Histoire de la marque Bertone

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Bertone naît à Turin en 1912 sous l’impulsion de Giovanni Bertone. L’entreprise n’est alors ni un constructeur automobile classique ni une marque de voitures au sens moderne, mais un atelier de carrosserie travaillant d’abord sur des véhicules hippomobiles avant d’accompagner l’essor de l’automobile. Devenue sous la direction de Nuccio Bertone l’une des grandes maisons italiennes de style et de production, elle participe à la naissance de modèles majeurs pour Alfa Romeo, Lamborghini, Lancia ou Fiat. Son histoire alterne créativité, industrialisation, collaborations prestigieuses, passage ponctuel au statut de marque automobile, déclin économique, faillite puis relance au XXIe siècle.

1912 : Giovanni Bertone fonde son atelier de carrosserie à Turin

Giovanni Bertone crée son entreprise en 1912 dans une Italie où la motorisation reste encore limitée. Son activité initiale consiste à fabriquer et réparer des carrosseries de véhicules hippomobiles. La Première Guerre mondiale interrompt cependant cette première phase de développement.

À la reprise de l’activité, l’automobile commence à transformer profondément le métier de carrossier. Bertone s’adapte à ce nouveau marché et réalise au début des années 1920 des carrosseries automobiles, notamment sur un châssis SPA 23S. Cette transition est fondamentale : l’entreprise ne fabrique pas encore ses propres automobiles, mais commence à construire des carrosseries pour les constructeurs, selon un modèle qui restera au cœur de son activité pendant plusieurs décennies.

1933 : Nuccio Bertone rejoint l’entreprise familiale

En 1933, Giuseppe Bertone, plus connu sous le nom de Nuccio Bertone, entre dans l’entreprise fondée par son père. Il devient progressivement la personnalité centrale de la maison. Après la Seconde Guerre mondiale, il contribue à transformer un atelier artisanal en une entreprise capable de concevoir des prototypes, de travailler pour de grands constructeurs et, bientôt, de produire des automobiles en série.

Le rôle de Nuccio Bertone ne doit pas être confondu avec celui d’un designer travaillant seul sur chaque voiture. Son talent tient également à sa capacité à recruter et à faire travailler des stylistes de premier plan. Franco Scaglione, Giorgetto Giugiaro puis Marcello Gandini comptent parmi les créateurs qui donneront au nom Bertone une influence considérable sur le design automobile italien.

1954 : l’Alfa Romeo Giulietta Sprint fait entrer Bertone dans l’ère industrielle

Au début des années 1950, Bertone se fait remarquer par ses créations expérimentales, notamment les Alfa Romeo B.A.T. dessinées par Franco Scaglione. Ces prototypes très profilés montrent déjà l’intérêt de la maison pour l’aérodynamique et les formes nouvelles, mais c’est un modèle de série qui provoque le véritable changement d’échelle.

Présentée en 1954, la Giulietta Sprint développée pour Alfa Romeo rencontre un succès nettement supérieur aux prévisions initiales. Bertone doit adapter son organisation afin de produire les carrosseries en volumes beaucoup plus importants que ceux auxquels l’entreprise était habituée. Plus de 24 000 Giulietta Sprint seront finalement fabriquées, confirmant que Bertone peut désormais associer création stylistique et production industrielle.

1959 : l’usine de Grugliasco transforme Bertone en grand carrossier industriel

L’ouverture en 1959 d’un nouveau site à Grugliasco, dans la périphérie de Turin, donne à Bertone les moyens de ses ambitions. L’entreprise dispose désormais d’une infrastructure capable de prendre en charge des séries importantes pour le compte des constructeurs tout en conservant une activité de design et de prototypes.

Ce modèle économique devient l’une des particularités de Bertone. La société ne se contente pas de dessiner des automobiles : selon les programmes, elle peut développer leur carrosserie, réaliser leur industrialisation et assurer une partie de leur assemblage. Cette compétence lui permet notamment de travailler sur des modèles produits en nombre important pour Fiat, tout en continuant à concevoir des automobiles beaucoup plus exclusives.

1966 : la Lamborghini Miura ouvre l’âge d’or du design Bertone

La présentation de la Miura en 1966 place Bertone au premier plan du design automobile international. Dessinée par Marcello Gandini au sein de la maison turinoise, la nouvelle Lamborghini associe une architecture mécanique spectaculaire à une carrosserie basse et sensuelle. Elle devient l’une des automobiles les plus célèbres liées au nom Bertone et contribue fortement à la réputation mondiale du carrossier.

La fin des années 1960 et le début des années 1970 voient ensuite Bertone adopter un langage beaucoup plus géométrique. L’Alfa Romeo Carabo de 1968 explore la silhouette en coin et les portes à ouverture verticale. La Lancia Strato’s Zero de 1970 pousse encore plus loin cette recherche, tandis que le prototype Lamborghini Countach de 1971 installe durablement les lignes anguleuses et très basses dans l’imaginaire de la voiture sportive.

