Apparue en 1994, la Jaguar Xj X300 représente une étape décisive dans l’histoire de la grande berline britannique. Elle conserve une partie de l’architecture de la génération précédente, mais retrouve des lignes plus proches des Jaguar classiques, améliore sensiblement sa qualité de fabrication et introduit une évolution majeure du six cylindres maison. Cette génération de la Jaguar XJ est aussi la dernière à associer la berline de Coventry au six cylindres en ligne et au V12 historiques de la marque.
Une XJ profondément modernisée sous l’ère Ford
La X300 naît dans un contexte particulier. Ford a pris le contrôle de Jaguar en 1989 et engage d’importants investissements pour améliorer les méthodes industrielles et la qualité de fabrication. Plutôt que de développer immédiatement une berline entièrement nouvelle, Jaguar fait évoluer la plate-forme existante. La X300 conserve ainsi des liens structurels étroits avec la Jaguar XJ40, commercialisée depuis les années 1980.
Le travail ne se limite pourtant pas à un simple restylage. Sous la direction du designer Geoff Lawson, Jaguar retravaille largement la carrosserie. Les formes anguleuses de la XJ40 sont adoucies et la face avant revient à une identité plus traditionnelle, avec quatre projecteurs ronds séparés, une calandre classique et un capot fortement sculpté. Les ailes deviennent plus galbées, les pare-chocs s’intègrent davantage à la carrosserie et les feux arrière sont redessinés.
Des voitures de préproduction existent dès 1993, tandis que la nouvelle gamme arrive en 1994 pour le millésime 1995. Jaguar la présente publiquement à Paris à l’automne 1994. La transformation intervient également dans les usines de Coventry, où les investissements réalisés sous Ford permettent d’améliorer les procédés d’assemblage et la régularité de fabrication.
AJ16, compresseur et V12 6 litres
La gamme repose principalement sur l’AJ16, ultime évolution du six cylindres en ligne Jaguar dérivé de la famille AJ6. Ce moteur à double arbre à cames en tête et quatre soupapes par cylindre est proposé en 3 239 cm3 et 3 980 cm3. Dans les spécifications européennes couramment retenues, le 3.2 développe 211 ch et le 4.0 atmosphérique 241 ch. Les publications britanniques peuvent afficher des valeurs différentes lorsqu’elles utilisent les bhp plutôt que les chevaux métriques.
La version la plus sportive reçoit une transformation beaucoup plus importante. La Jaguar XJR de génération X306 associe le six cylindres AJ16 de 4 litres à un compresseur Eaton. Avec environ 320 ch et 512 Nm, elle marque l’arrivée de la suralimentation par compresseur sur une Jaguar routière de série. Sa vitesse maximale atteint environ 250 km/h et son caractère tranche nettement avec celui des XJ6 davantage orientées vers le confort.
Au sommet de la gamme subsiste le V12 Jaguar de 5 993 cm3. Développant environ 311 ch dans les spécifications européennes, il équipe notamment les XJ12 ainsi que les très luxueuses Jaguar Daimler Double Six. Son maintien dans la X300 donne à cette génération une place particulière puisqu’elle constitue la dernière berline XJ animée par le V12 historique de Jaguar.
La transmission reste exclusivement aux roues arrière. Une boîte manuelle Getrag à cinq rapports est disponible avec certains six cylindres sur plusieurs marchés. Les versions automatiques emploient différentes transmissions selon leur moteur, notamment des boîtes ZF sur les XJ6 atmosphériques et la robuste GM 4L80-E sur les XJR et V12.
