Datsun Laurel

Datsun Laurel

La Datsun Laurel trouve son origine au Japon en avril 1968 avec la première génération C30, commercialisée sur son marché national sous le nom Nissan Laurel. Pensée comme une berline personnelle plus raffinée que les modèles familiaux courants, elle inaugure une lignée placée entre la Datsun Bluebird et les grandes berlines Nissan Cedric. L’appellation Datsun concerne surtout les marchés d’exportation, où le modèle et ses descendantes apparaissent sous plusieurs noms selon les pays, notamment Datsun 1800, Laurel, 200L ou 240L.

Cette différence de badge explique une partie de la confusion entourant aujourd’hui la Datsun Laurel. Le nom couvre plusieurs générations très différentes, alors que la voiture fondatrice est bien la C30 de 1968. Cette première Laurel est d’abord une berline quatre portes à moteur quatre cylindres et propulsion. Un hardtop deux portes rejoint ensuite la gamme en 1970, accompagné de motorisations 2 litres plus puissantes.

Une nouvelle berline haut de gamme en 1968

À la fin des années 1960, Nissan dispose déjà d’une gamme étendue, mais il existe encore un espace entre les voitures familiales compactes et les grandes berlines statutaires. La Laurel est développée précisément pour occuper cette position. Nissan la présente comme une voiture personnelle de classe supérieure, destinée à un propriétaire recherchant davantage d’espace, de confort et de distinction sans passer à une grande berline traditionnelle.

Cette naissance intervient peu après l’intégration de Prince Motor à Nissan. Le contexte est important, car plusieurs programmes et compétences techniques issus de Prince se retrouvent alors au sein du constructeur. La Laurel utilise notamment la famille de moteurs G d’origine Prince. La Datsun Skyline constitue l’autre grande illustration de cet héritage industriel, même si Laurel et Skyline suivent ensuite des trajectoires commerciales distinctes.

La C30 est lancée au Japon en avril 1968 avec un quatre cylindres G18 de 1 815 cm3. Nissan la considère alors comme une nouvelle proposition dans la classe japonaise des 1,8 litre. À l’exportation, la voiture est notamment connue sous l’appellation Datsun 1800. Employer aujourd’hui le terme Datsun Laurel reste pertinent pour retracer sa carrière internationale, à condition de ne pas oublier que son identité japonaise d’origine est Nissan Laurel.

Laurel C30, une architecture plus sophistiquée qu’il n’y paraît

La première Laurel adopte une architecture classique dans son principe, avec moteur longitudinal à l’avant et roues arrière motrices, mais son châssis est plus élaboré que cette description ne le laisse penser. Nissan retient quatre roues indépendantes, avec jambes de force à l’avant et bras semi-tirés à l’arrière. La direction est à crémaillère. Cette conception rapproche techniquement la Laurel de la contemporaine Datsun Bluebird 510, tout en visant une clientèle plus haut de gamme.

Le moteur G18 est un quatre cylindres en ligne à arbre à cames en tête et alimentation par carburateur. Sur la Laurel 1800 Deluxe B de 1968 conservée par Nissan, il développe 100 PS à 5 600 tr/min et 147 Nm à 3 600 tr/min. Avec une masse annoncée de 985 kg pour cet exemplaire, la C30 reste relativement légère malgré son positionnement supérieur.

La voiture mesure 4,35 m de long dans cette configuration, pour seulement 1,605 m de large et un empattement de 2,62 m. Ses proportions traduisent bien les contraintes japonaises de l’époque : carrosserie étroite, surfaces vitrées généreuses et volumes nettement séparés. Certaines documentations donnent une longueur légèrement différente pour d’autres C30, ce qui s’explique par les variantes et évolutions de présentation. Il est donc préférable de rattacher les dimensions précises à une version déterminée plutôt que de les généraliser à toute la génération.

Fiche technique de la Datsun Laurel

CaractéristiqueLaurel 1800 Deluxe B C30, 1968Laurel Hardtop 2000GX KPC30, 1970
Architecture moteur4 cylindres en ligne, OHC4 cylindres en ligne G20, OHC
Cylindrée1 815 cm32,0 litres
AlimentationCarburateurDouble carburateur
Puissance100 PS à 5 600 tr/min125 PS selon les données historiques disponibles
Couple147 Nm à 3 600 tr/minNon retenu
ImplantationMoteur avant longitudinalMoteur avant longitudinal
TransmissionPropulsionPropulsion
Boîte de vitessesManuelle, automatique 3 rapports disponible au cours de la carrièreManuelle 4 rapports
StructureMonocoqueMonocoque
Suspension avantIndépendante, jambes de forceIndépendante, jambes de force
Suspension arrièreIndépendante, bras semi-tirésIndépendante, bras semi-tirés
DirectionCrémaillèreCrémaillère
FreinsConfiguration variable selon versionDisques avant, tambours arrière
Pneus6.50-13-4PRNon retenu
Longueur4 350 mm4 330 mm
Largeur1 605 mm1 605 mm
Hauteur1 405 mm1 380 mm
Empattement2 620 mm2 620 mm
Voies avant / arrière1 305 / 1 300 mm1 315 / 1 310 mm
Poids985 kg1 020 kg
Vitesse maximaleEnviron 165 km/h180 km/h
CarrosserieBerline 4 portesHardtop 2 portes sans montant central

Le hardtop 2000GX transforme la personnalité de la Laurel

L’évolution la plus importante de la première génération intervient en juin 1970 avec l’arrivée d’un hardtop deux portes. Sa carrosserie sans montant central donne à la Laurel une allure beaucoup plus dynamique que celle de la berline originelle. Le pavillon est plus bas et la ligne arrière plus fuyante, tandis que certaines versions adoptent un revêtement de toit en vinyle caractéristique des coupés haut de gamme de cette période.

