Lotus 340r

Lotus 340r

Produite en 2000 à seulement 340 exemplaires, la Lotus 340R pousse la recette de l’Elise vers un dépouillement presque total. Pas de portes, pas de toit, des roues largement découvertes et un habitacle exposé aux éléments : cette biplace conçue à Hethel rapproche volontairement une automobile homologuée pour la route de l’univers des voitures de piste. Son quatre cylindres Rover atmosphérique ne recherche pas une puissance spectaculaire. Toute la philosophie du modèle repose plutôt sur une masse très faible, un châssis affûté et une interaction directe entre le conducteur et la mécanique.

La 340R de série ne doit pas être confondue avec le concept présenté en 1998. Celui-ci annonce le projet et provoque suffisamment d’intérêt pour convaincre Lotus d’en développer une version commercialisable. Deux ans plus tard, la voiture définitive conserve l’essentiel de cette proposition radicale et devient l’une des Lotus de route les plus singulières de son époque.

Du concept de 1998 à la série limitée de 2000

Lotus dévoile le concept 340R au Birmingham International Motor Show en octobre 1998. Le projet explore une interprétation encore plus légère et spectaculaire de la philosophie de la Lotus Elise. Au lieu de simplement alléger une carrosserie existante, Lotus imagine une automobile ouverte dont chaque élément semble subordonné au poids, au refroidissement et au comportement sur circuit.

L’accueil réservé au concept conduit à la réalisation d’une petite série. La 340R commercialisée en 2000 reste techniquement apparentée à la Lotus Elise S1, dont elle reprend notamment le principe du châssis constitué d’extrusions d’aluminium collées. Sa structure est toutefois adaptée à sa carrosserie spécifique et à l’absence de portes. Un ensemble anti-retournement particulier protège également le cockpit ouvert.

Le chiffre 340 devient particulièrement approprié lorsque Lotus fixe la production à 340 voitures. Il faut cependant distinguer cette série commerciale des prototypes et véhicules d’ingénierie construits autour du programme. Pour le modèle vendu aux clients, le chiffre de référence reste bien 340 exemplaires, ce qui explique aujourd’hui sa rareté.

La 340R apparaît au même moment qu’une autre interprétation radicale de la plateforme Elise, la Lotus Exige S1. Les deux voitures poursuivent pourtant des objectifs visuels très différents : l’Exige reste un coupé fermé à l’aérodynamique imposante, tandis que la 340R transforme le dépouillement en élément central de son identité.

Une carrosserie réduite à l’essentiel

Le dessin supervisé par Russell Carr rend la 340R immédiatement identifiable. Son nez bas évoque une monoplace, tandis que les roues restent presque entièrement visibles sous de petits garde-boue. Les flancs ne forment plus les volumes enveloppants d’une Elise traditionnelle et le cockpit est directement ouvert sur l’extérieur. Les panneaux translucides en polycarbonate renforcent encore cette impression de mécanique mise à nu.

La voiture ne possède ni portes conventionnelles ni toit. Un pare-brise très bas protège sommairement les occupants, tandis que les arceaux situés derrière les sièges participent à la structure de sécurité. À l’arrière, l’aileron en fibre de carbone et le diffuseur traduisent clairement l’orientation circuit. Les nombreuses ouvertures de carrosserie servent autant au refroidissement et à l’évacuation de l’air qu’à l’identité esthétique de la voiture.

Cette recherche de légèreté ne signifie pas que la 340R soit simplement une Elise privée de ses panneaux de carrosserie. Lotus adapte la structure avant, le soubassement, les éléments anti-retournement et plusieurs composants du châssis. Les jantes en magnésium et les pneumatiques Yokohama A038-R développés pour cette application participent à la même logique.

Un moteur Rover VHPD dans un châssis affûté

La 340R utilise le quatre cylindres Rover K-Series de 1 796 cm3 dans sa déclinaison VHPD, pour Very High Performance Derivative. Ce moteur atmosphérique à 16 soupapes développe 177 bhp, soit environ 180 ch, dans la configuration routière documentée par Lotus. Il est associé à une boîte manuelle à cinq rapports rapprochés et entraîne les roues arrière.

Lotus propose également une configuration destinée à la piste portant la puissance à environ 190 bhp. Cette donnée explique pourquoi certaines fiches présentent la 340R comme une voiture de 190 ch alors que la version routière standard développe 177 bhp. Les deux valeurs correspondent donc à des configurations différentes et ne doivent pas être utilisées indifféremment.

Les trains roulants sont eux aussi adaptés à un usage sportif. La voiture reçoit notamment des amortisseurs Koni à plateformes réglables, des ressorts plus courts et plus fermes ainsi qu’une barre antiroulis avant renforcée. Lotus prévoit des réglages de géométrie distincts pour la route et le circuit sec. La direction à crémaillère non assistée préserve pour sa part le caractère direct recherché sur les premières Elise.

