Apparue en 1972, la Daimler Double Six représente la déclinaison la plus prestigieuse de la grande berline Jaguar à moteur V12. Elle appartient directement à la famille Jaguar XJ, mais adopte les attributs propres à Daimler, marque contrôlée par Jaguar depuis 1960. Sa calandre cannelée, sa présentation intérieure plus raffinée et son positionnement supérieur distinguent ainsi la Double Six de la Jaguar XJ12 dont elle partage l’essentiel de la mécanique.
Le nom est lui-même chargé d’histoire. Daimler avait déjà employé l’appellation Double Six dès les années 1920 pour ses automobiles à douze cylindres. Sa réapparition en 1972 permet donc de désigner clairement la nouvelle Daimler V12 tout en renouant avec une tradition antérieure au rachat de la marque par Jaguar. Cette première Double Six moderne ouvre une lignée qui survivra aux Series I, II et III de la XJ, puis aux générations des années 1990, jusqu’à la disparition du V12 en 1997.
Une Daimler construite autour de la Jaguar XJ12
La Double Six naît au moment où Jaguar étend l’utilisation de son V12. Ce moteur de 5 343 cm3 avait fait son apparition en série en 1971 sur la Jaguar E-Type Series 3. Son installation dans la berline XJ donne naissance à la XJ12 en 1972 et, presque simultanément, à son équivalent Daimler. Le résultat associe les performances d’un douze cylindres à la silhouette basse et élégante de la XJ dessinée sous la direction de William Lyons.
La hiérarchie entre les différentes appellations peut prêter à confusion. La XJ12 est la variante Jaguar, tandis que Double Six désigne son pendant Daimler. La Jaguar Daimler Sovereign occupe parallèlement une place importante dans la gamme Daimler, notamment avec les motorisations six cylindres. Une Double Six Vanden Plas encore plus luxueuse est également proposée avec un empattement allongé et une finition spécifique. Il ne faut donc pas employer indifféremment les noms Double Six, Sovereign et Vanden Plas.
La première Series I utilise une carrosserie autoporteuse, quatre roues indépendantes et une propulsion. Son V12 à 60 degrés est alimenté à l’origine par quatre carburateurs Zenith-Stromberg. Avec environ 269 ch DIN dans sa configuration européenne de lancement et une vitesse maximale annoncée autour de 225 km/h, la grande Daimler appartient aux berlines les plus rapides de son époque. Sa boîte automatique à trois rapports souligne cependant sa vocation de grande routière plutôt que celle de berline sportive.
De la Series I à la Double Six HE
La première génération connaît une carrière courte puisque la XJ Series II apparaît dès 1973. La Double Six adopte alors les transformations de la nouvelle carrosserie, notamment des pare-chocs positionnés plus haut et une face avant remaniée. Le changement le plus important intervient au milieu des années 1970 avec le remplacement des quatre carburateurs par une injection électronique, qui améliore la gestion du V12 sans modifier sa cylindrée de 5,3 litres.
La Series II donne également naissance à l’une des Double Six les plus rares, le coupé deux portes. Cette carrosserie sans montant central reprend les lignes de la XJ-C et conserve le V12. Les données historiques généralement retenues font état de seulement 407 Double Six Coupé, ce qui la place très loin des volumes des berlines. Les versions Vanden Plas à empattement long constituent une autre branche de la gamme, davantage orientée vers le confort des passagers arrière.
En 1979, la Series III renouvelle profondément l’apparence de la XJ tout en conservant son architecture. Pininfarina intervient sur le restylage, avec un pavillon redessiné, une surface vitrée modifiée, des poignées de portes encastrées et des pare-chocs plus enveloppants. La silhouette demeure immédiatement identifiable comme une XJ, mais paraît plus moderne et offre davantage d’espace au niveau de la tête.
L’évolution mécanique majeure arrive en 1981 avec le V12 HE, pour High Efficiency. Les nouvelles culasses développées à partir des travaux de l’ingénieur Michael May utilisent une chambre de combustion destinée à améliorer le rendement. Le principe permet notamment d’employer un taux de compression élevé et de réduire la consommation, faiblesse historique du premier V12 5.3, tout en conservant la souplesse qui constitue l’un des caractères essentiels de la Double Six.
Une carrière prolongée face à la XJ40
L’arrivée de la Jaguar XJ40 en 1986 ne provoque pas immédiatement la disparition de la Double Six Series III. La nouvelle architecture n’accueille initialement pas le V12, si bien que les anciennes carrosseries XJ12 et Double Six restent en fabrication. Cette situation inhabituelle fait cohabiter pendant plusieurs années deux générations de grandes berlines Jaguar.
La Series III V12 poursuit ainsi sa carrière jusqu’au début des années 1990, alors que les versions six cylindres de cette carrosserie ont disparu depuis plusieurs années. Au fil du temps, l’équipement et la gestion mécanique progressent, mais la recette fondamentale demeure celle de 1972 : moteur V12 longitudinal avant, propulsion, suspension indépendante et présentation Daimler.
Le V12 se retrouve aussi dans la Jaguar XJ-S, autre grande routière britannique dont la longue carrière accompagne celle de la Double Six. Les deux modèles partagent différentes évolutions du douze cylindres Jaguar, sans pour autant répondre au même usage : la XJ-S privilégie une carrosserie de grand tourisme à deux portes, quand la Double Six demeure une berline de luxe.