Cette nouvelle carrosserie accompagne l’arrivée du moteur G20 de 2 litres. La gamme comprend notamment une déclinaison 2000GX à deux carburateurs, annoncée à 125 PS dans les données historiques disponibles. L’exemplaire KPC30 conservé dans la collection patrimoniale de Nissan est donné pour 1 020 kg et 180 km/h. Il illustre le glissement de la Laurel vers une automobile plus expressive, sans abandonner sa vocation de voiture confortable.

Le passage au 2 litres ne se limite pas au hardtop puisque cette cylindrée gagne ensuite la berline. La gamme C30 devient ainsi plus large au fil de sa carrière, avec plusieurs niveaux d’équipement et combinaisons mécaniques. Une transmission automatique à trois rapports est également proposée, répondant davantage aux attentes d’une clientèle recherchant le confort qu’à celles d’une sportive pure.

Un style sobre qui distingue la première génération

La Laurel C30 appartient sans ambiguïté à la fin des années 1960. La berline possède une silhouette tricorps très nette, un capot horizontal, une ceinture de caisse basse et une importante surface vitrée. Avec seulement 1,605 m de largeur, elle paraît élancée plutôt que massive. Le dessin privilégie ainsi une forme statutaire mais mesurée, cohérente avec son rôle intermédiaire dans la gamme Nissan.

Le hardtop de 1970 est facilement différenciable. Deux portes remplacent les quatre ouvrants de la berline, le montant central disparaît et la hauteur tombe à 1,38 m sur le 2000GX documenté. Le résultat est sensiblement plus sportif, tout en conservant l’empattement de 2,62 m. Cette dualité entre berline de représentation compacte et hardtop personnel deviendra une caractéristique durable de la famille Laurel.

Il ne faut pas davantage confondre la C30 avec les grandes Datsun exportées ultérieurement. La Datsun 280C, par exemple, appartient à la famille Cedric et non à la lignée Laurel. Les appellations 200L et 240L rencontrées en Europe correspondent quant à elles à des Laurel plus tardives et ne doivent pas être appliquées rétroactivement à la C30 de 1968.

De la C30 à une véritable famille Laurel

En avril 1972, Nissan remplace la C30 par la Laurel C130. Cette deuxième génération élargit considérablement le concept initial et adopte une présentation plus spectaculaire, caractéristique du début des années 1970. La Laurel dispose désormais d’une gamme mécanique plus vaste comprenant également des six cylindres, ce qui renforce sa position entre les berlines familiales et les modèles de prestige.

Cette évolution intervient alors que Datsun développe rapidement sa présence internationale. Dans la même période, la Datsun 610 occupe un rôle de berline intermédiaire, tandis que la Laurel cherche davantage le confort et le statut. À l’autre extrémité de l’image de marque, la Datsun 240Z démontre le savoir-faire du constructeur dans le domaine du coupé sportif. Ces modèles différents permettent à Datsun de couvrir des clientèles de plus en plus variées sur les marchés d’exportation.

Les générations suivantes poursuivent cette montée en gamme. Les C230 de la fin des années 1970 sont particulièrement importantes pour l’histoire européenne du modèle, puisque les noms Datsun Laurel, 200L et 240L y deviennent plus familiers. Les mécaniques quatre et six cylindres se multiplient et les Laurel prennent progressivement davantage d’ampleur que la C30 originelle.

Une Datsun devenue rare en Europe

La première Laurel reste aujourd’hui nettement moins connue en Europe que les sportives et petites berlines Datsun de la même époque. Les volumes de production précis du C30 ne sont pas suffisamment établis pour avancer un total fiable, et il n’existe pas non plus de recensement solide permettant de quantifier les exemplaires encore en circulation. Sa faible visibilité actuelle ne doit donc pas être transformée artificiellement en chiffre de rareté.

Son intérêt historique est en revanche clairement identifiable. La C30 inaugure en 1968 une famille entièrement nouvelle, associe une propulsion traditionnelle à quatre roues indépendantes et reçoit des moteurs issus de l’héritage technique de Prince. Deux ans plus tard, le hardtop sans montant central et le G20 donnent à cette berline raffinée une dimension plus sportive.

La conservation par Nissan d’une Laurel 1800 Deluxe B C30 de 1968 et d’un Hardtop 2000GX KPC30 de 1970 permet aujourd’hui de documenter précisément les deux visages les plus caractéristiques de cette première génération. Ces exemplaires rappellent surtout que derrière les appellations Datsun 1800, Datsun Laurel et les futures 200L ou 240L se trouve une même lignée née avec une berline japonaise de 1,8 litre en avril 1968.