La Datsun 610 désigne principalement la déclinaison nord-américaine de la quatrième génération de Bluebird, connue au Japon sous le nom Bluebird-U et identifiée par la série 610. Lancée sur le marché américain pour le millésime 1973, elle succède à la très populaire Datsun 510 avec une orientation sensiblement différente : dimensions en hausse, présentation plus cossue et carrosserie aux formes nettement plus galbées. Elle conserve toutefois une architecture classique à moteur avant longitudinal et propulsion.
Cette appellation demande une précision importante. La série 610 naît au Japon dès août 1971, alors que le nom Datsun 610 s’impose surtout en Amérique du Nord à partir du millésime 1973. Une même famille automobile peut donc apparaître sous des dates et des noms différents selon les marchés. Aux États-Unis, la gamme comprend notamment une berline quatre portes, un hardtop deux portes et un break.
De la Bluebird 510 à la nouvelle série 610
Avec la 610, Nissan ne cherche pas simplement à moderniser la génération précédente. La marque fait évoluer la Datsun Bluebird vers une voiture familiale plus imposante et plus confortable. Le dessin rectiligne de la 510 laisse place à une silhouette typique du début des années 1970, avec des ailes galbées, une ligne de caisse sculptée et un profil souvent rapproché du style américain dit « coke bottle ».
La Bluebird-U apparaît au Japon en août 1971 avec plusieurs niveaux de finition et motorisations. Son positionnement traduit la montée en gamme progressive de Nissan, alors en pleine expansion internationale. La lettre U associée au modèle japonais est généralement interprétée comme une référence à une automobile davantage orientée vers son utilisateur, avec un effort particulier porté sur le confort et la présentation.
L’exportation complique cependant la nomenclature. La même base 610 est commercialisée sous différentes désignations selon la cylindrée et le pays. Le nom Datsun 180B est ainsi employé sur plusieurs marchés pour les variantes équipées du quatre cylindres 1,8 litre. Aux États-Unis et au Canada, Nissan adopte au contraire le nombre 610 comme véritable appellation commerciale.
Il ne faut surtout pas interpréter la numérotation Datsun comme une succession arithmétique de générations. La 710 apparue à la même époque appartient à la famille Datsun Violet et constitue une lignée distincte. Elle n’est donc ni une évolution directe de la 610 ni sa remplaçante.
Une familiale à propulsion adaptée au marché américain
Pour son arrivée en Amérique du Nord, la Datsun 610 reçoit le moteur L18. Ce quatre cylindres en ligne à arbre à cames en tête affiche 1 770 cm³ et utilise un carburateur. Dans sa configuration américaine de 1973, il est donné pour 105 hp selon l’ancienne norme SAE gross, à 6 000 tr/min, avec un couple d’environ 146 Nm à 3 600 tr/min. Cette norme de puissance empêche une comparaison directe avec les valeurs DIN européennes ou avec les puissances SAE net utilisées ultérieurement.
Le moteur est monté longitudinalement et entraîne les roues arrière. Une boîte manuelle à quatre rapports est proposée, ainsi qu’une transmission automatique à trois rapports. La formule reste donc proche de celle qui avait contribué au caractère de la 510, mais la 610 est plus grande et plus lourde. Son empattement atteint 2,50 m, tandis que la berline américaine de 1973 mesure environ 4,37 m de long.
La conception du train roulant varie suivant la carrosserie. Berline et hardtop conservent une suspension avant de type McPherson et des roues arrière indépendantes à bras semi-tirés. Le break privilégie une solution plus adaptée à la charge, avec essieu arrière rigide et ressorts à lames. Cette différence technique est importante, car elle interdit de présenter toutes les 610 comme possédant la même suspension arrière.
À partir du millésime 1974, les voitures américaines adoptent le L20B de 1 952 cm³. Dans le même temps, l’application de nouvelles réglementations de sécurité américaines entraîne l’apparition de pare-chocs plus volumineux. Les valeurs de puissance varient alors selon l’année, les normes de mesure et les dispositifs antipollution, notamment entre configurations fédérales et californiennes.