Le poids constitue le chiffre le plus délicat à présenter. Le bulletin technique Lotus relatif à la voiture indique 658 kg à sec et 701 kg avec le plein de carburant, alors que la documentation patrimoniale plus récente de la marque mentionne 601 kg. Ces valeurs correspondent manifestement à des définitions ou configurations différentes. Les 658 kg à sec constituent la donnée technique d’époque la plus clairement définie pour la voiture de série.

Fiche technique de la Lotus 340r

CaractéristiqueLotus 340R
Année2000
Production340 exemplaires de série
ArchitectureBiplace ouverte, moteur central arrière, propulsion
MoteurRover K-Series VHPD, 4 cylindres en ligne atmosphérique, 16 soupapes
Cylindrée1 796 cm3
Puissance routière177 bhp, environ 180 ch
Configuration pisteEnviron 190 bhp
CoupleEnviron 171 à 172 Nm
Boîte de vitessesManuelle à 5 rapports rapprochés
Rapport final4,2:1
ChâssisStructure en aluminium extrudé et collé dérivée de l’Elise
SuspensionsIndépendantes, amortisseurs Koni réglables, ressorts spécifiques
DirectionÀ crémaillère, non assistée
FreinsDisques ventilés et perforés
JantesMagnésium, 6J x 15 à l’avant et 8J x 16 à l’arrière
Pneus Yokohama A038-R195/50 R15 à l’avant, 225/45 R16 à l’arrière
Longueur3 620 mm
Largeur1 702 mm
Hauteur1 080 mm
Empattement2 300 mm
Voie avant1 432 mm
Voie arrière1 459 mm
Poids à sec documenté658 kg
Poids avec plein indiqué par Lotus701 kg
Réservoir36,4 litres
Vitesse maximaleEnviron 209 à 212 km/h
0 à 60 mphEnviron 4,4 à 4,6 s

Une Lotus pensée pour la route et surtout le circuit

La 340R n’est pas une voiture de compétition transformée en routière, mais sa conception privilégie clairement les sensations et les journées sur circuit. L’absence d’isolation, la position très basse, la direction sans assistance et la faible masse réduisent les filtres entre le conducteur et la chaussée. Sa vitesse maximale d’environ 210 km/h paraît presque secondaire face à l’accélération et à l’agilité permises par son rapport poids-puissance.

Lotus avait prévu cette utilisation intensive dès la mise au point. La géométrie pouvait recevoir un réglage spécifique au circuit sec et les intervalles d’entretien devaient être adaptés lorsque la voiture roulait régulièrement sur piste. Les pneumatiques Yokohama spécifiques participaient également à ce positionnement très différent de celui d’un roadster conçu principalement pour un usage quotidien.

Cette philosophie sera reprise sous une forme différente par la Lotus 2-Eleven, qui devient l’héritière conceptuelle la plus évidente de la 340R. Plus tard, la Lotus 3-Eleven prolongera à son tour cette famille informelle de modèles ouverts, extrêmement légers et prioritairement conçus autour de l’efficacité sur piste.

Une série de 340 voitures et quelques expérimentations

Avec seulement 340 exemplaires destinés aux clients, la 340R est beaucoup plus rare qu’une Elise contemporaine. Son prix neuf britannique était de 35 000 livres, un tarif conséquent pour une automobile aussi dépouillée, mais cohérent avec son caractère de série limitée, ses composants spécifiques et sa vocation particulière. La faible production et la carrosserie immédiatement reconnaissable lui ont ensuite donné un statut de collector parmi les Lotus modernes.

La production régulière ne doit pas être confondue avec les véhicules construits pour le développement et les présentations. Les registres spécialisés recensent également un show car et plusieurs voitures d’ingénierie. Ils expliquent pourquoi le nombre total de 340R physiquement construites peut être supérieur aux 340 exemplaires de série annoncés par Lotus.

Le programme donne aussi naissance à la spectaculaire 340R Exposé. Développée comme exercice expérimental, elle reçoit des éléments de carrosserie transparents en polycarbonate afin de rendre visibles sa structure et sa mécanique. Lotus pousse encore l’allègement en supprimant certains équipements, notamment le pare-brise et le chauffage. L’Exposé n’est cependant pas une finition supplémentaire proposée au catalogue : elle demeure une expérimentation distincte de la série commerciale.

La 340R occupe ainsi une place particulière dans la période charnière des Lotus de la fin des années 1990 et du début des années 2000. Son intérêt ne vient pas d’un moteur surpuissant ni d’un programme de compétition prestigieux, mais de la manière dont Hethel a transformé les principes de l’Elise en une machine encore plus élémentaire. Cette approche se retrouve ensuite dans les Lotus destinées aux track days, notamment certaines Lotus Elise Cup, mais rarement avec une carrosserie aussi radicalement ouverte que celle de la 340R.