Fiche technique de la Jaguar Xj X300
| Caractéristique | Données |
|---|---|
| Production | 1994 à 1997 |
| Carrosserie | Berline 4 portes, empattement standard ou long |
| Architecture | Moteur longitudinal avant, propulsion |
| Structure | Coque autoporteuse en acier |
| Moteurs six cylindres | AJ16, 6 cylindres en ligne, 24 soupapes, 3 239 ou 3 980 cm3 |
| Puissance 3.2 | 155 kW, 211 ch selon spécification européenne |
| Couple 3.2 | Environ 301 Nm à 4 500 tr/min |
| Puissance 4.0 atmosphérique | 177 kW, 241 ch selon spécification européenne |
| Couple 4.0 atmosphérique | Environ 375 Nm à 4 000 tr/min |
| Moteur XJR | AJ16 3 980 cm3 avec compresseur Eaton |
| Puissance XJR | Environ 320 ch |
| Couple XJR | Environ 512 Nm à 3 050 tr/min |
| Moteur V12 | V12 essence, 5 993 cm3 |
| Puissance V12 | Environ 311 ch selon spécification européenne |
| Couple V12 | Environ 453 Nm à 3 750 tr/min |
| Boîtes | Manuelle Getrag 5 rapports selon version et marché, automatiques ZF 4HP22 ou 4HP24, GM 4L80-E sur XJR et V12 |
| Suspension | Indépendante aux quatre roues, ressorts hélicoïdaux |
| Direction | Crémaillère assistée |
| Freinage | Quatre disques, disques avant ventilés, ABS |
| Empattement standard | 2 870 mm |
| Empattement long | 2 995 mm |
| Longueur empattement standard | Environ 5 024 mm |
| Longueur empattement long | Environ 5 149 mm |
| Largeur | Environ 1 799 mm hors rétroviseurs |
| Hauteur | Environ 1 303 à 1 333 mm selon version |
| Poids | Environ 1 800 à 1 975 kg selon moteur, équipement et empattement |
| Vitesse maximale | Environ 222 km/h en 3.2, jusqu’à environ 250 km/h pour les versions les plus performantes |
| Production totale | 92 038 exemplaires toutes variantes X300 confondues |
Une gamme allant de la XJ6 à la Daimler
La X300 ne correspond pas à une seule finition. L’appellation désigne la génération et son programme industriel, tandis que les voitures sont vendues sous plusieurs noms commerciaux. Les XJ6 constituent le coeur de gamme, accompagnées selon les marchés et les années par les Sovereign, Sport, XJR, XJ12, Daimler et Vanden Plas. Cette distinction explique pourquoi deux X300 peuvent présenter des équipements, des chromes, des roues et même des motorisations très différents.
Jaguar propose également une carrosserie à empattement allongé, identifiée par le code X330. Son empattement passe de 2 870 à 2 995 mm, soit 125 mm supplémentaires principalement destinés à améliorer l’espace des passagers arrière. Ces versions renforcent le positionnement de limousine de la XJ, notamment dans les finitions les plus luxueuses. Les déclinaisons Daimler prolongent cette logique avec une présentation plus opulente, dans la continuité de la Jaguar Daimler Sovereign.
La variété des appellations s’accompagne de codes internes spécifiques. X300 désigne couramment la génération dans son ensemble, mais X305 est associé aux modèles V12, X306 à la XJR suralimentée et X330 aux voitures à empattement long. Ces références permettent d’être plus précis lorsqu’il s’agit d’identifier une variante particulière.
Comment reconnaître une X300
Le signe extérieur le plus évident est sa face avant. Les quatre projecteurs circulaires, associés aux reliefs très prononcés du capot, différencient immédiatement la X300 de nombreuses XJ40 équipées de blocs optiques rectangulaires. La calandre verticale, les pare-chocs peints et intégrés et les volumes plus arrondis cherchent volontairement à renouer avec l’élégance des anciennes XJ sans abandonner la structure fondamentale de leur devancière.
L’habitacle suit la même logique. L’architecture générale reste familière aux propriétaires de XJ40, mais Jaguar retravaille les sièges, les boiseries et plusieurs détails de présentation. Le cuir et les placages de bois conservent une place centrale, avec des variations importantes selon qu’il s’agit d’une XJ6, d’une Sport, d’une Sovereign ou d’une Daimler.
La confusion la plus fréquente concerne sa remplaçante. La Jaguar XJ X308, lancée en 1997, conserve une silhouette extrêmement proche et reprend une grande partie de l’identité visuelle introduite par la X300. La différence essentielle se trouve sous le capot et dans l’habitacle : la X308 abandonne les six cylindres AJ16 et le V12 au profit de la nouvelle famille AJ-V8, tout en adoptant une planche de bord sensiblement remaniée.
Trois années de production et plus de 92 000 voitures
Malgré une carrière relativement courte, la X300 atteint une production totale de 92 038 exemplaires toutes variantes confondues. Elle bénéficie ainsi d’une diffusion importante pour une grande berline de luxe. La gamme évolue rapidement entre les millésimes 1995 et 1997, notamment avec l’arrivée des versions longues et différentes séries ou configurations adaptées aux marchés britannique, européen et nord-américain.
Cette période correspond également aux dernières années de deux architectures mécaniques emblématiques de Jaguar. Le dernier V12 de cette famille quitte la production au printemps 1997. Le 2 juillet suivant, Jaguar achève la dernière X300 à six cylindres AJ16 : une XJ6 3.2 Sport rouge conservée par le Jaguar Daimler Heritage Trust. Elle clôt l’époque du six cylindres en ligne dans la grande berline de Coventry.
La succession intervient la même année. Extérieurement, Jaguar choisit la continuité plutôt qu’une rupture stylistique, mais le passage à la X308 transforme profondément la mécanique. La nouvelle Jaguar XJ8 adopte les moteurs AJ-V8, mettant définitivement fin dans la XJ aux six cylindres AJ16 et au V12 qui avaient caractérisé la X300.