Le V12 6.0 et les dernières Double Six
La succession véritable de la Series III intervient avec l’adaptation du V12 à la famille XJ40, connue sous le code XJ81 lorsqu’elle reçoit ce moteur. En 1993, la Double Six passe à une cylindrée de 5 993 cm3. Cette génération adopte également une boîte automatique GM 4L80-E à quatre rapports, évolution importante par rapport aux transmissions à trois rapports des anciennes V12.
Une nouvelle étape est franchie en 1994 avec la génération Jaguar XJ X300. La version V12, techniquement identifiée comme X305, conserve le 6,0 litres mais revient à des formes plus arrondies, avec quatre projecteurs circulaires et une silhouette qui réinterprète les codes traditionnels de la XJ. La Double Six reste reconnaissable à ses détails Daimler et à une présentation particulièrement luxueuse.
Ces dernières versions développent environ 318 ch selon les spécifications européennes documentées et peuvent atteindre 250 km/h. Elles représentent l’aboutissement du V12 Jaguar de série, désormais associé à une gestion électronique et à une transmission plus modernes que celles des premières Double Six. La carrière prend fin en 1997 avec l’abandon du douze cylindres. Daimler poursuit ensuite son existence au sein de la gamme Jaguar avec d’autres mécaniques, notamment les V8 évoqués par la Jaguar Daimler V8.
Fiche technique de la Jaguar Daimler Double Six
| Caractéristique | Double Six Series I 1972 | Principales évolutions |
|---|---|---|
| Moteur | V12 essence à 60 degrés | V12 HE à partir de 1981, V12 6.0 sur les dernières générations |
| Cylindrée | 5 343 cm3 | 5 993 cm3 sur la XJ81 puis la X305 |
| Distribution | 24 soupapes, un arbre à cames en tête par rangée | Architecture V12 conservée |
| Alimentation | 4 carburateurs Zenith-Stromberg | Injection électronique à partir du milieu des années 1970 |
| Puissance | Environ 269 ch DIN à 6 000 tr/min | Environ 318 ch sur les dernières 6.0 européennes |
| Couple | Environ 408 Nm selon les données nettes disponibles | Variable selon génération et spécification |
| Implantation | Moteur longitudinal avant | Moteur longitudinal avant |
| Transmission | Propulsion | Propulsion |
| Boîte de vitesses | Automatique 3 rapports | GM 3 rapports sur les V12 ultérieures, GM 4L80-E 4 rapports sur la XJ81 6.0 |
| Structure | Coque autoporteuse | Coque autoporteuse |
| Suspension avant | Indépendante, doubles triangles et ressorts hélicoïdaux | Indépendante |
| Suspension arrière | Indépendante | Indépendante |
| Direction | Crémaillère assistée | Assistée |
| Freins | 4 disques, avant ventilés | 4 disques, équipement évoluant selon génération |
| Longueur | Environ 4 814 mm | Environ 4,96 m en Series III, 4,99 m en XJ81 et 5,02 m en X305 standard |
| Largeur | Environ 1 768 mm | Variable selon génération |
| Hauteur | Environ 1 343 mm | Variable selon génération |
| Empattement | 2 764 mm en version courte | Environ 2 865 mm en Series III et 2,87 m sur les XJ81/X305 standard |
| Poids | Environ 1 760 kg à vide selon la convention de mesure | Près de 2 tonnes sur certaines versions 6.0 |
| Vitesse maximale | Environ 225 km/h | Jusqu’à 250 km/h sur les dernières 6.0 |
| 0 à 100 km/h | Environ 8,4 s dans les données d’époque reprises pour la Series I | Environ 7,2 à 7,4 s pour certaines versions 6.0 |
Calandre Daimler, luxe britannique et variantes rares
La signature extérieure la plus caractéristique de la Double Six reste sa calandre Daimler à partie supérieure cannelée. Ce motif, traditionnellement associé aux radiateurs Daimler, permet de la différencier d’une XJ12 même lorsque les deux voitures partagent carrosserie et mécanique. Les emblèmes Daimler et Double Six complètent cette identification, tandis que l’habitacle privilégie cuir, boiseries et équipements de confort.
Les différences deviennent plus sensibles avec les Vanden Plas. Leur empattement allongé augmente l’espace réservé aux passagers arrière et leur finition pousse encore plus loin le positionnement de prestige. La Series I illustre déjà la relative rareté de ces Daimler V12 : les chiffres historiques généralement retenus font état de 534 Double Six à empattement court et 351 Double Six Vanden Plas. Pour la Series II, les données de clubs spécialisés recensent notamment 2 608 berlines Double Six, 1 726 Vanden Plas et les 407 coupés.
Un total unique pour toutes les Double Six produites entre 1972 et 1997 serait en revanche trompeur, les archives publiées ne comptabilisant pas toujours les variantes et les marchés de la même manière. Cette longue période couvre en outre plusieurs architectures de carrosserie successives. Plus qu’une génération unique, la Double Six désigne donc une lignée de Daimler V12 dont le fil conducteur reste l’association entre la mécanique la plus prestigieuse de Jaguar et une finition placée au sommet de la gamme.




