circuit. Dans sa configuration de lancement, son quatre cylindres Toyota compressé développe 255 PS pour une masse à sec annoncée de seulement 670 kg.
La 2-Eleven appartient à la famille technique issue de la Lotus Elise, mais son approche est nettement plus extrême. Lotus ne cherche plus ici le compromis d’une petite sportive utilisable quotidiennement. L’objectif est de proposer une machine légère, réactive et suffisamment proche d’une voiture de compétition pour transformer chaque élément mécanique en gain de performance.
Du Circuit Car à la 2-Eleven de 2007
L’origine du projet remonte à 2005, lorsque Lotus dévoile le Circuit Car, un prototype destiné aux journées sur circuit. Cette première interprétation annonce déjà l’essentiel de la formule : châssis léger, cockpit entièrement ouvert et carrosserie réduite au strict nécessaire. Le concept évolue ensuite vers une automobile produite en petite série, dévoilée sous le nom 2-Eleven au Salon de Genève 2007.
Son appellation établit aussi un lien avec la Lotus Eleven des années 1950, une sportive de compétition dont la légèreté et l’efficacité aérodynamique correspondaient déjà aux principes fondamentaux de la marque. La filiation n’est cependant pas mécanique : la 2-Eleven est une création moderne reposant sur l’architecture développée pour la génération Elise et ses dérivés.
Elle s’inscrit également dans la continuité de la Lotus 340R, autre série limitée à carrosserie ouverte ayant exploré quelques années auparavant une conception particulièrement dépouillée de la sportive Lotus. Avec la 2-Eleven, cette recette devient encore plus orientée vers le chronomètre.
La production débute à Hethel en 2007 sous l’égide de Lotus Sport. La marque indique aujourd’hui une période de fabrication allant de 2007 à 2010 et un total de 356 voitures toutes versions confondues. Certaines 2-Eleven ont été immatriculées plus tard, ce qui explique la présence de millésimes 2011 dans plusieurs bases automobiles sans remettre en cause la période de production communiquée par Lotus.
Une barquette dérivée de l’Elise et de l’Exige
La base repose sur la célèbre structure en aluminium collé développée par Lotus. La suppression du pavillon, d’un pare-brise conventionnel et de nombreux équipements permet de construire une voiture dont l’apparence révèle immédiatement la vocation. Le conducteur et son passager prennent place derrière un petit saute-vent, protégés par un arceau, tandis que les flancs très bas remplacent les portes d’une sportive traditionnelle.
La carrosserie en matériaux composites est elle aussi conçue dans une logique de réduction de masse. À l’avant apparaissent un splitter et de larges ouvertures, tandis que l’arrière reçoit un aileron et laisse largement visibles les éléments mécaniques. La Launch Edition se reconnaît notamment à sa décoration Lotus Sport spécifique.
Techniquement, la proximité avec la Lotus Exige S2 est particulièrement nette. La 2-Eleven de lancement utilise le quatre cylindres Toyota 2ZZ-GE de 1 796 cm3 associé à un compresseur Magnuson de type Roots et à un échangeur air-air. Il délivre 255 PS à 8 000 tr/min et 242 Nm à 7 000 tr/min, transmis aux roues arrière par une boîte manuelle à six rapports.
Cette puissance paraît aujourd’hui relativement modeste, mais elle doit être rapprochée de la masse annoncée. Lotus revendiquait 670 kg à sec pour la configuration de base, soit un rapport poids-puissance de 376 bhp par tonne. La version britannique préparée pour l’homologation SVA est sensiblement plus lourde : la documentation technique Lotus indique 745 kg avec le plein de carburant. Ces deux valeurs décrivent donc des configurations et des méthodes de mesure différentes.
Un châssis réglé avant tout pour le circuit
La 2-Eleven conserve des suspensions indépendantes à doubles triangles, mais la spécification haute performance reçoit des amortisseurs Öhlins réglables et une barre antiroulis avant Lotus Sport également réglable. Des configurations différentes, notamment avec des éléments Bilstein, apparaissent au fil de la gamme et des options. Il n’existe donc pas une définition de suspension strictement identique pour chaque exemplaire produit.
Le freinage de la version de lancement repose sur quatre disques ventilés et percés de 288 mm, avec étriers AP Racing à deux pistons à l’avant. Les roues de 16 pouces à l’avant et 17 pouces à l’arrière peuvent recevoir des Yokohama Advan A048 en 195/50 R16 et 225/45 R17. Lotus proposait également du matériel encore plus spécialisé pour les voitures consacrées à la compétition.
L’orientation piste se retrouve jusque dans la lubrification. Le moteur bénéficie d’un système Accusump destiné à maintenir une réserve d’huile sous forte accélération latérale, ainsi que de deux refroidisseurs d’huile installés à l’avant. Un contrôle de traction réglable et un dispositif de départ automatisé complètent l’équipement dynamique.