Cette créativité trouve également une traduction en compétition avec la Stratos. Dessinée par Gandini pour Bertone et développée par Lancia, elle devient l’une des voitures de rallye les plus marquantes des années 1970. Lancia remporte avec elle trois titres mondiaux des constructeurs consécutifs entre 1974 et 1976. Le palmarès appartient à Lancia, mais il renforce indirectement la réputation du dessin Bertone en démontrant qu’une forme spectaculaire peut aussi répondre à des exigences de compétition.

1972 : la X1/9 prépare le passage de Bertone du carrossier à la marque automobile

La Fiat X1/9, lancée en 1972, constitue une étape particulière dans l’histoire de Bertone. Ce petit coupé à moteur central, dessiné par Marcello Gandini, est étroitement lié à la maison turinoise dès sa conception et sa fabrication. Il reste toutefois commercialisé sous le nom Fiat pendant sa première décennie de carrière.

En 1982, la situation change : Bertone reprend la production et la commercialisation de la X1/9 sous son propre nom. Jusqu’à l’arrêt du modèle en 1989, la voiture porte donc véritablement la marque Bertone. Cette période explique pourquoi Bertone ne peut pas être décrit uniquement comme un studio de style. Même si cette activité reste minoritaire à l’échelle de son histoire, l’entreprise a aussi vendu des automobiles sous son propre emblème.

Durant les années 1980 et 1990, Bertone poursuit parallèlement son travail pour de nombreux constructeurs. Ses activités couvrent aussi bien les études de style que la production de séries spécifiques, notamment pour Opel. La société continue également d’expérimenter, comme le montre dans les années 1990 le prototype électrique Z.E.R., conçu pour explorer les performances et l’aérodynamique d’un véhicule électrique.

1997 : la disparition de Nuccio Bertone ouvre une période de fragilisation

Nuccio Bertone meurt en 1997 à l’âge de 83 ans. Son épouse Lilli Bertone prend alors la direction de l’entreprise. Ce changement intervient à une période où le modèle économique des grands carrossiers indépendants devient progressivement plus difficile à maintenir.

Les constructeurs automobiles développent en effet leurs propres centres de style et intègrent davantage la production de cabriolets, coupés et petites séries auparavant sous-traitée à des entreprises comme Bertone. La diminution de ces contrats fragilise progressivement l’activité industrielle. Le site de Grugliasco, qui avait symbolisé l’expansion de Bertone à partir de 1959, finit par cesser son activité dans sa configuration historique avant d’être cédé à Fiat en 2009.

2014 : la faillite de Stile Bertone met fin à l’entreprise familiale historique

La perte de l’activité industrielle ne règle pas les difficultés du groupe. Stile Bertone, qui concentre encore l’activité de design, connaît à son tour de graves problèmes financiers. Le 4 juin 2014, la société est déclarée en faillite. Cette date marque la fin de la continuité de l’entreprise familiale créée par Giovanni Bertone en 1912.

La disparition de la société ne signifie toutefois pas que tout l’héritage Bertone disparaît avec elle. La collection historique comprenant prototypes et automobiles emblématiques est acquise en 2015 par l’Automotoclub Storico Italiano et protégée contre sa dispersion. De leur côté, les droits commerciaux et certaines activités liées au nom connaissent plusieurs évolutions. En 2016, Bertone passe notamment dans le giron du groupe d’ingénierie AKKA Technologies. Il faut donc distinguer la faillite de l’entreprise historique, la conservation de son patrimoine et la propriété commerciale du nom Bertone.

2020 : de nouveaux propriétaires relancent Bertone comme constructeur de très petite série

En 2020, Mauro et Jean-Franck Ricci acquièrent les droits automobiles liés à Bertone et entreprennent de relancer le nom dans un cadre très différent de celui de la grande époque de Grugliasco. L’objectif n’est plus de produire à grande échelle des carrosseries pour d’autres constructeurs, mais de développer des automobiles exclusives en séries très limitées.

Cette nouvelle orientation prend forme avec la GB110, annoncée en 2022 à l’occasion des 110 ans de Bertone et prévue à 33 exemplaires. La voiture réintroduit le nom Bertone sur un modèle propre après plusieurs années sans véritable gamme automobile. La société développe ensuite une ligne consacrée à la réinterprétation de créations historiques. La nouvelle Runabout, inspirée du concept dessiné par Marcello Gandini en 1969, est présentée dans sa forme définitive en 2026 avec une production annoncée de 25 exemplaires.

Le Bertone actuel constitue ainsi une relance du nom et de l’activité automobile, et non la continuation industrielle directe de la Carrozzeria Bertone du XXe siècle. En parallèle, une partie importante du patrimoine historique demeure conservée séparément, notamment à Turin. En 2026, Bertone existe donc à nouveau comme constructeur de voitures exclusives, tandis que les créations de l’ancienne maison continuent de témoigner du rôle déterminant qu’elle a joué dans l’évolution du design automobile italien.