Présentée en 2004, la Lotus Exige S2 transpose sur la deuxième génération d’Elise la recette radicale inaugurée par la première Exige : faible masse, moteur central, propulsion, aérodynamique travaillée et priorité donnée au comportement. Cette deuxième génération occupe une place essentielle dans l’histoire de la Lotus Exige, puisqu’elle abandonne le moteur Rover de sa devancière pour une mécanique Toyota et donnera naissance à une famille de versions atmosphériques, compressées et destinées au circuit.
L’appellation Exige S2 désigne la deuxième génération dans son ensemble et non une unique puissance. La voiture lancée en 2004 reçoit ainsi un quatre cylindres atmosphérique de 192 ch, tandis que les versions ultérieures peuvent utiliser un compresseur et dépasser largement cette valeur. Cette distinction est indispensable pour comprendre les importantes différences de puissance, de poids et de performances rencontrées entre les Exige S2.
Le retour de l’Exige en 2004
La première Lotus Exige S1 avait disparu du catalogue en 2001. Lotus reprend le concept trois ans plus tard avec une automobile profondément renouvelée, développée à Hethel autour de la nouvelle architecture de l’Elise. Les premiers détails sont communiqués en février 2004 avant la présentation de la voiture au Salon de Genève en mars.
La filiation avec la Lotus Elise S2 est évidente, mais l’Exige n’est pas simplement une Elise dotée d’un toit fixe. Elle reçoit une carrosserie fermée spécifique, un splitter avant, un fond plat, un diffuseur et un imposant aileron arrière. Les suspensions sont également adaptées à sa vocation plus radicale, tandis que les pneus Yokohama A048 privilégient l’adhérence sur sol sec et l’efficacité sur circuit.
Le châssis reste fidèle à la technique devenue emblématique de l’Elise : des profilés d’aluminium extrudés sont assemblés par collage afin d’obtenir une structure à la fois légère et rigide. Le moteur est installé transversalement derrière les occupants et entraîne les roues arrière. Sur l’Exige atmosphérique de lancement, Lotus annonce seulement 875 kg en ordre de marche sans options, avec le plein de carburant.
Le moteur Toyota 2ZZ-GE transforme le caractère de l’Exige
La rupture majeure avec la S1 se trouve derrière l’habitacle. Le quatre cylindres Rover K laisse sa place au Toyota 2ZZ-GE de 1 796 cm3. Ce moteur atmosphérique à double arbre à cames et quatre soupapes par cylindre dispose du système VVTL-i, qui combine variation du calage et modification de la levée des soupapes. Il délivre 192 ch à 7 800 tr/min et 181 Nm à 6 800 tr/min.
Cette mécanique fonctionne avec une boîte manuelle Toyota C64 à six rapports rapprochés. L’ensemble est également employé sur la Lotus Elise 111R, mais l’Exige bénéficie d’un environnement davantage tourné vers la piste. Son moteur prend ses tours très haut, avec un changement de profil de came qui intervient autour de 6 200 tr/min, donnant à la mécanique un caractère particulièrement marqué dans la partie supérieure du compte-tours.
Les performances restent étroitement liées à la légèreté. Lotus annonçait 5,2 secondes pour passer de 0 à 100 km/h et 237 km/h en vitesse maximale. Plus que la puissance absolue, la S2 exploite un rapport poids-puissance favorable, une direction sans assistance et un châssis peu filtré pour conserver l’approche très directe qui caractérise l’Exige.
Fiche technique de la Lotus Exige S2
| Caractéristique | Lotus Exige S2 atmosphérique 2004 |
|---|---|
| Production | À partir de 2004 |
| Carrosserie | Coupé 2 places |
| Architecture | Moteur central arrière transversal, propulsion |
| Moteur | Toyota 2ZZ-GE, 4 cylindres en ligne, atmosphérique |
| Cylindrée | 1 796 cm3 |
| Distribution | Double arbre à cames, 4 soupapes par cylindre, VVTL-i |
| Alimentation | Injection multipoint séquentielle |
| Puissance | 192 ch à 7 800 tr/min |
| Puissance en kW | 141 kW |
| Couple | 181 Nm à 6 800 tr/min |
| Boîte de vitesses | Manuelle Toyota C64 à 6 rapports |
| Rapport final | 4,529:1 |
| Structure | Châssis en profilés d’aluminium extrudés et collés |
| Suspension avant | Doubles triangles, amortisseurs Bilstein, ressorts Eibach, barre antiroulis |
| Suspension arrière | Doubles triangles, amortisseurs Bilstein, ressorts Eibach |
| Direction | Crémaillère non assistée, 2,8 tours de butée à butée |
| Freins avant | Disques ventilés et percés 282 x 26 mm, étriers Lotus/AP Racing à 2 pistons |
| Freins arrière | Disques ventilés et percés 282 x 26 mm, étriers Brembo à 1 piston |
| ABS | 4 canaux |
| Pneus avant | Yokohama A048 LTS, 195/50 R16 84W |
| Pneus arrière | Yokohama A048 LTS, 225/45 R17 90W |
| Jantes avant | 6,5J x 16 |
| Jantes arrière | 7,5J x 17 |
| Longueur | 3 797 mm |
| Largeur hors rétroviseurs | 1 727 mm |
| Hauteur | 1 159 mm |
| Empattement | 2 300 mm |
| Voie avant | 1 457 mm |
| Voie arrière | 1 507 mm |
| Garde au sol | 130 mm |
| Répartition des masses | 38 % avant, 62 % arrière |
| Poids en ordre de marche | 875 kg sans options, spécification non-USA |
| 0 à 100 km/h | 5,2 s |
| 0 à 160 km/h | 13,2 s environ |
| Vitesse maximale | 237 km/h |
| Consommation urbaine | 12,1 l/100 km |
| Consommation extra-urbaine | 6,8 l/100 km |
| Consommation mixte | 8,8 l/100 km |
| Émissions de CO2 | 208 g/km |
| Volume du coffre | 112 litres |
Une aérodynamique pensée pour l’efficacité
L’apparence spectaculaire de l’Exige S2 répond à des objectifs fonctionnels. À l’avant, le splitter contrôle le flux sous la voiture. Le soubassement plat conduit ensuite l’air vers le diffuseur arrière, tandis que l’aileron contribue à stabiliser le train arrière à vitesse élevée. Sur la voiture de 2004, son angle nominal est fixé à 11,5 degrés.