Avec cette combinaison, Lotus annonçait environ 3,8 secondes pour passer de 0 à 60 mph et 9,1 secondes jusqu’à 100 mph. La vitesse maximale pouvait atteindre environ 249 km/h dans la configuration piste. Les fiches concernant les versions routières donnent parfois des valeurs légèrement différentes, conséquence notamment des équipements d’homologation et des configurations aérodynamiques.
Fiche technique de la Lotus 2-eleven
| Caractéristique | Lotus 2-Eleven 255 PS |
|---|---|
| Type Lotus | Type 123 |
| Production | 2007 à 2010 |
| Architecture | Barquette biplace, moteur central arrière, propulsion |
| Moteur | 4 cylindres en ligne Toyota 2ZZ-GE, 16 soupapes, VVTL-i |
| Cylindrée | 1 796 cm3 |
| Suralimentation | Compresseur Magnuson MP62 avec échangeur air-air |
| Puissance | 255 PS, 252 bhp, 188 kW à 8 000 tr/min |
| Couple | 242 Nm à 7 000 tr/min |
| Boîte de vitesses | Manuelle à 6 rapports |
| Structure | Châssis en aluminium collé |
| Suspension | Doubles triangles indépendants, amortisseurs réglables selon configuration |
| Freins | Disques ventilés et percés de 288 mm, étriers AP Racing avant à 2 pistons |
| Roues | 16 pouces à l’avant, 17 pouces à l’arrière |
| Pneus documentés | 195/50 R16 avant, 225/45 R17 arrière |
| Longueur | 3 822 mm en configuration SVA |
| Largeur | 1 709 mm hors rétroviseurs |
| Hauteur | 1 112 mm |
| Empattement | 2 300 mm |
| Voie avant | 1 457 mm |
| Voie arrière | 1 507 mm |
| Garde au sol | 95 mm |
| Poids | 670 kg à sec pour la configuration de base, 745 kg avec carburant pour la version SVA documentée |
| Rapport poids-puissance annoncé | 376 bhp par tonne sur la base de 670 kg |
| 0 à 60 mph | Environ 3,8 s |
| 0 à 100 mph | Environ 9,1 s |
| Vitesse maximale | Environ 249 km/h en configuration piste |
Versions route, piste et 2-Eleven GT4
La 2-Eleven n’est pas une version unique figée durant toute sa carrière. Au lancement, Lotus distingue notamment la Track Only et une déclinaison pouvant recevoir les équipements nécessaires à l’homologation britannique SVA. Cette dernière ajoute les éléments indispensables à l’utilisation routière et perd logiquement une partie de l’avantage de masse de la voiture strictement destinée au circuit.
La gamme évolue ensuite. En 2008 apparaît notamment une 2-Eleven d’entrée de gamme équipée d’une variante atmosphérique de 190 PS, accompagnée de différents packs permettant d’adapter la voiture à son usage. Cette déclinaison ne doit pas être confondue avec la 255 PS compressée qui constitue la spécification emblématique du lancement de 2007.
Lotus Sport développe également une 2-Eleven GT4 destinée à la compétition. Sa puissance atteint environ 267 bhp et sa masse annoncée est proche de 748 kg, les équipements nécessaires à la course expliquant qu’elle soit plus lourde que la très dépouillée 2-Eleven de base. Lotus indique qu’environ quinze GT4 ont été construites. Elles ont notamment participé à des épreuves GT4 et à diverses compétitions nationales et internationales.
Le positionnement de la 2-Eleven reste ainsi différent de celui d’une Lotus Exige, malgré leurs nombreux liens techniques. L’Exige demeure une sportive fermée pouvant concilier route et circuit, alors que la 2-Eleven place la réduction de masse, l’aérodynamique et l’expérience à ciel ouvert au premier plan.
Une production limitée à 356 exemplaires
Avec 356 voitures annoncées par Lotus pour l’ensemble de la production, la 2-Eleven est restée une automobile rare. Son prix reflétait aussi sa spécialisation : lors du lancement britannique, la Launch Edition était annoncée à 39 995 livres TTC, tandis que la transformation permettant de répondre aux exigences SVA coûtait 1 100 livres supplémentaires. Pour l’Europe continentale, Lotus communiquait initialement un tarif de 49 575 euros hors taxes locales pour la version Track Only.
La faible diffusion n’empêche pas plusieurs configurations de coexister, ce qui rend l’identification précise d’un exemplaire importante. Moteur atmosphérique ou compressé, équipements d’homologation, packs piste et spécification GT4 peuvent modifier sensiblement la puissance, la masse ou les trains roulants. Le code interne Type 123 permet néanmoins de rattacher ces déclinaisons à la même famille 2-Eleven.
Le concept connaîtra finalement une nouvelle interprétation avec la Lotus 3-Eleven. Cette descendante reprend le principe fondamental de la 2-Eleven, celui d’une Lotus ouverte développée autour d’un châssis extrêmement léger et débarrassée de presque tout ce qui n’améliore pas directement les performances.