Fiche technique de la Datsun 610
| Caractéristique | Datsun 610 américaine, référence 1973 |
|---|---|
| Architecture moteur | 4 cylindres en ligne, arbre à cames en tête |
| Moteur | Nissan L18 |
| Cylindrée | 1 770 cm³ |
| Alimentation | Carburateur |
| Puissance | 105 hp SAE gross à 6 000 tr/min |
| Couple | Environ 146 Nm à 3 600 tr/min |
| Implantation | Moteur avant longitudinal |
| Transmission | Propulsion |
| Boîtes | Manuelle 4 rapports ou automatique 3 rapports |
| Structure | Caisse autoporteuse |
| Suspension avant | Jambes McPherson |
| Suspension arrière berline et hardtop | Indépendante à bras semi-tirés |
| Suspension arrière break | Essieu rigide et ressorts à lames |
| Freins | Disques avant, tambours arrière |
| Pneumatiques documentés | 6.45-13 |
| Empattement | 2 500 mm |
| Longueur berline | Environ 4 367 mm |
| Largeur berline | Environ 1 600 mm |
| Hauteur berline | Environ 1 405 mm |
| Longueur hardtop | Environ 4 367 mm |
| Hauteur hardtop | Environ 1 385 mm |
| Longueur break | Environ 4 432 mm |
| Hauteur break | Environ 1 415 mm |
| Poids berline manuelle | Environ 1 030 kg |
| Poids hardtop manuel | Environ 1 040 kg |
| Poids break manuel | Environ 1 085 kg |
| Réservoir berline et hardtop | Environ 55 litres |
| Réservoir break | Environ 52 litres |
| Moteur américain à partir de 1974 | Nissan L20B, 4 cylindres, 1 952 cm³ |
Berline, hardtop et break : trois visages de la 610
La berline quatre portes représente la déclinaison familiale classique. Ses proportions restent conventionnelles, mais les surfaces latérales très travaillées et les ailes marquées la différencient immédiatement de la 510. Les versions américaines peuvent également paraître plus longues que leurs cousines européennes en raison des équipements et, selon le millésime, des pare-chocs imposés par la réglementation locale.
Le hardtop deux portes est la version la plus expressive. Son pavillon plus bas et son traitement latéral renforcent l’allure de coupé, tandis que certaines versions américaines se reconnaissent à un spectaculaire panneau arrière comportant six éléments lumineux. La plaque d’immatriculation placée sous le pare-chocs permet alors de dégager visuellement toute la poupe.
Le break adopte une vocation nettement plus utilitaire. Sa carrosserie atteint environ 4,43 m sur les versions américaines documentées et son essieu arrière rigide remplace la suspension indépendante des berlines et hardtops. Ce choix apporte une architecture plus simple et robuste pour supporter les charges, au prix d’un comportement différent de celui des variantes à roues arrière indépendantes.
La famille 610 est encore plus vaste lorsqu’on considère le marché japonais. Nissan y propose différentes finitions, dont les SSS à vocation plus sportive, ainsi que des déclinaisons dont la mécanique ne correspond pas à celle de la Datsun 610 américaine. Certaines versions japonaises reçoivent notamment l’injection électronique. Il est donc préférable de considérer « 610 » comme une famille technique internationale plutôt que comme une configuration mécanique unique.
La Bluebird-U 610 en rallye et en compétition
La 610 possède un véritable passé sportif. Nissan engage notamment une Bluebird-U 1800 SSS P610 au East African Safari Rally de 1973. L’équipage Harry Källström et N. Billstam termine deuxième du classement général et premier de sa classe. Cette performance prend place dans une édition particulièrement favorable à Nissan, puisque la victoire revient à une Datsun 240Z.
Cette voiture de rallye ne doit pas être assimilée techniquement à une 610 routière américaine. Préparée spécifiquement pour l’épreuve africaine, elle reçoit des équipements, des roues et des réglages propres à la compétition. Son intérêt historique réside surtout dans la démonstration de la robustesse de la plate-forme 610 quelques années seulement après son lancement.
La carrière sportive se poursuit également aux États-Unis. Des Datsun 610 sont engagées en SCCA dans la catégorie B Sedan, notamment par Bob Sharp Racing. En 1976, Elliott Forbes-Robinson décroche le championnat national SCCA B Sedan au volant d’une 610, ajoutant un succès américain significatif au palmarès de cette génération.
Une génération Bluebird aux multiples identités
La diversité des noms est l’une des particularités essentielles de la 610. Une voiture de cette génération peut être décrite comme Bluebird-U, 610 ou 180B sans que ces désignations soient nécessairement contradictoires : elles reflètent le marché, la motorisation et la stratégie commerciale de Nissan. Elles ne rendent cependant pas toutes les variantes interchangeables. Moteurs, équipements, éclairage, pare-chocs et dimensions peuvent changer sensiblement d’un pays à l’autre.
La carrière de la série japonaise se poursuit jusqu’en 1976. Nissan fait alors évoluer la Bluebird vers une nouvelle génération, tandis que la nomenclature américaine continue de suivre ses propres règles. Plus tard, la Datsun 910 prolongera à son tour la présence internationale de la famille Bluebird avec une conception et un style appartenant pleinement au début des années 1980.
La 610 reste ainsi identifiable comme la Bluebird qui marque la transition entre les lignes fonctionnelles de la fin des années 1960 et les formes plus expressives des années 1970. Sa silhouette galbée, ses différentes carrosseries et son passage du L18 au L20B sur le marché américain témoignent de cette évolution, tandis que ses résultats au Safari et en SCCA rappellent que cette familiale plus confortable n’avait pas abandonné les ambitions sportives qui avaient contribué à la réputation internationale de Datsun.