Le toit fixe et sa prise d’air constituent l’un des signes distinctifs les plus visibles par rapport à l’Elise. Sur l’Exige atmosphérique initiale, cette prise d’air n’assure toutefois pas le refroidissement d’un échangeur. Elle devient réellement fonctionnelle sur certaines versions suralimentées, où elle alimente l’échangeur du système de suralimentation. Ce détail permet d’éviter une confusion fréquente entre les premières S2 atmosphériques et les Exige S apparues plus tard.
Les proportions restent extrêmement compactes : moins de 3,80 m de long pour seulement 1,16 m de haut. L’habitacle reprend lui aussi la philosophie minimaliste de l’Elise, avec des seuils larges imposés par la structure, deux sièges très bas et peu d’éléments superflus. Des équipements de confort pouvaient néanmoins augmenter sensiblement la masse, Lotus indiquant jusqu’à 916 kg pour une Exige de lancement dotée de toutes les options.
De l’Exige atmosphérique aux versions compressées
La carrière de la S2 ne reste pas longtemps limitée aux 192 ch initiaux. En 2005, Lotus Sport dévoile la Sport Exige 240R, produite à 50 exemplaires. L’adoption d’un compresseur et d’un échangeur permet d’atteindre environ 243 ch. Cette évolution annonce la direction que prendra progressivement la gamme.
En 2006 arrive l’Exige S de série, toujours équipée du 2ZZ-GE mais désormais suralimentée. Elle développe environ 220 ch et offre davantage de couple à moyen régime que l’atmosphérique. D’autres évolutions suivent, notamment la S 240 ainsi que des variantes destinées à une utilisation plus intensive sur circuit. La Lotus Exige Cup pousse cette logique avec des équipements de sécurité et des configurations adaptées à la compétition.
La même base mécanique et la recherche d’un rapport poids-puissance toujours plus favorable donnent également naissance à la Lotus 2-Eleven, modèle dépouillé présenté pendant la carrière de l’Exige S2. Sans reprendre directement la carrosserie fermée de l’Exige, elle illustre jusqu’où Lotus pouvait pousser l’exploitation du châssis léger et du quatre cylindres Toyota compressé.
Pour le millésime 2010, l’Exige reçoit une évolution visuelle et aérodynamique. La face avant est remaniée, les ouvertures évoluent et un nouvel aileron arrière plus large est fixé sur les ailes plutôt que simplement sur le capot arrière. Ces voitures restent des Exige de deuxième génération malgré une apparence légèrement différente des exemplaires de 2004.
Une génération étroitement liée au circuit
L’orientation piste de l’Exige S2 dépasse le positionnement commercial. Les déclinaisons Cup servent de base à des compétitions monotypes et participent au développement de la Lotus Cup Europe. Des versions beaucoup plus éloignées de la voiture routière sont aussi préparées pour les catégories GT. Il faut les distinguer des Exige homologuées pour la route : leurs puissances, masses et équipements ne constituent pas des caractéristiques de la S2 de série.
Cette proximité avec la compétition se retrouve néanmoins dans les choix de la voiture routière. Les Yokohama A048, les doubles triangles aux quatre roues, les amortisseurs Bilstein, les ressorts Eibach, la direction non assistée et les quatre disques de 282 mm composent un ensemble conçu autour de la précision plutôt que du confort. L’ABS à quatre canaux est calibré pour intervenir tardivement afin de préserver les sensations et le contrôle du freinage.
La production européenne s’arrête à la fin de 2010, notamment parce que le 2ZZ-GE ne permet plus à Lotus de poursuivre cette configuration avec l’entrée en vigueur de la norme Euro 5. La génération subsiste sur certains marchés export en 2011. Il n’existe pas de total de production suffisamment solide pour attribuer un chiffre définitif à toutes les Exige S2, les estimations disponibles séparant généralement les atmosphériques, les Exige S et les différentes séries Cup.
Le passage de quatre à six cylindres
Lorsque Lotus renouvelle l’Exige, le changement est beaucoup plus profond que lors des évolutions successives de la S2. La Lotus Exige S3, commercialisée à partir de 2012, abandonne le quatre cylindres 1,8 litre pour un V6 Toyota 3,5 litres compressé. L’empattement et la partie arrière évoluent afin d’accueillir cette mécanique nettement plus volumineuse et plus puissante.
Cette rupture donne à la S2 une identité particulièrement nette dans la généalogie Exige. Elle est la génération du Toyota 2ZZ-GE, d’abord atmosphérique puis compressé, tout en conservant les dimensions très réduites et la masse contenue issues de l’Elise. Entre 2004 et la fin de sa carrière, Lotus a ainsi fait évoluer la même architecture d’une sportive de 192 ch et 875 kg vers des versions de route et de circuit dépassant 250 ch, sans abandonner le principe fondamental du châssis aluminium léger.




