Apparue en 1997, la Jaguar Daimler V8 représente la déclinaison la plus luxueuse de la nouvelle génération de berlines X308 à moteur huit cylindres. Elle conserve la silhouette classique de la grande XJ britannique, mais abandonne le V12 qui caractérisait auparavant le sommet de la gamme Daimler. Sous son long capot prend place le nouveau V8 AJ-V8 de 4,0 litres, associé à une boîte automatique à cinq rapports.
Cette appellation demande toutefois une distinction importante. La Daimler V8 X308 ne doit être confondue ni avec la Daimler V8 2.5 des années 1960, dérivée de la Mark 2, ni avec la Daimler Super V8 contemporaine. Cette dernière emploie une version suralimentée du 4,0 litres, alors que le modèle traité ici conserve une alimentation atmosphérique et développe 284 ch selon la norme européenne.
La Daimler au passage du V12 au V8
Au milieu des années 1990, Jaguar renouvelle progressivement ses groupes motopropulseurs. La Jaguar XJ X300, lancée en 1994, conserve encore les six cylindres en ligne et le V12 hérités des générations précédentes. Sa remplaçante reprend une grande partie de cette architecture générale et de sa carrosserie, mais introduit une évolution mécanique beaucoup plus profonde.
Cette nouvelle génération, connue sous le code Jaguar XJ X308, apparaît en 1997. Extérieurement, les changements restent mesurés : Jaguar tient à conserver les proportions basses et élancées ainsi que les quatre projecteurs ronds caractéristiques de la XJ. La transformation essentielle se trouve sous le capot avec l’arrivée de la famille AJ-V8.
Pour Daimler, ce changement est particulièrement symbolique. La Jaguar Daimler Double Six avait perpétué le prestigieux V12 au sommet de la gamme. La nouvelle Daimler adopte désormais un V8 de 3 996 cm³, plus compact et plus moderne. La disparition du douze cylindres ne signifie pas un déclassement : Daimler demeure la proposition la plus raffinée de la famille XJ, avec une présentation et un équipement placés au-dessus des Jaguar correspondantes.
Le V8 n’est alors pas totalement inédit. Jaguar l’avait inauguré en 1996 sur le Jaguar XK8, avant de l’étendre aux berlines. La X308 devient ainsi la première génération de XJ structurée autour de cette nouvelle famille de moteurs, ce que traduit également l’adoption de la désignation XJ8.
Un V8 4,0 litres atmosphérique de 284 ch
Le moteur AJ-V8 de la Daimler affiche 3 996 cm³. Ce V8 à 90 degrés possède un bloc et des culasses en alliage léger, quatre arbres à cames en tête et quatre soupapes par cylindre. Avec un alésage et une course identiques de 86 mm, il présente une architecture dite carrée. Dans sa définition européenne atmosphérique, il délivre 209 kW, soit 284 ch, à 6 100 tr/min et 375 Nm à 4 250 tr/min.
Le moteur est implanté longitudinalement à l’avant et transmet sa puissance aux roues arrière. La Daimler V8 atmosphérique reçoit la boîte automatique ZF 5HP24 à cinq rapports. Cette combinaison privilégie la souplesse et correspond à la vocation de grande routière de la voiture plutôt qu’à celle d’une berline sportive.
Malgré une masse voisine de 1,8 tonne selon les spécifications et méthodes de mesure, les performances restent élevées pour une limousine de cette époque. La vitesse maximale atteint 240 km/h et le 0 à 100 km/h est annoncé autour de 7,2 à 7,4 secondes suivant les données publiées. La consommation normalisée combinée européenne est donnée autour de 11,9 l/100 km, avec un réservoir de 81 litres.
Le moteur évolue pendant la carrière du modèle, l’AJ26 initial laissant place à l’AJ27. Cette évolution s’inscrit dans les modifications techniques apportées à la X308 au fil de sa production. Il faut donc tenir compte du millésime lorsqu’on examine en détail les périphériques et certaines caractéristiques d’un exemplaire précis.
Fiche technique de la Jaguar Daimler V8
| Caractéristique | Donnée |
|---|---|
| Génération | X308 |
| Production de la génération | 1997 à 2002 |
| Carrosserie | Berline 4 portes |
| Architecture moteur | V8 essence à 90 degrés, atmosphérique |
| Famille moteur | AJ-V8, AJ26 puis AJ27 |
| Cylindrée | 3 996 cm³ |
| Alésage x course | 86 x 86 mm |
| Distribution | 4 arbres à cames en tête, 32 soupapes |
| Alimentation | Injection électronique |
| Taux de compression | Environ 10,75:1 |
| Puissance | 209 kW, 284 ch à 6 100 tr/min |
| Couple | 375 Nm à 4 250 tr/min |
| Implantation | Moteur longitudinal avant |
| Transmission | Propulsion |
| Boîte de vitesses | Automatique ZF 5HP24 à 5 rapports |
| Structure | Coque autoporteuse en acier |
| Suspension avant | Indépendante, doubles triangles, ressorts hélicoïdaux |
| Suspension arrière | Indépendante, ressorts hélicoïdaux |
| Direction | Crémaillère assistée |
| Freinage | 4 disques avec ABS |
| Roues et pneus documentés | 7J x 16, 225/60 R16 selon marché et équipement |
| Longueur LWB | 5 149 mm |
| Largeur | 1 799 mm |
| Hauteur | 1 333 mm |
| Empattement LWB | 2 995 mm |
| Voie avant | Environ 1 500 mm |
| Voie arrière | Environ 1 498 mm |
| Poids | Environ 1 800 à 1 875 kg selon spécification et norme |
| Vitesse maximale | 240 km/h |
| 0 à 100 km/h | Environ 7,2 à 7,4 s |
| Consommation combinée | Environ 11,9 l/100 km |
| Réservoir | 81 litres |
Une XJ conçue pour le luxe plutôt que pour le sport
La Daimler V8 partage sa base mécanique avec la Jaguar XJ8, mais son positionnement est différent. Daimler constitue historiquement chez Jaguar un niveau de finition supérieur, destiné à une clientèle recherchant davantage le raffinement d’une limousine que l’image sportive traditionnellement associée à la marque au félin.
Cette orientation se remarque particulièrement sur les voitures à empattement long. Avec 2 995 mm entre les essieux et une longueur de 5 149 mm, elles offrent davantage d’espace aux passagers arrière. Une X308 à empattement court ne mesure que 5 024 mm pour 2 870 mm d’empattement. La configuration longue est très étroitement associée à la Daimler V8, même si des exemplaires à empattement court ont également existé.
Le châssis reste fidèle aux solutions classiques de la grande XJ : roues indépendantes, suspension à ressorts hélicoïdaux, direction assistée à crémaillère et quatre freins à disque avec ABS. Le réglage Daimler privilégie le confort. Cette philosophie explique pourquoi comparer directement la voiture à la Jaguar XJR X308 ne revient pas simplement à opposer deux puissances moteur : la XJR recherche une réponse nettement plus sportive, tandis que la Daimler atmosphérique met l’accent sur la douceur de fonctionnement et le confort des occupants.
Comment reconnaître une Daimler V8 X308
La carrosserie dessinée sous la direction de Geoff Lawson évolue peu par rapport à la X300. Elle conserve un capot très long, une ceinture de caisse basse, quatre projecteurs circulaires et une poupe légèrement plongeante. Cette continuité stylistique peut rendre les deux générations difficiles à distinguer au premier regard, alors que leurs mécaniques diffèrent profondément.
Les Daimler se reconnaissent notamment à leur calandre cannelée caractéristique et à des détails de finition spécifiques, dont le traitement cannelé de la garniture du coffre. Les chromes, les placages de bois et la sellerie participent également à une présentation plus opulente. À l’intérieur, la X308 se distingue de la X300 par une planche de bord remaniée, aux formes plus arrondies, tout en conservant l’atmosphère traditionnelle de cuir et de bois attendue d’une grande berline britannique.
La distinction la plus importante concerne la Daimler Super V8. Visuellement très proche, celle-ci utilise le 4,0 litres suralimenté par compresseur, avec environ 363 ch et 505 Nm. La Daimler V8 décrite ici est la variante atmosphérique de 284 ch. Les transmissions diffèrent également : la version atmosphérique utilise la ZF 5HP24, alors que les X308 suralimentées emploient une boîte automatique Mercedes adaptée à leur couple supérieur.
Production et place de la Daimler V8 dans la lignée XJ
La X308 est produite de 1997 à la fin de 2002, les dernières voitures pouvant être commercialisées ou immatriculées en 2003 selon les marchés. Les chiffres de production spécifiques à la Daimler atmosphérique sont moins uniformément documentés que ceux de l’ensemble de la génération. Une compilation consacrée aux X308 recense 164 Daimler Eight à empattement court et 2 119 à empattement long, soit 2 283 voitures, chiffre utile pour mesurer la diffusion limitée de cette variante mais qui ne constitue pas un total constructeur officiel établi pour tous les marchés sous l’appellation « Daimler V8 ».
Cette relative rareté s’explique aussi par le statut particulier de Daimler. Il ne s’agissait pas d’une XJ destinée aux gros volumes, mais du sommet traditionnel de la gamme britannique. Le client choisissait moins une transformation radicale de la Jaguar qu’une interprétation plus luxueuse de la même automobile, avec une attention particulière portée à l’habitacle et aux passagers arrière.
La carrière de cette architecture s’achève avec l’arrivée de la Jaguar XJ X350 en 2003. Cette succession représente une rupture beaucoup plus profonde que le passage X300-X308 : la nouvelle XJ adopte une structure largement réalisée en aluminium et quitte ainsi l’architecture en acier dont les origines remontaient à la XJ40. La Daimler V8 X308 demeure donc l’une des dernières expressions de la XJ traditionnelle, mais avec le moteur moderne qui avait déjà ouvert la génération suivante de mécaniques Jaguar.




